Pascal Boniface (IRIS): "L'Europe est shootée à la dépendance aux États-Unis!"

Pascal Boniface, le fondateur et directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, est l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 13 octobre sur La Première. Il aborde les grandes questions internationales, mais aussi et surtout la politique de Donald Trump et son impact sur le reste du monde.

Pour Pascal Boniface, la situation dans laquelle Donald Trump place l’Europe vis-à-vis de l’Iran est symptomatique d’une Europe soumise au monstre américain que représente le dollar. "On a créé l’euro quand même en 1992 pour servir de concurrent au dollar comme monnaie internationale. Qu’est-ce qu’on a fait ? Rien ! La part de l’euro dans les échanges inter-européens est plus faible qu’il y a 10 ans." Une situation qui a permis au président américain de prendre le dessus dans la situation iranienne. "Là, Trump attaque notre souveraineté. Le fait qu’il rompe le pacte sur le nucléaire iranien était déjà un problème. Mais le fait qu’il dise "Si vous commercez avec l’Iran, vous serez sanctionnés", ça relève de l’Union soviétique avec ses pays satellites, ce n’est pas une alliance entre pays égaux!"

S’il est déjà trop tard en ce qui concerne l’Iran, le directeur de l’IRIS propose quelques solutions pour réagir à cette mainmise américaine. Notamment de mettre en place une OFAC européenne, c’est-à-dire reprendre le concept de l’office qui décrète des sanctions contre les entreprises et sociétés européennes, pour l’adapter aux États-Unis. "C’est à nous aussi de sortir du bois. On est shooté à la dépendance aux États-Unis sur plan stratégique !"

Un succès aux élections mid-term, mais des catastrophes à venir

Au niveau national, le président Trump semble plutôt bien mener sa barque, puisque l’économie américaine se porte bien, et que certaines décisions sont saluées par la population. D’ailleurs, selon Pascal Boniface, non seulement Donald Trump pourrait garder sa majorité aux mid-term, mais il pourrait même être réélu en 2020. "À force d’ignorer les souffrances des gens, de ne pas voir ceux qui vont mal, ceux-ci se vengent, et ils élisent Salvini ou Trump. (…) Donc il faut prendre Trump au sérieux. On n’est pas élu comme cela par hasard président des États-Unis."

Cela dit, Pascal Boniface met en garde : "À court-terme, tout va bien. Mais à long-terme, la note sera salée." Le géopolitologue français évoque là les conséquences des décisions américaines qui se feront sentir plus tard, notamment vis-à-vis de la Chine. "Il y a une double dépendance entre la Chine et les États-Unis. Et lui, il réagit comme s’il pouvait encore imposer au reste du monde les décisions américaines. Mais cette époque est révolue, ça ne marchera pas ! Il va plutôt, au contraire, accélérer la montée en puissance de la Chine."

Il a dit

- Sur les rires que Donald Trump a suscités à l’assemblée de l’ONU : "Il n’y a absolument pas matière à rires, il y a matière à inquiétudes !"

- Au sujet des décisions du président américain vis-à-vis de la Chine et de l’Iran : "Donald Trump est en train de jeter l’Iran dans les bras de la Chine. Est-ce que c’est l’intérêt à long-terme des États-Unis, voire du monde occidental, que l’Iran n’ait d’autre solution que d’avoir un partenariat privilégié avec la Chine ? On aurait pu jouer la partie autrement."

- Est-ce que la force de Donald Trump réside aussi dans la faiblesse du parti démocrate ? "Le parti démocrate s’acharne à dire que si Hillary Clinton a perdu les élections, c’est à cause des Russes, sans mettre en cause leurs responsabilités."

- Au sujet de la responsabilité de la presse : "Lorsque les grands journalistes français traitent avec condescendance Marine Le Pen, elle gagne des voix parmi les électeurs, parce que les gens se disent "ces journalistes qui vivent bien, qui ignorent complètement mes préoccupations et qui ne pensent qu’à leurs préoccupations parisiennes, s’ils méprisent Marine Le Pen, ils me méprisent aussi, donc je vais voter Marine Le Pen. Le mépris que l’on peut afficher par rapport à cela n’est en rien une façon de lutter."

- Par rapport aux décisions unilatérales des États-Unis : "On est dans un monde globalisé, et un monde globalisé c’est un monde interdépendant. Aucun des grands défis qui se posent à nous, de la lutte contre le réchauffement climatique, à la lutte contre le terrorisme, à la lutte contre les grandes pandémies, ne peuvent se prendre seul, même par le pays le plus puissants du monde. Trump dit qu’il va résoudre seul les problèmes des États-Unis, et que le reste, il s’en moque."

- Sur les offensives militaires internationales des États-Unis : "On n’a pas le choix de s’opposer aux États-Unis, parce que Trump ne nous traite pas comme des alliés, mais comme des vassaux."

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