Paris : l'attaque "d'une extrême violence" a duré 7 minutes, l'auteur avait une vision "radicale" de l'islam

Jean-François Ricard, procureur antiterroriste
2 images
Jean-François Ricard, procureur antiterroriste - © GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

Le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, a donné plus de précisions sur l’attaque commise ce jeudi 3 octobre contre des fonctionnaires de la préfecture de police de Paris. L’enquête est menée par le parquet national antiterroriste sous les qualifications d'"assassinat et tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste", ainsi que pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle".

Le parcours de Michaël H. a pu être retracé avec précision, grâce à la vidéosurveillance. C'est ainsi qu'on apprend qu'il est arrivé jeudi sur son lieu de travail à 8h58. Sur le temps de midi, il s’est rendu dans un magasin tout proche pour y acheter 2 couteaux: un couteau de cuisine muni d’une lame de 20 cm, et un couteau à huître. Il a effectué un détour avant de revenir vers la préfecture afin de dissimuler les couteaux qu’il venait d’acheter. Son comportement ne trahit, à ce moment, "aucune fébrilité", selon le procureur Ricard.

7 minutes d’enfer

A 12h53, l’informaticien entame alors son parcours macabre. Il s’en prend tout d’abord à un collègue de bureau, un major de 50 ans, qu’il blesse mortellement en lui infligeant une large plaie à la gorge. Il tue ensuite un gardien de la paix de 38 ans de multiples coups de couteau dans la région thoraco-abdominale. Les autopsies réalisées attestent d’une "scène d’une extrême violence".

Dans un autre bureau, au même étage, il tue alors de plusieurs coups de couteau un adjoint administratif de 37 ans. Il tentera d’entrer dans un autre bureau où se trouvent 3 personnes en train de déjeuner, mais la porte est fermée à clé. Il emprunte ensuite un escalier menant vers la cour de la préfecture, en chemin il tue à coups de couteau une fonctionnaire de police de 39 ans. Enfin, au rez-de-chaussée, il blesse grièvement une assistante administrative à la gorge alors qu’elle attend l’ascenseur.

Dans la cour, Michaël H. est finalement abattu par un gardien de la paix stagiaire de 24 ans à qui il refuse d’obtempérer. Celui-ci exigeait qu’il pose son arme et qu’il se rende. Au lieu de cela, l’informaticien a couru vers lui en pointant son couteau.

Islam radical

Le parquet antiterroriste cherche à comprendre quels étaient les motifs de l’auteur ainsi que ses éventuels complices. Il a déjà pu établir que le matin des faits, Michaël H. a échangé 33 sms en une demi-heure avec son épouse, une femme de 38 ans inconnue des services spécialisés. Des sms à caractère uniquement religieux, qui se sont terminés par "Allah Akbar". Des voisins ont par ailleurs confirmé que l'homme avait tenu des propos similaires la nuit précédant les faits.

Selon le procureur, l'auteur de l’attaque "aurait adhéré à une vision radicale de l'islam" et était en contact avec plusieurs individus susceptibles d'appartenir à la "mouvance islamiste salafiste". Les premières investigations ont relevé son "approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion", "son souhait de ne plus avoir certains contacts avec des femmes", "sa justification" des attentats de Charlie Hebdo en 2015, ainsi que "son changement d'habitude vestimentaire depuis quelques mois". Il ne portait plus de tenue occidentale mais une tenue traditionnelle "pour se rendre à la mosquée".

Son casier judiciaire était vierge, mais il avait été poursuivi pour violences conjugales. Il avait fait l'objet d’une dispense de peine, mais avait reçu un blâme administratif en mai 2012.

Préméditation 

Des perquisitions ont été menées dans le bureau et au domicile de l’individu, elles n’ont pas permis la découverte de matériel particulier, hormis du matériel informatique. L’exploitation de ce matériel est rendue longue compte tenu de la profession de l’intéressé, "cela exige de prendre des précautions importantes dans la manipulation des supports numériques qu’il utilisait", a expliqué M. Ricard.

Compte-tenu des éléments recueillis, le parquet national anti-terroriste a estimé devoir se saisir de cette affaire. Parmi ces éléments: le caractère prémédité, la volonté avérée de mourir de l'assaillant au cours de son acte, les blessures occasionnées, le contexte de radicalisation latent de l'homme et les messages à caractère exclusivement religieux avant son passage à l'acte. Les investigations vont désormais se poursuivre pour définir les motifs et la personnalité de l'auteur.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK