Pays-Bas : les eurosceptiques n'ont pas gagné.

Immigrés aux Pays-Bas
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Face à la crise, deux voix radicales se sont exprimées aux Pays-Bas ces dernières années. Des voix qui, toutes deux, avaient érigé un bouc émissaire. L'immigration, surtout musulmane pour les partisans de feu Pim Fortuyn, et plus récemment, l'Union européenne elle-même pour différentes formations populistes. Au vu des résultats électoraux, ni la mise en cause des immigrés, ni celle de l'Europe ne sont cependant parvenus à convaincre une majorité d'électeurs. Cela ne veut pas dire que tout soit réglé, mais une majorité de Néerlandais restent attachés à leur appartenance à l'Union.

Les élections législatives anticipées ont eu lieu au Pays-Bas le 12 septembre dernier. Les cinquièmes en dix ans. C’est dire l’instabilité qui caractérise le monde politique de nos voisins du nord. Mais ce scrutin s’est singularisé par rapport aux précédents. Exit le débat récurrent depuis le début des années 2000 sur l’immigration, surtout musulmane. Exit le débat sur la panne du modèle d’intégration jadis montré en exemple. Depuis le passage et la sortie tragique de la scène politique de Pim Fortuyn, pas un débat n’avait manqué de poser ces questions.

Economie d'abord

Cette fois, la campagne a pris un tour résolument économique. Entre maîtrise des dépenses et augmentations des recettes de l’état, c’est la question européenne qui s’est glissé dans le débat. Une situation qui fait dire à un observateur de la vie politique qu’il se pourrait bien que le Grec et l’Espagnol, grands indisciplinés budgétaires, aient remplacé l’immigrant profiteur des largesses de l’état au pilori des responsables de la baisse du niveau de vie des Néerlandais.

Le résultat des élections est, lui aussi, témoin de l’évolution du débat dans le plat pays. D’abord le franc recul des islamophobes devenus europhobes du parti de la liberté (PVV) de Geert Wilders indique un refus de l’électorat d’une trop grande simplification des enjeux. La question des difficultés de la zone euro et du soutien aux pays les plus pauvres ne se résout pas, selon les Néerlandais, par une sortie pure et simple de la zone euro voire de l’Union. Une voie proposée tant par le PVV que par les populistes de gauche tel Emiel Roemer du Socialistische Partij (SP). Sa formation a connu une campagne fulgurante, lui promettant dans les sondages des résultats le propulsant au premier plan du parlement pour le ramener, à l’issue du scrutin, au même niveau que le PVV de Geert Wilders

Européens de gauche et de droite

Et puis, il y a la forte progression des libéraux de droite du VVD, favorables au respect de la discipline budgétaire, au prix de coupes sévères dans les prestations de l’état. Une progression accompagnée d’une hausse équivalente des socio-démocrates du PVDA, quant à eux favorables à des impôts sur les grandes fortunes et à des exemptions des efforts budgétaires en faveur de l’enseignement et des retraités.

Si le message que les Néerlandais envoient à leur personnel politique est clair, la formation d’un gouvernement risque de prendre du temps. Tant la voie est étroite entre l’austérité et la relance.

Le soutien aux immigrés continue

En attendant le scrutin, les associations d’aide et de soutien des immigrés poursuivent leur travail. Dans une nouvelle indifférence du monde politique et des débats pré-électoraux. Mais là aussi, la crise et son cortège de réductions budgétaires se font sentir. C’est le sentiment qui anime les différentes organisations hébergées au Centre Culturel et Educatif d’Amsterdam. Une organisation privée, fière de ne percevoir aucun subside de l’état, dont l’objectif est d’inscrire les immigrés dans la vie culturelle et économique du pays.

Pascal Bustamante, journaliste

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