Pauvreté en Syrie: les enfants travaillent sur les décharges

C'est la dure réalité des enfants syriens. Après huit années de guerre, le pays peine à nourrir sa population. Pour survivre, ils sont nombreux à fouiller les poubelles et autres décharges. Ils cherchent des objets qu'ils pourront revendre et avec l'argent récolté de quoi se nourrir.

Sabaa al-Jassim, deuxième enfant d’une fratrie de neuf, vit dans un camp de déplacés dans le nord-ouest de la Syrie. Il y vit et il y travaille. Chaque jour c’est le même rituel. Il creuse dans un océan d’ordures à l'aide d'une simple tige de fer. L'adolescent porte des vêtements crasseux. Il cherche du plastique qu'il va revendre pour faire vivre sa famille. "Chaque jour, je collecte deux sacs de matériaux plastiques pour qu'on puisse acheter du pain", confie le jeune garçon à l'AFP.

Autour de lui, dans un vaste dépotoir à ciel ouvert qui fait aussi office de pâturage pour des moutons dans la province, des femmes et des enfants s'activent. Tous ciblent le fer ou le plastique, facile à revendre.

Petites mains bon marché

Quand il va au dépotoir près du village de Kafr Lusin, Sabaa fait équipe avec trois de ses frères et sœurs. Ensemble, ils sont payés mille livres syriennes, soit deux dollars par jour. "On achète du pain, des pommes de terre, des légumes et des tomates", explique l'adolescent à la silhouette frêle, capuche sur la tête. "On n'a pas d'argent pour acheter de la viande", ajoute-t-il candidement.

Un nouveau camion chargé de déchets arrive pour déverser sa cargaison. La benne basculante est actionnée et les sacs d'ordures tombent à toute vitesse dans un nuage de poussière. Tout le monde s'agglutine pour fouiller. Dans cet amas, se trouvent des restes de nourriture, des couches souillées, des sachets de chips, mais aussi de précieuses canettes en aluminium ou encore des bouteilles de produits ménagers. La plupart des enfants portent des bottes en plastique. Les plus chanceux ont revêtu des gants mais d'autres fouillent à mains nues.

Dans un pays ravagé par une guerre meurtrière depuis 2011, l'immense majorité de la population syrienne vit dans le dénuement. Le conflit a tué plus de 360.000 personnes et fait plus de six millions de déplacés.

Ils sont nombreux à survivre grâce à l'aide humanitaire distribuée par les ONG et les agences onusiennes. Mais cela ne suffit toujours pas. C'est le cas de la famille Jassim. Elle a fui les combats dans la province voisine de Hama et vit désormais sous une tente sommaire faite de bâches en plastique. Un poêle rudimentaire au milieu de la tente permet à la famille de se prémunir un tant soit peu du froid d'hiver. Dans un coin, le fils aîné est allongé sous une couverture. Blessé dans un raid aérien, il a encore des broches à la jambe.

"Quand mes enfants vont au dépotoir, je me sens petit et totalement vaincu", lâche le père, Jassim al-Jassim, âgé de 53 ans. Cet ex-agriculteur dit avoir été opéré du cœur et être trop faible pour travailler. "Je voudrais qu'ils aient un bon avenir, qu'ils puissent étudier et ne pas aller ramasser des poubelles", poursuit le vieil homme arborant une barbe blanche broussailleuse, un keffieh rouge et blanc sur le crâne. "Mais s'ils ne travaillent pas, on risque de finir tous affamés".


L'insécurité alimentaire

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), la Syrie connaît une "insécurité alimentaire généralisée". 6,5 millions de personnes seraient incapables de répondre à leurs besoins alimentaires. Après sa récolte, Sabaa apporte le plastique à un voisin, Morhaf Hijazi, qui le revend dans la ville d'Attareb où il est recyclé. Père d'un petit garçon de sept mois, M. Hijazy est lui-même un déplacé de la province centrale de Homs. "Le cuivre c'est ce qu'il y a de plus cher, mais le nylon et le plastique sont davantage répandus dans la région, c'est ce que les enfants récoltent le plus", explique le jeune homme de 25 ans. "Les poubelles sentent mauvais et sont source de maladies. Personne n'y travaillerait s'il n'y était pas contraint", lâche-t-il.

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