Plan d'aide à la Grèce: avec ou sans le Fonds monétaire international?

Le directeur du mécanisme européen de stabilité, Klaus Regling en discussion avec Euclid Tsakalotos, le ministre grec des Finances pendant la réunion des ministres des Finances de la zone euro à Luxembourg ce lundi 10 octobre
Le directeur du mécanisme européen de stabilité, Klaus Regling en discussion avec Euclid Tsakalotos, le ministre grec des Finances pendant la réunion des ministres des Finances de la zone euro à Luxembourg ce lundi 10 octobre - © JOHN THYS - AFP

Les ministres des Finances de la zone euro réunis ce lundi à Luxembourg doivent décider d'accorder un nouveau chèque d'aide d à la Grèce. Ils n'ont pour finir accepté de verser à la Grèce que 1,1 milliard d'euros, soit seulement une partie des 2,8 milliards de la nouvelle tranche d'aide prévue. Le paiement du solde a été repoussé à la fin du mois.

La vraie question que ce dossier soulève actuellement concerne la participation du Fonds monétaire international (FMI) au plan d'aide à la Grèce. En effet, ce week-end, plusieurs rumeurs ont fait état d'un désengagement du FMI dans le dossier grec. Le FMI est arrivé en 2010 lors du premier plan d'aide à la Grèce. A ce moment là, il a dû faire voter une dérogation à ses propres règles qui lui permettait de prêter à la Grèce alors même que - selon ses propres critères - la dette grecque n'était pas supportable. Or, normalement, pour qu'un pays soit aidé par le FMI, il faut que sa dette soit soutenable, qu'il ait la possibilité raisonnable de la rembourser. Ce qui n'était manifestement pas le cas de la Grèce.

Le FMI a quand même participé au plan d'aide à la Grèce pour plusieurs raisons. Mais la principale, c'est que l'Allemagne voulait à tout prix le FMI à bord. Berlin s'est dès le début de la crise grecque positionné sur une ligne très dure à l'égard d'Athènes. Les Allemands pensaient que le FMI serait sur cette même ligne et y voyaient une espèce d'allié pour mettre la pression sur la Grèce. Et puis, de manière plus globale, les Européens n'avaient aucune idée de ce qu'était la mise en place d'un plan de sauvetage, pour la bonne raison que c'était interdit par les traités. De son côté, le FMI pratique ces plans d'aide quasi quotidiennement, son expérience en la matière était un plus pour les Européens. 

L'allègement de la dette grecque comme pomme de discorde

Aujourd'hui, le FMI hésite à rester dans ce plan d'aide. En fait, très rapidement, le FMI et les autres créanciers ont montré des divergences d'analyse sur le cas grec. Très vite, la question de la dette a cristallisé ces divergences. Le FMI considère que la dette grecque n'est pas soutenable et qu'il faut l'alléger. Les banques et autres créanciers privés ont déjà fait ce genre d'efforts, on ne peut pas leur en demander plus. Le FMI ne peut pas faire de remise de dette, pas plus que la banque centrale européenne. Reste le mécanisme de secours, autrement dit les Etats membres, qui eux, refusent de faire un tel effort.

Ces tensions entre créanciers durent depuis longtemps, mais jusqu'ici, le FMI est resté. Sauf que cette fois, c'est un peu différent. En 2015, le FMI ne s'est pas tout de suite engagé à participer au troisième plan d'aide. A l'époque, il avait mis les Européens en garde : pas de réduction de la dette grecque, pas de FMI. D'autant que la fameuse dérogation qui a permis au FMI d'aider la Grèce en 2010 est à présent caduque. En toute logique, le FMI ne peut donc pas aider la Grèce puisque selon ses propres normes la dette grecque n'est pas soutenable. 

Garder le FMI comme conseiller mais plus comme payeur

Si le FMI s'en va, ça ne fait pas les affaires de l’Allemagne qui craint de se retrouver un peu isolée quand il s'agira de réclamer plus d'efforts à Athènes. Une solution avancée serait de garder le FMI à bord comme conseiller mais pas comme payeur. Le FMI ne violerait aucune de ses règles s'il ne prête plus d'argent à un pays trop endetté; l’Allemagne pourrait se targuer de ne pas avoir cédé sur la réduction de la dette et pourrait se réjouir que le FMI soit toujours dans la danse pour garder la sévérité comme ligne de conduite. 

Mais l'allègement de la dette grecque était pourtant une promesse européenne. En mai dernier, ils avaient décidé d'atténuer le fardeau de la dette par des mesures à court, moyen et long termes. A court terme, il s'agit de mesures très techniques qui vont plutôt lisser la charge de la dette. A moyen et à long termes, on ne sait pas très bien ce que les Européens sont prêts à faire. Aucune chance de le savoir en tout cas avant les élections allemandes qui se tiendront pile dans un an. La réduction de la dette grecque n'est pas un thème très porteur pour l'électorat traditionnel de l'équipe Merkel.

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