"Personne n'est en mesure d'opposer une candidature à celle d'Angela Merkel"

"Personne n'est en mesure d'opposer une candidature à celle d'Angela Merkel"
"Personne n'est en mesure d'opposer une candidature à celle d'Angela Merkel" - © JOHN MACDOUGALL - AFP

Hans Stark, secrétaire général du Comité des relations franco-allemandes à l'IFRI, l'Institut français des relations internationales, et professeur de civilisation allemande contemporaine à l'université de Paris Sorbonne commentait dans Matin Première l'échec des négociations pour former un gouvernement en Allemagne et la demande du président allemand d'une reprise des discussions: "On suit maintenant une ligne constitutionnelle. Le président de la République fédérale ne doit pas agir en tant que garant de la Constitution, mais en tant que figure politique qui s'inscrit le plus strictement possible dans la logique du respect de la Constitution. De l'autre côté, pour les partis politiques, dont la CDU, le parti chrétien-démocrate de madame Merkel, la chose la plus logique maintenant est de casser le nœud gordien en ayant peut-être une nouvelle majorité grâce à des élections anticipées. 

Le problème, c'est que la Constitution allemande ne facilite pas l'organisation de ces élections: ce n'est pas aussi simple qu'en Grande-Bretagne ou bien en France, où il suffit finalement d'une décision, du Premier ministre ou du président de la République, pour dissoudre le Parlement et pour organiser de nouvelles élections".

La situation est clairement inédite dans l'histoire de la République fédérale: "Depuis 1949, on n'a jamais eu de crise politique de cette nature-là, sans doute parce qu'il n'y a jamais eu six partis en lice comme c'est le cas actuellement, voire 7 parce que la CDU et de la CDU et de la CSU qui composent l'Union chrétienne-démocrate divergent sur bien des points, dont l'immigration. La CSU voudrait orienter la CDU/CSU vers la droite et la CDU de madame Merkel souhaite continuer à pêcher des électeurs au centre. Bref, nous avons de facto sept partis aujourd'hui, et avec un scrutin proportionnel, il est extrêmement difficile de dégager des majorités...".

Le retour de la grande coalition, la solution?

Une solution serait de renouveler la grande coalition avec les sociaux-démocrates, qui étaient au pouvoir avec la CDU d'Angela Merkel: "Les sociaux-démocrates interprètent le résultat des dernières élections comme un refus de l'électorat allemand de leur confier un nouveau mandat dans le cadre d'une grande coalition tellement le résultat était mauvais et historiquement bas pour ce parti: ils avaient perdu 5 % par rapport aux élections de 2013, et sont à plus de 12-13 % d'écart par rapport aux moyennes qu'ils avaient dans les années 2000 ou '90. Ils sont vraiment aujourd'hui très affaiblis et se posent de vraies questions de survie politique dans un contexte où, dans toute l'Europe, les partis sociaux-démocrates et socialistes perdent des voies de façon dramatique."

"Leur voie de secours serait une nouvelle élection anticipée où ils diraient d'emblée "on accepte une grande coalition sous condition d'avoir un résultat acceptable ", et là ce serait à l'électeur allemand de dire si c'est ce qu'il veut ou pas".

De nouvelles élections pourraient encore renforcer Alternative für Deutschland, le parti le plus à droite de l'échiquier politique "mais marginalement seulement. Il était à 12,6 % par rapport aux dernières élections, les sondages de ce dimanche lui ont donné 12 %, donc une toute petite chute. Il peut peut-être monter à 13%, mais en tout cas il ne fera pas un raz-de-marée".

Hans Stark ne croit en tout cas pas à la fin de l'ère Merkel: "C'est un peu prématuré. Il n'y a pas de rival sérieux au sein du parti chrétien-démocrate qui émerge à l'heure actuelle. Il y a quelques jeunes espoirs, comme madame Klöckner ou monsieur Spahn, qui, vont passer leur temps à se faire la guerre entre eux avant de savoir qui d'entre eux va finalement l'emporter. Donc elle peut se rassurer: force est de constater qu'au sein de son parti, personne pour l'instant n'est en mesure de lui lancer le défi d'une candidature parallèle".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK