Pakistan: enquête pour corruption ordonnée sur le Premier ministre Sharif

Nawaz Sharif, Premier ministre du Pakisatn
Nawaz Sharif, Premier ministre du Pakisatn - © AAMIR QURESHI - AFP

La Cour suprême du Pakistan a ordonné jeudi une enquête pour corruption sur le Premier ministre Nawaz Sharif, mis en cause dans les Panama Papers, sans pour autant demander sa destitution.

Il est reproché à Nawaz Sharif d'avoir caché la vérité sur les sociétés et biens immobiliers détenus via des holdings off-shore par ses enfants, notamment sa fille Maryam Nawaz, pressentie comme son héritière en politique.

Dans sa décision très attendue par les Pakistanais de tous bords, la Cour lui a donné un sursis, estimant qu'il n'y avait pas assez de preuves pour l'écarter du pouvoir dans l'immédiat.

Le document de 540 pages débute par une citation de Balzac, placée en épigraphe du roman Le Parrain: "derrière toute grande fortune se cache un crime".

Les juges y ordonnent la création sous les sept jours d'une commission d'enquête conjointe, comprenant notamment des représentants du bureau anti-corruption et des puissants services secrets militaires, qui devra présenter ses conclusions dans les soixante jours.

"Une enquête approfondie est nécessaire", a estimé le juge Asif Saeed Khosa en annonçant cette décision, accueillie par des slogans de partisans du gouvernement et de l'opposition.

Seuls deux des cinq juges ont qualifié Nawaz Sharif de "malhonnête", et réclamé son éviction pour cette raison.

En 2012, la Cour suprême avait condamné le Premier ministre de l'époque, Raza Gilani, pour outrage à la justice car il avait refusé de rouvrir une enquête pour corruption contre le président d'alors, Asif Zardari. Cela avait entraîné la disqualification du Premier ministre.

"Nous respectons le verdict de la Cour", a indiqué le ministre des Transports ferroviaires Khawaja Saad Rafique immédiatement après le verdict.

Environ 1.500 policiers des forces d'élite avaient été déployés autour de l'institution dans le centre d'Islamabad dans la perspective du verdict.

L'affaire, qui fait les gros titres depuis des mois, n'est pas terminée pour le parti au pouvoir, le PLM-N de Nawaz Sharif, à un an des élections. La commission d'enquête devra rendre un rapport à la Cour toutes les deux semaines.

Appartements à Londres

Le scandale avait éclaté l'an dernier, lorsque le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) a publié quelque 11,5 millions de documents secrets émanant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca, les Panama Papers, qui révélaient comment dirigeants et placent leurs biens dans des paradis fiscaux.

Trois des quatre enfants de Nawaz Sharif sont mis en cause.

Au cœur du procès pakistanais figurent des appartements londoniens de luxe, détenus par la famille Sharif via des sociétés off-shore gérées par le cabinet panaméen.

Appuyé par plusieurs autres partis d'opposition, le PTI de l'ancienne star du cricket Imran Khan a souligné l'opacité du financement de ces biens, appelant le Premier ministre à prouver qu'ils ne s'agit pas de blanchiment d'argent.

Le PLM-N au pouvoir assure que les fonds proviennent d'entreprises familiales basées au Pakistan et dans le Golfe.

"La nation attend un jugement qui d'une façon ou d'une autre change le cours de l'histoire au Pakistan", assurait l'avocat S. M. Zafar avant le verdict.

Pour lui, le cas est d'autant plus important que le pays est parmi les mauvais élèves en matière de corruption, classé à la 116e place sur 176 pays par l'ONG Transparency International.

L'universitaire Michael Kugelman a estimé sur Twitter que l'affaire se dégonflait, estimant que "ce n'est pas la meilleure issue possible pour le gouvernement, mais ça n'en est pas loin".

De son côté, l'éditorialiste Umair Javed estime qu'il y a "de quoi satisfaire les deux camps", l'opposition qui a la garantie d'une enquête approfondie, et le gouvernement dont le chef reste en place.

Nawaz Sharif, un industriel élu en 2013, achève son troisième mandat mi-2018. Ses deux précédents mandats avaient été interrompus par des interventions de la puissante armée pakistanaise, qui a dirigé le pays pendant la moitié de son existence.

Cette crise politique intervient alors que le Pakistan, qui célèbre cette année ses 70 ans, a vu sa situation sécuritaire et économique s'améliorer ces deux dernières années, avec une baisse des attentats et une stabilisation de la croissance.

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