Pascal Delwit: le PS, grand perdant des législatives françaises, "de quoi inquiéter en Belgique"

Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l'ULB, analysait ce lundi matin dans le "Plus" de Matin Prem1ère le résultat des élections législatives françaises.

Au-delà de la très large majorité présidentielle, qui obtiendrait aux alentours de 350 sièges sur 577 députés, Pascal Delwit relève quatre grandes tendances de cette élection:

1. L'éclatement des Républicains et de la droite en général

"On ne doit plus parler d'un parti. On l'a vu durant la campagne, on l'a vu encore dans les débats hier soir, il n'y a plus une voix de parti, il y avait autant d'avis de Républicains que de Républicains sur le plateau, autant d'avis de socialistes que de socialistes sur le plateau. C'est sans doute ça l'enjeu maintenant, postérieurement à ces élections, pour la droite et pour la gauche, pour les Républicains et pour le Parti socialiste, c'est de se redéfinir, c'est-à-dire de dire 'nous sommes un parti pour faire cela dans tel type de stratégie'. Donc, c'est la nouvelle séquence qui est inaugurée maintenant.

Ces deux grands partis sont morts tels qu'ils se présentaient jusqu'à maintenant. Alors après, est-ce que les structures sont mortes ? Je serais beaucoup plus prudent. Mais c'est clair qu'ils vont devoir repenser leur corpus doctrinal, leur corpus organisationnel dans un contexte qui ne sera pas facile, parce qu'on l'a vu, c'est une des forces de la République En Marche pour l'instant et d'Emmanuel Macron, c'est de pouvoir jouer sur les divisions internes de ces deux formations".

2. Score historique pour le FN, mais pas de groupe parlementaire

"Ils n'auront pas de groupe, c'est vrai. En même temps, c'est quand même le meilleur résultat qu'a obtenu le Front national à une élection législative uninominale à 2 tours. Et il y a quand même un élément qui a été peu souligné jusqu'à maintenant, c'est que dans de nombreuses circonscriptions le Front national était présent au deuxième tour. Il n'y a eu qu'une faible mobilisation, je dirais, Républicains contre le Front national. En d'autres termes, l'argument mobilisation contre Front national, clairement, s'estompe de plus en plus en France, ce qui permet d'avoir un nombre de députés, 8, certes inférieur au groupe, certes relativement modeste, mais nettement supérieur à ce qu'on escomptait encore la semaine passée.

Il y a deux choses importantes, je crois, dans le vote Front national. La première, c'est-à-dire l'incroyable enracinement dans le Pas-de-Calais et avec des excroissances dans le Nord et les Ardennes. Et puis des nouveaux enracinements dans le sud. Par exemple, le département de l'Hérault, connu comme le Midi rouge, a vu une percée Front national exceptionnellement importante dimanche passé et ce dimanche-ci".

Comment l'expliquer?

"Je crois que c'est un parti de substitution à la présence d'un encadrement social historique, tantôt socialiste, tantôt communiste, tantôt cégétiste pour le monde syndical, et qu'il y a un effet de transposition, avec bien sûr des questions nouvelles, comme la présence de populations nouvelles aussi dans ces départements, et aussi la considération au Pas-de-Calais ou par exemple dans l'Hérault que ce sont des territoires oubliés par Paris, en quelque sorte".

3. Succès inespéré pour la gauche radicale

Un groupe de 33 élus pour la gauche radicale, "C'est totalement inespéré. Je dirais que si on avait dû parier à l'entame de l'élection présidentielle, à l'entame de l'élection législative que la France insoumise et le parti communiste français pourraient former un groupe et auraient un groupe autour de 25 à 30, suivant les dernières informations…

C'est moins que le PS, mais quand même un nombre appréciable d'élus, qui va d'ailleurs peser sur la recomposition du PS parce qu'on sent bien que si le PS avait dû penser son congrès avec une France insoumise et un Parti communiste français réduit à la portion congrue ou, comme maintenant, avec une France insoumise et un Parti communiste avec un nombre appréciable d'élus, les termes de la pensée, les termes de la réflexion ne seront pas exactement les mêmes".

4. Le PS, grand perdant de l'élection française: de quoi craindre pour le PS belge

"Le PS est le  tout grand perdant de l'élection, c'est tout à fait évident. Non seulement, bien sûr, parce qu'il avait la majorité absolue dans l'Assemblée nationale sortante. Mais il faut se rappeler qu'en 2012, quand François Hollande est élu, le PS a la majorité à l'Assemblée, le PS a la majorité au Sénat, dans les deux tiers des départements, dans toutes les Régions, sauf une. Et au terme de la législature, c'est un parti quasi disparu, complètement divisé et avec toute une nouvelle génération qui doit émerger.

De quoi faire peur au PS belge?

"Je pense qu'un des messages, c'est que les partis classiques n'ont pas répondu à l'attente, donc il n'y a pas besoin de les garder. Un deuxième message, c'est qu'il y a une prise de recul par rapport à la vie politique, qui est quand même exceptionnelle, 57 % d'abstention, auxquels il faut encore ajouter les non-inscrits. Donc, s'il n'y a pas une forme de réenchantement de la vie démocratique, de la vie publique, de la vie politique, effectivement la forme 'parti', et nos partis en particulier en Belgique, sont devant des difficultés importantes. Je pense qu'il y a des formes d'inquiétude à la fois dans les partis, dans le personnel politique et dans une partie du monde journalistique aussi".

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