Pénurie de carburants au Liban : un hôpital de Beyrouth prévient d’un "désastre imminent" si les machines devaient être mises à l’arrêt

Le Liban traverse depuis fin octobre 2019 une crise sans nom. Il s’agit de l’une des pires crises économiques au monde depuis 1850, d’après la Banque Mondiale et connaît d’importantes pénuries de carburants qui affectent l’approvisionnement en biens de première nécessité. Outre le secteur de l’alimentation, le secteur médical et hospitalier tirent la sonnette d’alarme. Des vies sont en jeu. C’est notamment le cas à hôpital américain de Beyrouth.

Cette situation survient à un moment où l’hôpital américain de Beyrouth est confronté à des crises à tous les niveaux : pénurie de médicaments, pénurie de fournitures médicales et plus récemment, les scandaleuses coupures d’électricité. Si bien que les hôpitaux, comme l’ensemble des secteurs, sont obligés d’avoir recours à des palliatifs comme des générateurs alimentés avec du carburant. Et alors que les pénuries de carburant sont déjà là, les risques que les machines s’arrêtent instantanément font craindre le pire.

Un désastre imminent pour l’hôpital de Beyrouth

L’hôpital américain de Beyrouth (AUBMC), un des principaux hôpitaux privés du pays, a prévenu ce samedi d’un "désastre imminent", en raison de la menace d’un arrêt forcé dès le matin du lundi 16 août s’il n’obtient pas de carburant.

Si un arrêt est forcé, ce sont tous les ventilateurs et autres dispositifs médicaux vitaux qui cesseront de fonctionner. Qui dit arrêt, dit décès immédiat de plusieurs patients, insiste l’hôpital.


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"Quarante malades adultes et 15 enfants, sous respirateurs, mourront dans l’immédiat", s’alarme l'hôpital libanais dans un communiqué. "180 personnes souffrant d’insuffisance rénale mourront intoxiquées après quelques jours. Plusieurs centaines de malades de cancer, adultes et enfants, décéderont dans les semaines qui viennent".

Un ultime cri d’alarme

L’hôpital américain de Beyrouth lance un appel urgent au gouvernement libanais, à l’Organisation des Nations Unies (ONU) et ses agences, l’Organisation mondiale d’ainsi qu’à toutes les agences et organisations en mesure d’apporter leur aide, en leur demandant instamment de fournir au centre médical suffisamment de matériel et de carburant pour répondre aux besoins des patients.

L’hôpital a été prévoyant mais épuise son stock

L’Université américaine de Beyrouth (AUB), dont fait partie l’hôpital, rationne l’électricité et le carburant sur tout le campus depuis des semaines mais elle commence à manquer des deux et ne pourra pas continuer à approvisionner son centre médical.

L’administration de l’AUBMC insiste pour que tous ceux qui occupent des positions de responsabilité mettent immédiatement de côté tous leurs différends et travaillent ensemble pour éviter des désastres imminents.


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"Un désastre que personne ne mérite. Encore moins les Libanais et les autres habitants de cette nation, dont les souffrances injustifiées ne méritent pas d’être couronnées par une tragédie inutile, vaine et irréversible", conclut le service communication de l’AUBMC.

Une situation préoccupante qui touche actuellement l’hôpital américain de Beyrouth mais qui, au vu de la situation actuelle dans le pays, pourrait toucher d’autres systèmes de santé.

Il faut dire que les accidents dramatiques se suivent au Liban en raison de cette pénurie de carburant. Ce dimanche, l’explosion d’une citerne d’essence a fait au moins 28 morts et des dizaines de blessés. Le drame est survenu alors que des résidents tentaient désespérément de s’approvisionner en carburant, en pénurie dans un pays en plein effondrement. Dans la journée, les proches étaient venus en larmes et en colère à l’entrée de l’hôpital Geitawi.

Une situation compliquée

La situation du Liban est celle de l’effondrement. A tous les niveaux : social, économique, politique… Depuis octobre 2019, la situation empire dans le pays autrefois appelé la Suisse du Moyen-Orient. Une situation qui a fini de blesser le cœur et la mémoire des Libanais après la déflagration le 4 août 2020 au port de Beyrouth.

Depuis lors, la situation ne cesse d’empirer. En plus d’une crise financière, le Liban vit un véritable chaos social. D’ailleurs, l’actuel gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé est accusé par la rue d’avoir, à l’instar des barons de la politique libanaise, mené le pays à la dérive et transféré d’importantes sommes à l’étranger lors de la contestation populaire d’octobre 2019 et d’avoir imposé des restrictions bancaires draconiennes, toujours en vigueur.

Outre la crise sociale, l’économie du pays s’enfonce de plus en plus. En février dernier, le prix du pain augmente de 20%. En juin, c’est le prix du carburant qui explose (+30%) en raison d’une levée partielle des subventions.


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Conséquence ? La valeur de la devise locale est en chute libre et deux grandes centrales électriques sont à l’arrêt pour cause de pénurie de carburant. Le pays peine à importer suffisamment de fuel pour faire fonctionner ses centrales électriques puisque les prix explosent. Et ces pénuries en question provoquent depuis des semaines d’interminables files d’attente devant les stations-service. Plusieurs établissements ont dû fermer leurs portes, faute de carburants pour alimenter les générateurs privés, tandis que les pannes de courant culminent à plus de 22 heures par jour. Et pour l’instant, le pays fait face à l’impossibilité de produire de l’électricité avec l’aide du gouvernement.

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