Père de la Belge emprisonnée au Nicaragua: "Les accusations sont montées de toute pièce"

Une Belge est actuellement emprisonnée au Nicaragua. Amaya est née à Bruxelles, elle est étudiante en médecine et a été arrêtée par des paramilitaires. Elle est membre d'un mouvement qui s'oppose à Daniel Ortega, qui est accusé par ses opposants d'avoir mis en place une dictature. Frédéric Coppens, le père d'Amaya, sociologue de formation travaillant dans le domaine de la coopération et le développement depuis une trentaine d'années au Nicaragua, était invité dans Matin Première.

Comment votre fille s'est retrouvée dans cette galère?

"Écoutez, ma fille est dirigeante du mouvement étudiant et elle s'est engagée dans le mouvement depuis le début, c'est-à-dire mi-avril. Et comme étudiante, elle est très motivée par la lutte contre l'injustice, l'autoritarisme croissant du régime Ortega-Murillo. Et à vrai dire, c'est plus la répression brutale de la part du régime qui a provoqué que ma fille, comme tant d'autres, se soit jointe au mouvement".

On va évoquer la situation de Nicaragua, mais d'abord, que reproche-t-on à Amaya concrètement ?

"Elle n’est pas encore passée devant le juge, mais elle est accusée de terrorisme, séquestration, incendies volontaires et même port d'armes. Des accusations tout à fait montées de toutes pièces. Il faut savoir que le pouvoir judiciaire, de même que tous les rouages de l'État au Nicaragua, est complètement aux mains du régime Ortega-Murillo, qui exerce un contrôle hégémonique sur toutes les structures de l'État".

Vu ces accusations très graves et poursuivie notamment pour terrorisme, que risque-t-elle ?

"En fait, il vient d'y avoir, il y a un peu plus d'un mois, une réforme d'une loi qui a trait au terrorisme et qui est une réforme faite sur mesure pour la moitié des gens".

Pour faire taire la contestation ?

"Oui, c'est ça. La moitié des gens qui ont participé à une manifestation qui était toute parfaitement civique et pacifique sont accusées de terrorisme. Pour vous donner un exemple, il y a eu, durant toute une phase de manifestations, au début, il y a eu des barrages routiers. Avoir participé à un barrage routier, c’est un acte terroriste. Ou par exemple, mon épouse et mes autres enfants allaient apporter des boissons, à manger aux manifestants qui étaient sur le barrage routier. Ils contrôlaient les barrages routiers, ça, c'est financement du terrorisme".

Justement, vous êtes rentré en début de semaine en Belgique avec vos deux fils pour les protéger. Vous aviez des craintes ?

"Oui. Actuellement au Nicaragua, être jeune, c'est un délit, que vous ayez ou pas participé directement aux manifestations. Être jeune, en rue, après six heures du soir, vous êtes embarqué".

Il y a une suspicion très claire vis-à-vis de la jeunesse?

"Oui, essentiellement. En fait, c'est intéressant parce que le mouvement de contestation a agglutiné à peu près tous les secteurs de la population. En fait, la première manifestation qui était la goutte qui a fait déborder le vase, c’était une réforme de la Sécurité sociale. La toute première manifestation, en fait, c'était des pensionnés. Petite manifestation assez anodine, 50 personnes, mais qui a été réprimée de façon tellement violente qu’a provoqué l'indignation de tous les autres secteurs, en particulier les étudiants. Ça, c'était le 18 avril.

Le 19 avril, il y a déjà eu les premiers morts parmi les étudiants. Et puis se sont joints à ça les étudiants, surtout dans les zones urbaines de la côte Pacifique. Et se sont joints à ça après les paysans, le secteur paysan ; plus dans les zones rurales paysannes qui étaient affectées depuis cinq ans à peu près par, si vous souvenez, le projet du canal interocéanique et dont les terres étaient menacées d'expropriation. Il y a aussi toute l'entreprise privée qui s'est jointe à ça. Et puis l'Église".

Bref, une grosse mobilisation contre le président Ortega. Maintenant, vous allez essayer d'aider votre fille, essayer de la faire sortir de là. Quel appel vous lancez aux autorités belges ?

"Écoutez, ma fille a l'avantage d'être Belge et Nicaraguayenne. Donc, effectivement, je sollicite l'appui des autorités belges, qui ont répondu de façon très rapide et efficace. Maintenant, on va voir si on obtient sa libération".

Qu'est-ce que vous a dit le ministre des Affaires étrangères ?

"D'abord, au Nicaragua, il n'y a pas d'ambassade belge. L'ambassade pour la région est à Panama, mais à travers l'ambassade, ils exercent des pressions sur le gouvernement".

Et demain, vous retournez là-bas ?

"Oui, parce que ma fille est emprisonnée et mon épouse est aussi restée au Nicaragua, et je veux l'accompagner, évidemment".

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