Philippe, Mathilde et une délégation au Burundi pour 50 ans d'indépendance

Le couple princier répond à une invitation du président burundais Pierre Nkurunziza, qui aurait souhaité la présence du roi Albert II. Mais celui-ci a préféré, avec l'aval du gouvernement, se faire représenter par les ducs de Brabant.

Le cinquantenaire de l'indépendance du Burundi sera célébré ce lundi, et non le 1er juillet, jour-anniversaire, qui tombait cette année un dimanche.

Aux côtés du président Kabila

Le prince Philippe a pris place lundi dans la tribune officielle à Bujumbura à côté du président congolais Joseph Kabila et de nombreux chefs d'Etat étrangers, dont les présidents kényan Mwai Kibaki et tanzanien Jakaya Kikwete. Le président centrafricain François Bozize était pour sa part assis à la gauche de la princesse Mathilde, coiffée d'un large chapeau paille et orange.

Comme attendu, le voisin de plus proche du Burundi, le Rwandais Paul Kagame, a brillé par son absence aux commémorations de l'indépendance, qui coïncide avec celle de son propre pays.

Didier Reynders, dont c'est le premier séjour au Burundi, devrait profiter de l'occasion pour rencontrer lundi après-midi - en principe à 16h00 - le président Kabila pour discuter de la situation dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), où les combats entre l'armée et des mutins ex-rebelles ont repris samedi, jour de l'indépendance du pays.

Dans la province du Nord-Kivu, les Forces armées (FARDC) et les mutins se réclamant du Mouvement du 23 mars (M23) s'affrontement de manière épisodique depuis plus de deux mois. Les combats ont fait plus de 200.000 déplacés et quelque 20.000 réfugiés au Rwanda et en Ouganda voisins.

Le poids du passé: conflits entre Hutus et Tutsis et rancoeurs

Le discours du président burundais, qui fait le bilan de ces 50 années d'indépendance, n'épargne pas l'héritage colonial belge.

Dans le discours prononcé à l'occasion du cinquantenaire, le Président Nkurunziza a égratigné la Belgique coloniale. "Les Belges nous traitaient comme des bêtes sans intelligence, a-t-il déclaré; ils ont mesuré nos narines, nos crânes, nos bras pour nous classifier en ethnies, Hutus, Tutsis et ce faisant, ils nous inoculé le virus de la division."

Les propos sont sévères mais injustifiés selon Pacifique Ina Ose, président d'une ONG des Droits de l'Homme: "S'il est vrai que la colonisation belge a commis des erreurs, aujourd'hui, nous sommes responsables de notre destinée. Ce n'est pas à ressasser cette histoire belge, ça fait 50 ans que nous sommes indépendants, nous n'avons pas chaque fois à répéter qu'il y a eu des Belges, c'est la responsabilité des dirigeants du Burundi de bien organiser la gestion du Burundi."

Sur la Place de l'Indépendance, Venan Banbonio, professeur d'université à la retraite, rappelle que dans les années 30, il était à la mode de classifier les ethnies: "Heureusement, le monde des scientifiques a compris, ce n'est plus considéré comme une science aujourd'hui. On ne peut pas dire que les Wallons, c'est une ethnie et que les Flamands, c'est une autre ethnie."

La délégation belge participera aux cérémonies (défilé et réception offerte par la famille présidentielle) et aura aussi dans les jours qui suivent des contacts avec les autorités politiques du pays et la société civile burundaise. Elle rencontrera aussi la communauté belge et visitera des projets de la coopération belge. La Belgique est en effet le premier bailleur de fonds bilatéral au Burundi.

La Belgique gouvernait le Rwanda-Urundi depuis 1923

Avec le Rwanda, le Burundi faisait partie avant l'indépendance des deux pays, en juillet 1962, sous l'appellation Rwanda-Urundi, de la zone sur laquelle la Belgique exerçait un mandat depuis 1923 à la suite de la perte par l'Allemagne de ses colonies africaines.

L'indépendance fut sanglante. L'inauguration d'un buste du père de l'Indépendance, le prince Louis Rwagasore dans les rues de la capitale ravive les souvenirs.

Sur la Place de l'Indépendance, on a dévoilé le buste en bronze du héros de l'Indépendance, le Prince Louis Rwagasore.  Les Burundais s'attroupent, ils sont déçus: "Ce n'est pas lui, ce n'est pas lui".

Le visage est bouffi, vieilli, alors que le Prince n'avait que 29 ans quand il a été assassiné en 1961 par les Belges, chuchote-t-on ici. Un vieil homme s'incline devant la statue avec respect ; il se souvient avec émotion du 1er juillet 1962: "C'était un "ouf" de soulagement. Ce n'était pas un cadeau comme ça, non, le Prince Rwagasore justement mérite le titre de "héros de l'Indépendance" parce qu'entre Burundais eux-mêmes, il y en a qui disaient, mais non, attendez, attendez et pas que ses partisans, ils disaient, non, non, non, c'est maintenant et les gens, ils chantaient sur les collines, ils étaient tout heureux. Je me rappelle qu'on nous a enseigné l'hymne national et c'était comme quelque chose qui descendait directement du ciel."

Ce petit pays de la région des Grands Lacs a connu une longue guerre civile de 1993 à 2006, qui a fait quelque 300 000 morts, et semble sur la voie de la paix après la signature d'un accord de partage du pouvoir entre la majorité hutue et la minorité tutsie ayant mené à la première élection de Pierre Nkurunziza - un ancien rebelle - en 2005.

Mais depuis la contestation des élections générales de 2010, le Burundi vit au rythme de nouvelles violences qui font craindre la reprise des hostilités à plus grande échelle dans un climat de multiples violations sur le plan des droits de l'homme, de la justice et de la corruption.

Belga, Françoise Wallemacq (et Jean-Marc Vierset)

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