Philippe Lamberts: "Trop de laboratoires sont financés par l'agroalimentaire"

L'eurodéputé belge Philippe Lamberts ne mâche pas ses mots à l'égard de l'attitude de la Commission européenne
L'eurodéputé belge Philippe Lamberts ne mâche pas ses mots à l'égard de l'attitude de la Commission européenne - © JOHN THYS - AFP

L'homologation du glyphosate, la substance active que l'on retrouve dans des désherbants comme le Roundup, arrive à terme dans l'Union européenne à la fin du mois de juin. Jusqu'à présent, les 28 Etats membres n'ont pas réussi à s'entendre pour renouveler son autorisation de mise sur le marché.

Certaines études scientifiques accusent le glyphosate d'être cancérigène alors que d'autres l'exemptent de tout risque. Un vrai casse-tête pour les Européens qui doivent prendre cette décision à la majorité qualifiée des Etats membres. Or, il y a deux mois, ils n'étaient pas parvenus à se mettre d'accord. D'un côté, il y a les pays sensibles aux arguments de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui tire la sonnette d'alarme sur la dangerosité du produit. Et de l'autre, ceux qui suivent les conclusions de l'Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui estime pour sa part que le produit n'est probablement pas cancérigène. Et pour compliquer encore un peu les choses, l'OMS a publié ce lundi une nouvelle étude dans laquelle elle minimise cette fois le risque cancérigène du glyphosate chez les humains.

Des traces de glyphosate dans l'organisme d'eurodéputés

Ce jeudi, lors d'une nouvelle réunion des experts des Etats membre, la question devrait être tranchée. La Commission européenne a proposé de réduire la période d'homologation à neuf ans seulement contre quinze auparavant. Des modifications qui pourraient finir par convaincre les pays qui s'étaient abstenus lors du premier scrutin.

Cette décision doit donc se prendre au niveau des Etats membres mais plusieurs eurodéputés ont donné de leur personne pour peser dans le débat. Ils ont accepté de se soumettre à un test de présence du glyphosate dans leurs urines. Parmi eux, Philippe Lamberts, le coprésident du groupe des Verts au Parlement européen. Comme chez les autres députés, des traces de glyphosate ont bien été retrouvées dans son organisme. Philippe Lamberts ne s'en étonne pas : "Ça ne m'a pas surpris parce que ça montre à quel point le glyphosate est omniprésent et que même les gens qui mangent et boivent essentiellement bio ne peuvent échapper à la présence de ce produit qui pourrait être cancérigène. Ça devrait nous inquiéter".

L'industrie agroalimentaire finance les laboratoires

Sur la nouvelle étude de l'OMS minimisant le caractère cancérigène du glyphosate, Philippe Lamberts précise : "La dernière étude de l'OMS ne contredit pas le fait que le glyphosate est un cancérigène probable mais elle ajoute qu'à petite dose, ce n'est pas dangereux. Autrement dit, c'est un risque qu'on peut se permettre de prendre. Mais la vraie question c'est pourquoi prendre un risque avec un cancérigène probable si on peut avoir une agriculture qui se passe intégralement de ce produit".

Quant à la fiabilité des études sur le glyphosate, Philippe Lamberts pointent les intérêts que pourraient avoir certains scientifiques dans les avis qu'ils rendent: "Trop de scientifiques, de chercheurs, sont intéressés à la cause dans la mesure où, beaucoup trop souvent, leurs laboratoires, leurs recherches, sont financés partiellement ou totalement par les industries de l'agro business. Je conteste donc l'impartialité de leur jugement".

Mettre fin à la dépendance des agriculteurs à Monsanto

Malgré ces incertitudes scientifiques sur la dangerosité du glyphosate, la Commission européenne fait tout pour convaincre les Etats membres de renouveler l'homologation du produit. Là encore, Philippe Lamberts n'est pas étonné : "L'obsession de la Commission, on la connait bien. C'est une Commission qui, d'abord et avant tout, défend les rentes de situation des multinationales. Je pense que la responsabilité de la Commission c'est d'engager l'Union européenne dans la transition agricole et dans la transition alimentaire. Elle ne le fait pas et c'est aussi pour ça que nous sommes aujourd'hui presque à considérer que la Commission Juncker fait encore pire que la Commission Barroso II".

Philippe Lamberts dénonce aussi les pratiques de la firme Monsanto qui produit le désherbant Roundup, le champion des ventes des désherbants : "Non seulement Monsanto vend le glyphosate (qui entre dans la composition du Roundup, ndlr), mais vend aussi les OGM qui sont résistants au glyphosate. Et c'est tout leur business qui est construit là-dessus. Monsanto organise la dépendance des agriculteurs à leur égard. Et c'est à cette dépendance là qu'il faut mettre fin".

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