Plan de paix pour le Proche-Orient : "Un cadeau électoral de Donald Trump à Benjamin Netanyahu"

Après plusieurs reports, le plan de paix américain pour le Proche-Orient a été présenté mardi soir par Donald Trump en présence du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, mais en l’absence de représentants palestiniens. Le correspondant de la RTBF en Israël, Dror Even-Sapir détaille les grandes lignes de ce plan.

"En résumé, il s’agit du plan de paix le plus favorable à Israël jamais présenté par les États-Unis", explique notre correspondant.

"Dans les grandes lignes, Israël pourra annexer environ 30% des territoires de Cisjordanie. Cela correspond d’une part à la vallée du Jourdain, cette bande de territoire qui sépare la Cisjordanie de la Jordanie, et d’autre part aux zones sur lesquelles les implantations israéliennes ont été établies", poursuit le journaliste.

Sur les 70% restants, un État palestinien quelque peu morcelé pourrait en principe voir le jour, "mais il faudrait pour cela que les Palestiniens remplissent un certain nombre de conditions, dont les principales sont la reconnaissance d’Israël comme État du peuple juif et la démilitarisation de la bande de Gaza. Une période de quatre ans sera accordée aux Palestiniens pour qu’ils acceptent ces conditions et qu’ils reviennent à la table des négociations, et pendant cette période, Israël ne pourra pas construire dans les territoires alloués au futur État palestinien. Des zones situées en territoire israélien, et sur la frontière entre Israël et l’Égypte notamment, qui seront censées désengorger la bande de Gaza reviendront en principe à cet État palestinien".

Et puis il y a la question de Jérusalem : "la partie Est de la ville ainsi que les lieux saints de la vieille ville resteront sous souveraineté israélienne, exception faite des quartiers arabes les plus excentrés, qui seront, eux, rattachés à l’État palestinien et dans lesquels la capitale de cet État pourra en principe être établie", explique Dror Even-Sapir.

Souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain

La première conséquence très concrète de la présentation de ce plan par Donald Trump : le gouvernement israélien s’apprête à appliquer la souveraineté israélienne directe sur plusieurs zones de Cisjordanie.

"C’est en tout cas ce qu’a annoncé hier soir Benjamin Netanyahu. Officiellement, la terminologie est celle d’une application directe de la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain et sur les implantations ou sur les colonies".

Cela dit, le conseiller de Donald Trump pour le Proche-Orient, Jared Kushner, a affirmé qu’il ne pensait pas que l’annexion de ces zones soit concrétisée dans les jours qui viennent. "Il y a donc une volonté de temporiser de la part de l’administration américaine qui est peut-être liée à la volonté de ménager la Jordanie, qui voit, comme on pouvait s’y attendre, d’un très mauvais œil la perspective de l’annexion à Israël de la vallée du Jourdain."

Rejet total côté palestinien

Du côté palestinien, l’opposition à ce plan de paix est totale"Rien d’étonnant à cela. Il faut rappeler que dans le passé, le leadership de l’Autorité palestinienne avait rejeté des plans considérés comme bien plus généreux à l’égard des Palestiniens. Au-delà de la réaction très prévisible de la direction de l’Autorité palestinienne, c’est l’attitude de la rue palestinienne qui sera observée avec attention", estime Dror Even-Sapir.

"Ces derniers temps étaient marqués par un calme réel dans les territoires de Cisjordanie, mais dès hier soir, des rassemblements et des protestations se sont tenus dans la ville de Ramallah et les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne ont pour consigne de ne pas freiner les manifestants, de ne pas empêcher d’éventuels débordements. Il y avait même un début de rapprochement entre l’Autorité palestinienne et le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza. Les deux frères ennemis palestiniens qui pourraient — c’est en tout cas ce qu’ils affirment — coordonner leurs actions contre le plan de paix américain", observe le journaliste.

Cadeau électoral de Trump à Netanyahu

Par ailleurs, ce plan de paix a été présenté alors qu’Israël est en période préélectorale et que Benjamin Netanyahu doit faire face à une triple inculpation, pour corruption notamment. Faut-il y voir un simple hasard du calendrier ?

Pour le correspondant de la RTBF, la réponse est claire : "Non, ce n’est bien évidemment pas une coïncidence. On peut même parler de cadeau électoral de Donald Trump à Benjamin Netanyahu. Il faut également rappeler que Trump, lui-même en période préélectorale et qui pourrait être réélu, a grand besoin du soutien sans faille des communautés évangéliques chrétiennes, pour lesquelles ce qu’elles considèrent être la terre d’Israël est d’une importance cruciale".

"Quant à Benjamin Netanyahu, il fait tout pour emporter les élections du 2 mars prochain, les troisièmes législatives en un an. Le Premier ministre israélien compte sur les annexions et sur un plan de paix considéré comme historique pour remobiliser une partie de l’électorat de droite qui lui avait fait défaut aux dernières élections, celles de septembre. Netanyahu veut par ailleurs aborder son procès pour corruption en position de force politique. Et procès il y aura, puisqu’hier le Premier ministre israélien a renoncé à sa demande d’immunité parlementaire", conclut le journaliste.

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