Acte XIX des Gilets jaunes: 40.500 manifestants dans tous le pays, Paris calme, heurts à Nice et Montpellier

Les gilets jaunes manifestent à nouveau ce samedi en France, dans un climat de tension exacerbée par la crainte de nouvelles violences, face auxquelles le gouvernement sous pression a mis en place un arsenal sécuritaire drastique et controversé.


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Ce 19e samedi consécutif de manifestations se déroule dans un calme relatif depuis la mi-journée à Paris. Interdite aux manifestants après les saccages et violences de la semaine précédente, la touristique avenue des Champs-Elysées était quadrillée par un imposant dispositif policier.

Paris sous haute surveillance

Pour éviter toute réédition du chaos, l'exécutif n'a pas lésiné sur les moyens. À Paris, les manifestations ont été interdites sur la "plus belle avenue du monde" et ses abords, ainsi que dans un périmètre incluant le palais de l'Élysée et l'Assemblée nationale.

Le célèbre restaurant Fouquet's, qui a été la cible des assaillants lors de l'Acte 18 a ce samedi des allures de bunker. Il est encerclé d'une armure métallique. Ses dirigeants ont annoncé qu'il serait fermé "pour plusieurs mois".

Interpellations

A la mi-journée, 31 personnes avaient été interpellées dans la capitale, 15 autres verbalisées pour avoir défilé dans un périmètre interdit et plus de 2.300 contrôles préventifs ont été effectués, a-t-on appris auprès de la préfecture de police.

Le nouveau préfet de police Didier Lallement, nommé après le limogeage de son prédécesseur dans la foulée des violences du 16 mars, a annoncé l'interdiction d'équipements de protection et visant à dissimuler le visage, d'armes, y compris factices, prévoyant des contraventions alourdies pour toute participation à une manifestation interdite.

Violences à Montpellier

Des échauffourées avec les forces de l'ordre ont éclaté samedi à Montpellier, environ deux heures après le départ d'un cortège de "gilets jaunes" rassemblant quelque 4500 personnes selon la préfecture.

Vers 16h, les forces de l'ordre ont fait des sommations puis procédé à des tirs nourris de grenades lacrymogènes, alors que des manifestants leur jetaient canettes et bouteilles de bière, a constaté une journaliste de l'AFP.

Côté manifestants, au moins une personne a été blessée par un projectile au visage, et côté forces de l'ordre, au moins deux policiers ont été blessés, a-t-elle constaté. Ces affrontements ont éclaté place de la Comédie et aux abords du centre.

Des heurts violents éclatent régulièrement lors des manifestations de "gilets jaunes" à Montpellier. La ville n'avait cependant pas fait l'objet samedi d'un périmètre d'interdiction de manifester, et un appel à un rassemblement "régional et national" y avait été lancé sur les réseaux sociaux. Dans le cortège se trouvaient des groupes de Toulouse, Arles (Bouches-du-Rhône), Marseille, Avignon, Béziers (Hérault) ou Roanne (Loire).

Parmi les banderoles, on pouvait lire en tête du défilé "Montpellier restera antiraciste".Une manifestation a par ailleurs réuni 1.500 "gilets jaunes" à Marseille, qui ont défilé depuis le Vieux-Port. La préfecture des Bouches-du-Rhône a fait état de trois interpellations.Quelque 3.100 personnes étaient mobilisées à Paris samedi en début d'après-midi pour l'acte 19 du mouvement social, selon les estimations du ministère de l'Intérieur régulièrement contestées par les manifestants. Samedi dernier, ils étaient 10.000 à Paris où l'acte 18 des "gilets jaunes" a donné lieu à des scènes de saccage et de pillage sur les Champs-Elysées, entraînant un renforcement drastique du dispositif de sécurité ce samedi.

Situation tendue à Nice

A Nice, dans le sud-est de l'Hexagone, une visite officielle du président chinois Xi Jiping est organisée. Quelques dizaines de personnes, certaines revêtues d'un gilet jaune, ont bravé l'interdiction de manifester sur une place du centre et six ont été interpellées.

La journée est à haut risque pour le président Emmanuel Macron, déterminé à prouver que son gouvernement contrôle l'ordre public, une semaine après les images désastreuses de pillages et départs d'incendie sur les Champs-Élysées.

Des mesures nationales

Des interdictions de manifester ont également été édictées dans d'autres grandes villes, comme à Toulouse (sud-ouest) et Bordeaux.

Et la ministre de la Justice Nicole Belloubet a prévenu samedi : "Nous serons sans merci pour les casseurs".

Mais les mesures annoncées ont été dénoncées par la Ligue des droits de l'homme et par des représentants de l'opposition.

La plus controversée a été la mise à contribution de l'armée pour cette journée - mélange des genres et "surenchère" selon l'opposition.

Les militaires de l'opération antiterroriste Sentinelle, qui sont au nombre de 7000 hommes, déployés sur tout le territoire depuis les attentats de 201,) sont appelés à protéger des sites pour permettre aux policiers et gendarmes d'aller faire du maintien de l'ordre.

Des propos vendredi du gouverneur militaire de Paris évoquant la possibilité pour les soldats "d'ouvrir le feu" ont encore jeté de l'huile sur le feu.

Pour éteindre la polémique, le président Macron, qui avait lui-même annoncé la mobilisation de Sentinelle, a dénoncé un "faux débat" et réitéré que l'armée n'était en aucun cas en charge de l'ordre public.

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