Philippines: on est sans nouvelles de quelque 70 Belges

La chef des opérations humanitaires de l'ONU a reconnu jeudi que l'aide aux innombrables survivants du typhon Haiyan qui a ravagé les Philippines était trop lente, déplorant qu'ils aient été "abandonnés" dans une situation désespérée.

"Je pense que nous sommes tous extrêmement bouleversés d'être au sixième jour et de n'avoir pas pu atteindre tout le monde", a déclaré Valerie Amos à Manille, reconnaissant que l'aide n'avait pas atteint des zones où "les gens ont un besoin désespéré d'aide".

"J'espère que dans les 48 heures, cela changera de façon significative". "La situation est lugubre", a-t-elle commenté au lendemain d'une visite à Tacloban, l'une des villes les plus touchées par le typhon, sur l'île de Leyte.

6 jours après le typhon, les critiques se multiplient

Six jours après le passage de l'un des typhons les plus puissants à avoir touché terre, accompagné de vents à plus de 300 km/heure et de vagues de 5 mètres, les critiques se multiplient sur la lenteur de l'acheminement de l'aide vers les zones ravagées où les survivants oscillent entre colère et désespoir.

A Tacloban, des milliers de sinistrés privés d'eau et de nourriture tentent de fuir en obtenant une place sur un des rares vols en partance, alors que les ruines de la ville sont toujours jonchées de cadavres, faisant peser des risques sanitaires.

"Ceux qui ont pu partir l'ont fait. Beaucoup d'autres essaient. Les gens ont désespérément besoin d'aide. Nous devons leur apporter de l'aide maintenant. Ils disent déjà qu'elle prend trop longtemps à arriver. Assurer une distribution plus rapide est notre (...) priorité immédiate", a ajouté Amos.

"J'ai le sentiment que nous avons abandonné les gens, parce que nous n'avons pas été capables d'arriver plus rapidement mais en même temps (...) j'ai pu voir hier que nos opérations prennent de l'ampleur", a-t-elle encore déclaré, évoquant sa "frustration".

Toujours sans nouvelles de 70 Belges

Selon le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, "une quinzaine de compatriotes sont censés se trouver à Leyte (province fortement touchée par le séisme)". Faisant état des efforts déployés pour tenter d'entrer en contact avec eux, il a précisé qu'un consul se trouvait sur place avec à sa disposition un téléphone satellite. "Je confirme que nous sommes très inquiets en ce qui concerne l'absence de nouvelles d'un certain nombre de Belges. J'espère que nous ne connaîtrons pas de situations plus dramatiques dans les heures et les jours qui viennent mais, pour l'instant, nous ne pouvons rien prévoir", a dit Didier Reynders, interrogé par des députés qui se sont par ailleurs félicités du déploiement rapide par la Belgique de B-FAST dans la zone sinistrée.

Selon les dernières informations, l'équipe de secouristes du dispositif gouvernemental B-Fast a finalement pu atteindre la zone sinistrée autour de la ville de Tacloban (dans la province de Leyte), aux Philippines, et y acheminer tout le personnel et le matériel d'urgence. L'équipe peut à présent commencer à installer un hôpital de campagne et un dispositif d'assainissement de l'eau.

Concernant la politique du climat qui concerne la catastrophe aux Philippines, Didier Reynders a indiqué que la Belgique, au-delà des dissensions internes relevées par les députés, continuait à plaider au niveau européen en faveur d'une mise à disposition de financements pour les pays les plus pauvres. Il a également défendu l'idée d'un "cadre de solidarité" belge et européen en faveur des organisations caritatives. Enfin, la Belgique mettra à l'ordre du jour du prochain Conseil 'Affaires étrangères' la création d'un EU-Fast inspiré du B-Fast, un projet envisagé de longue date.

Un risque réel de trafic d’enfants

Après le type de catastrophe subi par les Philippines, certains enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes. Travail forcé, réseau de prostitution ou d'adoption clandestine sont des risques réels pour les enfants isolés.

Près de la moitié des personnes touchées par le typhon Haiyan sont des enfants. Une population plus vulnérable encore que les adultes. A la fois physiquement et psychologiquement.

Aux philippines, près de la moitié des familles vivent avec moins de deux dollars par jour. La conséquence: des enfants qui commencent à travailler très jeunes et qui sont parfois cédés à des réseaux de prostitution ou d'adoptions illégales. Un fléau contre lequel les autorités locales et des organisations internationales essaient de lutter. Benoît Melebeck, porte-parole de l'UNICEF Belgique connaît bien cette situation: "Depuis plusieurs années on mobilise la population elle-même, que ce soit les familles, les institutions locales ou les les volontaires autour des droits de l’enfant. On leur apprend à repérer les enfants les plus vulnérables, les plus à risques et à faire en sorte qu’il y ait une surveillance sociale de ces enfants-là."

Des proies faciles pour tous les trafiquants

Tous ces efforts sont mis à mal par le passage du typhon Hayan. Aujourd'hui, suite aux mouvements de population ou à la perte d'un proche, beaucoup d'enfants se retrouvent isolés: "Ces enfants sont vraiment des proies faciles pour tous les trafiquants. Ce qu’on a constaté aux cours de catastrophes qui ont frappé les Philippines ces derniers temps, est que, chaque fois, le niveau de protection des enfants avait baissé. De plus en plus d’enfants tombaient dans des réseaux ou dans des formes d’exploitation. A cause de l’estompement de la norme morale et du statut de l’enfant au sein de la société. "

L'Unicef rappelle aussi qu'une adoption internationale ne devrait avoir lieu que si l'enfant ne peut vraiment pas rester dans son pays.

RTBF avec les agences

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK