Pénurie d’essence en Grande-Bretagne: l’armée appelée à la rescousse, péril en vue pour le gouvernement Johnson

L’armée britannique sur pied de guerre pour faire face aux pénuries d’essence au Royaume-Uni : au quatrième jour d’une vague de fermetures de stations-service et de longues files d’attente, 150 chauffeurs militaires et autant de personnel de soutien se préparent à prêter main-forte à la distribution de carburant Outre-Manche. Une mesure qui s’ajoute à la décision du gouvernement de Boris Johnson d’offrir 5000 visas temporaires à des chauffeurs étrangers, ainsi que 5500 visas à des ouvriers avicoles, un sérieux aménagement de sa politique d’immigration post-Brexit, ainsi qu’à l’extension de la durée de validité des permis spéciaux pour camions-citernes. Mais tout cela suffira-t-il ?

Pénurie de chauffeurs, plus que de carburant

Ce week-end, les pénuries se sont aggravées à cause d’achats de panique. Lundi, environ 30% des stations BP connaissaient des ruptures de stocks de carburant. Les appels lancés ces derniers jours par le gouvernement à ne pas paniquer ont eu un effet contreproductif, les consommateurs britanniques se ruant vers les stations-service et les rayons des supermarchés.

Les services de secours, ambulances, infirmiers à domicile, médecins, personnel pénitentiaire s’inquiètent et demandent la priorité d’approvisionnement.

De plus le RAC (Royal Automobile Club) constate que les prix atteignent un niveau inégalé depuis 8 ans. Le RAC pointe certains pompistes qui profitent de la demande en hausse pour augmenter les tarifs.

Le goulot d’étranglement n’est pas situé dans les raffineries qui disposent d’assez de stocks, mais simplement au niveau de la distribution.

Et le problème n’est pas neuf. Il préexistait au Brexit et à la pandémie de coronavirus, mais ces derniers l’ont accentué.

L’association du transport routier RHA estime qu’il manque environ 100.000 chauffeurs routiers au Royaume-Uni, un véritable problème depuis plusieurs mois pour l’industrie, en particulier agroalimentaire et la grande distribution. Le Brexit qui a renvoyé chez eux pas mal de chauffeurs européens n’est qu’un des facteurs responsables de ce manque. Sont venus se greffer à cela les conséquences de la pandémie, le faible niveau des salaires du secteur et une main-d’œuvre vieillissante.

Convaincre des candidats chauffeurs de poids lourds

Face à un tel déficit, les quelques dizaines de militaires mobilisés semblent ne pas faire le poids… D’autant qu’il faut d’abord leur faire passer une formation de cinq jours.

Du côté des chauffeurs étrangers, il n’est pas sûr qu’ils soient nombreux à vouloir retourner vivre et travailler quelques semaines sur les routes du Royaume-Uni, après les très mauvaises expériences vécues par de nombre d’entre eux plus tôt cette année suite au Brexit, notamment les retards dus au surcroît de procédures bureaucratiques aux frontières. Il ne faut pas perdre de vue que des pénuries de chauffeurs routiers existent également en Europe continentale : selon le syndicat européen des travailleurs du transport, la Pologne en cherche 120.000, l’Allemagne entre 45.000 et 65.000…

Pour les entreprises de transport comme pour les distributeurs de carburant, cette ouverture dans la politique des visas ne résoudra pas à elle seule la crise.

Reste l’appel à la réserve. Près d’un million de Britanniques sont détenteurs d’un permis poids lourd. Le problème est de les convaincre à en faire leur métier en forte perte d’attractivité chez les jeunes.

Pas sûr donc que le gouvernement britannique puisse venir à bout de cette crise pour les fêtes de fin d’année comme il l’ambitionne.

Quand les pénuries de carburant paralysaient la Grande-Bretagne en 2000

Cette situation rappelle les années 1970 quand la crise pétrolière avait mené à un rationnement du carburant et une semaine de travail de trois jours.

Cette série de crises de l’énergie entre 1967 et 1979 trouvait son origine dans le conflit au Proche-Orient, mais c’est celle de 1973, déclenchée par les producteurs arabes de pétrole qui a marqué les mémoires. Le but des nations arabes productrices d’or noir était de boycotter les USA pour leur soutien à Israël lors de la guerre de Kippour contre l’Egypte. Le prix du baril de brut bondit, multiplié par quatre, rendant le coût du transport prohibitif. Au Royaume-Uni à l’époque, on songe même à rationner le carburant en utilisant des coupons datant de la Seconde guerre mondiale…

C’est l’inflation, la crise, le conflit avec les syndicats de mineurs et en 1974 le gouvernement conservateur de Ted Heath perd successivement sa majorité et les élections qui suivent.

4 images
Manifestation à Londre le 14 novembre 2000 © EPA PA/MICHAEL STEPHENS

A l’automne 2000, des manifestations contre le prix élevé du carburant entraînent aussi un blocage de raffineries et une pénurie historique qui paralyse l’activité du pays pendant des semaines. Le travailliste Tony Blair doit faire face à la colère des routiers qui lui reprochent de ne rien faire pour alléger leurs charges. Il lui faudra reculer face à la bronca. Les mêmes mouvements avec les mêmes revendications face aux mêmes hausses du prix des carburants reprendront dans une moindre mesure en 2005 et 2007. Les conservateurs menés par David Cameron en tireront finalement profit en faisant des promesses de campagne en vue des élections de 2010 qu’ils remporteront.

Aveu d’échec et sparadrap

Et aujourd’hui, l’histoire semble se répéter avec l’opposition travailliste qui monte au créneau pour critiquer le manque de prévoyance du gouvernement de Boris Johnson.

Le Labour taxe les mesures du gouvernement "d’aveu d’échec" et qualifie le recours à l’armée de "sparadrap".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK