Pays-Bas: "c'est comme cela qu'on honore les morts", assène la presse

Le NRC et d'autres quotidiens publient en première page des photos de fleurs lâchées d'un pont d'autoroute alors que passait dessous le cortège de corbillards acheminant 40 dépouilles de victimes vers une base militaire près d'Amsterdam.
La presse se remémore avec horreur les images de séparatistes prorusses manipulant les corps des victimes et leurs effets personnels sur le lieu de l'accident, dans l'est de l'Ukraine.

Ces images choquantes contrastent, selon elle, avec l'accueil en grande pompe réservé aux dépouilles lors de leur arrivée mercredi à l'aéroport militaire d'Eindhoven. "Les soldats portaient des chapeaux et non des cagoules noires", observe le NRC, tandis que l'Algemeen Dagblad, soulagé, estime : "Enfin un hommage respectueux".

Le vol MH17 de Malaysia Airlines s'est écrasé avec 298 personnes à son bord, dont 193 Néerlandais. Un jour de deuil national avait été décrété mercredi aux Pays-Bas, le premier depuis la mort de la reine Wilhelmina en 1962, et beaucoup de Néerlandais se demandaient ce qu'ils étaient censés faire.

"Un scandale inimaginable"


"Cette journée est arrivée sans manuel d'utilisation, mais cela n'a au final pas été nécessaire", soutient le quotidien protestant Trouw. "A travers le pays, collègues, patrons, volontaires, utilisateurs Facebook, festivaliers ont décidé d'observer le silence".

"Ils sont finalement en de bonnes mains", assure le quotidien Telegraaf au sujet des premières dépouilles rentrées mercredi au pays. En première page, une
photo des corbillards attendus par une foule venue voir leur arrivée à la base militaire d'Hilversum, où les corps doivent être identifiés.
"Cela reste un scandale inimaginable que peut-être encore un tiers des victimes aient été laissé derrière, dans ces 'champs de la mort' de banditsde Poutine", ajoute le Telegraaf.
Le séparatistes prorusses ont été accusés d'avoir accidentellement abattu l'avion et le président russe Vladimir Poutine de ne pas avoir aidé assez au rapide rapatriement des corps.
"Si une force internationale militaire ou policière doit intervenir, alors, il ne faut pas hésiter. Nous devons aux victimes et à leurs proches d'être ferme", soutient le Telegraaf.

"Vengeance et peur sont de mauvaises conseillères" 


Alors que même les non-croyants s'étaient rassemblés dans les églises pour des offices religieux, le quotidien de centre gauche Volkskrant a interviewé le pasteur Jannie Nijewing. "Les Pays-Bas ont des églises parce que nous savons que nous sommes fragiles, nous savons que certaines choses sont trop grandes pour nous, trop lourdes pour que nous les portions seuls", a-t-elle dit.
Ceux qui n'avaient pas perdu de proches "voulaient faire quelque chose mais ne savaient pas quoi", assure le Volkskrant. "Puis tout a changé lorsque les deux avions ont atterri à Eindhoven (...) Alors, les images du chaos dans un coin lointain de l'Europe ont été remplacées par celles d'un pays en paix".

D'autres quotidiens se demandent quelles devraient être les prochaines étapes. "Ce désastre montre clairement que les dangers des conflits sont sous-estimés, que la Russie n'est pas comprise et que les leçons de la Guerre froide ont été rangées au placard comme étant sans importance", estime Trouw:
"les prochaines étapes dépendront des leçons que nous pouvons tirer de cette crise".

Dans le Financieel Dagblad, l'ancien chef de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer, appelle les Pays-Bas à renforcer ses forces armées. Un éditorial publié dans le même journal affirme qu'émerge désormais "la question importante de savoir comment contrecarrer le danger important qui menace l'ordre européen". Et de conclure : "la vengeance et la peur sont de mauvaises conseillères".
 

AFP

 

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