Plan européen de relocalisation des réfugiés: chronique d'un échec

Plan européen de relocalisation: chronique d'un échec
Plan européen de relocalisation: chronique d'un échec - © CARLO HERMANN - AFP

C’est l’heure des premiers bilans pour le plan européen de relocalisation de réfugiés. Après deux ans d’existence, il est arrivé à son terme ce 26 septembre 2017. Et ce n’est pas vraiment un succès. A l’origine, jusqu’à 160.000 demandeurs d’asile devaient être transférés de Grèce et d’Italie vers les autres pays de l’Union. Mais, aujourd’hui, on est très loin du compte, faute de volonté politique du côté des Etats membres.

Ce plan était une des réponses européennes à la crise migratoire en 2015. A l’époque, plusieurs drames en Méditerranée avaient marqué les esprits comme le naufrage d’un chalutier ayant fait plus de 700 victimes au large de la Libye. Et comment oublier également quelques mois plus tard l’image du petit Aylan, ce jeune enfant syrien retrouvé mort sur une plage turque.

Une initiative contestée

Face à cette crise sans précédent, plus d’un million de personnes sont arrivées en Europe par la mer en 2015, et dès le mois de mai, la Commission européenne propose de relocaliser 40.000 réfugiés arrivés en Grèce et Italie dans d’autres pays de l’Union. En septembre, la crise prenant de plus en plus d’ampleur, elle propose un plan de 120.000 relocalisations.

Une initiative qui provoque de fortes tensions parmi les états membres. Plusieurs pays de l’Est comme la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque s’opposent aux quotas imaginés par la Commission. Ils ne veulent pas de réfugiés musulmans.

Mais, au final, le plan est tout de même adopté le 22 septembre 2015. Fait exceptionnel, il est approuvé à la majorité et pas à l’unanimité. Le plan est contraignant. Chaque état membre doit accueillir sur son sol un certain nombre de réfugiés pour soulager l’Italie et la Grèce.

Les premiers ratés

Et le 9 octobre, les premières relocalisations sont opérées. Vingt réfugiés érythréens quittent l’Italie direction la Suède. Mais très vite, ce plan montre ses faiblesses. La volonté politique n’y est pas. Au bout de 6 mois, en mars 2016, on compte seulement 884 "relocalisés". A l’époque, le journal Libération titre "Le grand raté de l’Europe". Les raisons sont multiples.

Les pays de l’Est, qui n’avaient pas apprécié qu’on leur impose d’accueillir des réfugiés, restent intransigeants. La Hongrie et la Slovaquie vont même porter plainte devant la justice européenne. Ils contestent la légalité du plan de relocalisation. Mais leur plainte sera rejetée par la Cour européenne de justice.

Qu’à cela ne tienne, aujourd’hui encore, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque refusent d’accueillir des réfugiés. A bout de patience, la Commission européenne a finalement lancé en juin dernier une procédure en infraction contre ces trois pays. A terme, ils pourraient se voir infliger de lourdes sanctions financières

Cela dit, les anciens états membres de l’Union ne respectent pas non plus pleinement leurs engagements. L’Autriche, par exemple, n’a relocalisé personne depuis plus d’un an. Argument ? En marge du plan de relocalisation, Vienne a ouvert ses portes à près de 40.000 demandeurs d’asile. Argument entendu également chez nous. La Belgique est censée accueillir plus de 3800 réfugiés. Fin du mois dernier, ils n’étaient que 800.

Et puis il y a une troisième raison pour expliquer cet échec. La Grèce et l'Italie ont tardé à rendre pleinement opérationnel les hotspots, ces centres dans lesquels les exilés, majoritairement des Syriens, devaient introduire leur demande d'asile. Ce qui a longtemps ralenti les relocalisations.

Deux ans plus tard

Voilà pourquoi au final, au bout de deux ans, alors que le plan de relocalisation arrive à son terme ce 26 septembre 2017, on compte un peu moins de 25 mille réfugiés relocalisés (chiffre qui remonte à fin juillet) sur 100 mille (car dès septembre 2016, la Commission avait revu à la baisse les besoins en relocalisation).

Mais ce plan de relocalisation n’a pas encore tout à fait mort. La Commission européenne rappelle aux Etats-membres que tous les demandeurs d'asile présents aujourd'hui en Italie et en Grèce peuvent encore en bénéficier. En revanche, pour ceux qui y arriveront demain, ce sera trop tard.

 

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L'accueil de réfugiés, notamment venant du parc Maximilien, peut aussi très bien se dérouler, comme on a pu le voir dans ce reportage de notre journal télévisé de ce 27 septembre

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