Pénurie de main d'œuvre au Québec: les immigrants très courtisés

Dans la Belle Province, depuis plus d’un an, la pénurie de main d’œuvre est sur toutes les lèvres. Il manque des travailleurs dans tous les secteurs d’activité, surtout dans les petites villes éloignées de Montréal. Et la situation ne semble pas s’arranger. Parmi les solutions avancées, il y a l’apport de travailleurs issus de l’immigration. Ils sont de plus en plus courtisés.

Un autobus jaune pour découvrir Granby

Nous avons pu nous en rendre compte au début du mois d’octobre, par une fraîche matinée d’automne. Une quarantaine de personnes issues de l’immigration – des Colombiens, des Camerounais, des Algériens ou encore des Haïtiens - quittaient Montréal, à bord d’un bus jaune typiquement canadien, pour se rendre dans la petite ville de Granby.

Il régnait dans ce bus une drôle d’ambiance. " Je t’avoue que j’y vais un peu en touriste ", m’expliquait Alain Deutchoua, un jeune Camerounais. " Je suis diplômé en génie mécanique, je ne trouve pas de travail à Montréal alors on m’a conseillé de participer à une visite exploratoire à Granby parce que là-bas, apparemment, ils cherchent des travailleurs ", ajoutait-il. " Mais je ne sais pas à quoi m’attendre. "

A l’arrivée à Granby, Alain et tous les autres participants de la journée sont accueillis comme des héros par les autorités de la ville et les représentants du patronat. " Bienvenue, on espère que vous deviendrez des citoyens de notre jolie ville ", leur glisse-t-on, avant de leur offrir une visite guidée de la ville et de leur pointer toute une série d’entreprises qui ont besoin de travailleurs.

La pénurie de main d’œuvre : un vrai handicap pour les entreprises

Il faut dire que le Québec dans son ensemble est en proie à une importante pénurie de main d’œuvre. 120.000 postes sont vacants et la situation se dégrade de trimestre en trimestre. Pour l’expliquer, il y a plusieurs facteurs : le Québec a connu une croissance économique importante mais sa population est vieillissante et le réservoir de main d’œuvre est de plus en plus petit. Dès lors, certaines entreprises ont dû fermer des lignes de production, certains restaurants doivent fermer leurs portes plus tôt certains jours, tout cela faute de travailleurs en suffisance. De quoi démoraliser les employeurs ainsi que ceux qui ont envie d’entreprendre.

Sophie Boulard est Belge. Nous la rencontrons alors qu’elle peaufine une commande de macarons. Installée dans la ville de Québec, elle s’est lancée dans la confection de ces petits gâteaux et la demande explose. Mais elle a déjà peur de ne pas pouvoir suivre, faute de travailleurs. "Je vois grand pour mon entreprise mais ce manque de main d’œuvre me freine un peu. C’est dur de s’investir pleinement quand on n’a personne derrière pour nous aider, on sent qu’on peut se brûler les ailes", regrette la Belge.

L’immigration vue comme une solution

Parmi les solutions à ce problème, il y a l’apport de travailleurs étrangers. " Ce n’est pas la seule solution mais c’est une solution à prendre en compte, on sait que de plus en plus d’immigrés présents au Québec s’installent dans les grandes villes mais on a besoin de gens dans les petites villes pour continuer à faire avancer l’économie ", explique Frey Guevara, directeur général du SERY, l’organisme qui organise cette visite exploratoire à Granby et qui a pour mission d’aider les immigrants à s’installer dans la ville. Les chiffres lui donnent raison :  environ 80% des immigrants acceptés par le Québec s’installent à Montréal. Or, ce sont les petites villes qui vivent le plus fortement la pénurie et qui ont le plus besoin d’eux.

Alors aujourd’hui, ces petites villes comme Granby et les entreprises présentes sur leur territoire se tournent de plus en plus vers les immigrants. " Il y a quelques années, les employeurs recrutaient des immigrants un peu par obligation, s’ils n’avaient pas le choix ", explique Pierre Dolbec, représentant du patronat québécois, " mais aujourd’hui, je vous dirais qu’ils les engagent pour leur valeur ajoutée et la qualité de leur travail ". L’homme demande d’ailleurs au gouvernement québécois d’accepter plus d’immigrants, dans ce contexte de pénurie. " On nous parle de diminuer les seuils d’immigration mais il faut, au contraire, les augmenter et il faut aussi accepter des profils moins qualifiés car on en a grandement besoin ", s’exclame Pierre Dolbec. " Quand on regarde la courbe du vieillissement au Québec, ça fait peur et à moyen et long terme, c’est l’immigration qui va le plus aider les entreprises du Québec ", ajoute-t-il.

Opération séduction

Retour à Granby, avec notre groupe d’immigrants venus visiter la ville. La journée marathon continue. On leur propose ensuite de participer à un Salon de l’Emploi. Environ 80 recruteurs de la région souhaitent les rencontrer. "Bonjour, est-ce que vous connaissez notre entreprise ? On recherche des mécaniciens et des soudeurs", explique cette responsable des ressources humaines. CV à la main, Alain, le jeune Camerounais, discute avec plusieurs personnes. Il se dit très étonné de l’intérêt qu’il suscite. "Franchement, à Montréal je commençais à perdre espoir de trouver un emploi, mais ici je sens qu’ils ont besoin de beaucoup de travailleurs et mon profil les intéresse", explique-t-il, avec un grand sourire aux lèvres.

Et pour ceux qui seraient tentés de s’installer à Granby, il y a toute une série d’incitants. " On peut aider les immigrants dans leur déménagement, dans la recherche d’un logement, on peut aussi inscrire leurs enfants à la garderie ou à l’école et leur donner des cours de français ", explique Frey Guevara de l’organisme SERY. Une stratégie qui semble porter ses fruits puisque l’organisme aide à l’installation de 200 nouveaux arrivants chaque année.

Alors le Québec, eldorado pour les immigrants ?

Pour autant, tout n’est pas forcément idyllique. D’abord, il faut bien comprendre que le Québec mène une politique d’immigration choisie. La province choisit ses immigrants en fonction de ses besoins économiques et, de plus en plus, des besoins de ses régions en pénurie. "Par ailleurs, je réalise que ça va être très difficile de trouver un emploi qui corresponde à mon niveau de qualification", explique un autre participant à la journée à Granby. "Il faut accepter de commencer plus bas et espérer monter les échelons", ajoute-t-il, sans oublier le problème de reconnaissance des diplômes qui pose de gros embarras à toute une série d’immigrants.

Le bus quitte Granby avec à son bord des femmes et des hommes qui se savent désormais très courtisés par les petites villes du Québec. Ces villes se livrent une dure compétition pour les attirer et ensuite pour les garder.

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