Philippe Paquet: "Le régime chinois traverse une très grave crise"

Philippe Paquet: "Le régime chinois traverse une grave crise"
Philippe Paquet: "Le régime chinois traverse une grave crise" - © Tous droits réservés

Le 18ème Congrès du parti communiste chinois (PCC) s'est ouvert à Pékin ce jeudi. Il doit permettre d'introniser un nouveau président pour succéder à Hu Jintao. Il s'agira de Xi Jinping. Le journaliste et sinologue Philippe Paquet était l'invité de Matin Première ce vendredi pour décrypter le mode de renouvellement des cadres du régime chinois et nous en dire plus sur la personnalité du prochain président de la Chine et de ses 1,3 milliard d'habitants.

Ce Congrès du PCC ouvert hier à Pékin, "c'est avant tout une grand-messe", explique Philippe Paquet au micro d'Arnaud Ruyssen. "Les décisions sont prise avant et ailleurs par un tout petit groupe de personnes même si des surprises sont parfois possibles, elles sont extrêmement rares", déclare ce sinologue diplômé de l'Université des langues de Pékin.

Le bureau politique du PC, les "vrais maîtres de la Chine"

En quoi consiste donc ce Congrès et qui y participe? "Ce sont des responsables du parti communiste, à différents échelons, qui donne mandat de les représenter à des délégués à Pékin. Il s'agit donc de désignations en cascade qui finissent par désigner un groupe de 2000 à 3000 personnes", développe le journaliste de La Libre.

Les jeux de pouvoir y sont arbitrés par "un simulacre d’élection" et de vote à bulletin secret qui ne fait qu'entériner les décisions prises par le petit groupe de réels décideurs évoqué plus haut.

Pour le reste le choix des dirigeants fait l’objet d’un arbitrage au sein des principales factions du parti, car "ce n’est pas un parti monolitihique avec une seule pensée une seule ligne", précise cet expert. "Ces factions se mettent d’accord sur la désignation des personnes qui seront amenées à siéger dans le saint des saints: le comité permanent du bureau politique du parti communiste, neuf personnes aujourd’hui, peut-être un peu moins à l’issue de ce scrutin, ainsi que les personnes qui vont siéger dans les différentes instances du parti". Ce sont les membres de ce bureau qui sont "les vrais maîtres de la Chine".

"Il n’y a pas de règle écrite pour le fonctionnement de ce bureau qui compte le chef du parti, le Premier ministre, le président du Parlement et d’autres personnes en vue. Ce comité permanent se réunit probablement une fois par semaine, comme notre kern", note Philippe Paquet.

Xi Jinping, des camps de "rééducation" aux hautes sphères du pouvoir 

Qui est donc Xi Jinping, le vice-président actuel et plus que probable futur président chinois? "C’est un homme qui a une personnalité curieuse et insaisissable. Il est le fils d’un révolutionnaire de la première heure mais a beaucoup souffert pendant la révolution culturelle, comme des millions d'autres Chinois", nous informe ce docteur en Histoire de l'Art et Archéologie de l'UCL.

Au cours de sa jeunesse, Xi Jinping a été relégué dans une province très pauvre de l’intérieur et a fait du camp de travail (ou de "rééducation" comme on les désignait sous Mao). "Malgré cela, il a ensuite voulu adhérer au parti et a gravi les marches. Il a ensuite acquis une très bonne expérience des provinces qui se sont développées grâce aux réformes", les provinces les plus favorisées par le fulgurant développement économique chinois. "Il a donc un profil assez radicalement différent de l’homme à qui il succède, Hu Jintao, qui lui a une expérience des zones pauvres de la Chine", constate Philippe Paquet.

On le dit "réformateur" mais d'après notre invité "on n'en sait rien". "Il a soufflé le chaud et le froid sur la question d’une éventuelle décrispation du régime politique".

"Il a l’air d’être ouvert", avance prudemment le journaliste, précisant notamment que "sa fille étudie à Harvard". "Mais en même temps, il a fait des déclarations extrêmement fermes et dures sur la nécessité pour la Chine de se prémunir de la 'contagion' démocratique occidentale".

Un régime qui traverse "sa plus grave crise depuis 30 ans"

Puis, la situation actuelle du régime n'incite pas à être optimiste quant à une potentielle ouverture. Au contraire, selon notre interlocuteur, la Chine est dans une période de crispation depuis la fin des Jeux Olympiques de 2008. Cela se laisse voir dans les évènements au Tibet ou le traitement réservé à l'opposant Lu Xiabo suite à l'obtention du prix Nobel de la Paix en 2010. "On sent que ce régime est beaucoup plus crispé qu’il ne l’était au début des années 2000", constate le sinologue.

Si l'on ne voit pas "de signes de fissure du régime", "celui-ci est en crise et traverse une période difficile", estime-t-il. De nombreux mouvements sociaux, parfois violents, ont vu le jour ces dernières années en Chine. "La Constitution chinoise reconnaît des libertés démocratiques mais pas le droit de grève", le régime redoute clairement une explosion sociale.

Ce même régime est en outre secoué en interne par "la plus grave crise depuis le début des réformes, il y a 30 ans", notamment avec le scandale qui a valu sa place à Bo Xilai dont l’épouse a été condamnée à mort dans une affaire sordide d’assassinat.

Un autre problème endémique du régime est la corruption. Celle-ci est présente à tous les niveaux de pouvoir. Un récent article du New York Times faisait ainsi état des milliards du Premier ministre sortant Wen Jiabao.

Le président Hu Jintao a dès lors fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. "Rien de nouveau, à chaque congrès ils dénoncent la corruption et à chaque congrès la corruption s’empire", constate Philippe Paquet. "Comme dans toute nomenklatura, ces gens qui sont au pouvoir amassent des fortunes personnelles considérables. L'opacité du régime empêche d'en savoir beaucoup plus mais l’existence de la corruption à tous les étages, couplée à un discours anticorruption, il n'y a rien de nouveau là-dedans".

Julien Vlassenbroek

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