Paillasson, chansons et célébrations: ce qu'il ne fallait pas rater du "Brexit day" à Londres (photos et vidéos)

Paillasson, chansons et célébrations: ce qu'il ne fallait pas rater du "Brexit day" à Londres (photos et vidéos)
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Paillasson, chansons et célébrations: ce qu'il ne fallait pas rater du "Brexit day" à Londres (photos et vidéos) - © Tous droits réservés

"Il va pleuvoir sur la tête de tous ces Leavers vendredi, yey !" Ces mots, prononcés deux jours plus tôt par une veille dame, béret aux couleurs de l’Union européenne sur la tête, se sont en partie vérifiés ce vendredi. En partie seulement. En matière de météo comme sur le plan politique, ce sont les pro-Brexit qui ont définitivement gagné ce 31 janvier.

L’instant est inédit : pour la première fois dans son histoire, l’Union va officiellement perdre un de ses membres. Voilà 47 ans que le Royaume-Uni avait rejoint la bannière bleue étoilée. Plus de trois ans après le référendum sur la sortie du Royaume-Uni, les partisans du "Leave" exultent. Les "Remainers", pro-européens, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

"On ne compte pas rester parce qu’on ne veut pas croiser Nigel Farage et ses partisans", dit un manifestant installé devant le Parlement en début d’après-midi ce vendredi. Il tient contre lui une pancarte en forme de cœur rouge. "Nous aimons tous nos amis en Europe", est-il écrit. A côté de lui, une adolescente a tracé en lettres bleu et jaune sur un morceau de carton un message disant que "le Brexit a détruit [son] avenir et [ses] rêves". Un peu plus loin, un jeune homme jubile : "C’est notre Independence Day !"

Sur Parliament Square, à l’ombre d’une imposante statue de Winston Churchill, les journalistes enchaînent les directs. "En fait, ce soir, il ne se passera rien de concret. C’est le début de la période de transition. Le Royaume-Uni et l’Europe vont définir leur future relation", répète inlassablement un reporter américain face à la caméra.

Ici et là, on refait le match. Sans conviction. Un Britannique interroge les touristes qui le prennent en photo : "Vous pensez qu’on n’aurait pas dû sortir ?" Le débat s’arrête aussitôt qu’il a commencé.

La foule grossit, certains sont venus pour faire le show. Un homme vêtu d’un costume aux couleurs de l’Union Jack enchaîne les interviews avec une énergie qui ne faiblit pas.

Le drapeau européen en guise de paillasson

A 15h30, le témoin est officieusement passé entre "Remainers" et "Leavers". Les premiers laissent la place aux seconds. Ici on chante l’hymne "Rule Britannia" – surtout la partie disant que les "Britanniques ne seront plus jamais des esclaves" – là on propose aux passants un "paillasson gratuit". C’est le drapeau de l’Union européenne qu’on foule aux pieds. "Enfin, nous avons la démocratie", lance une femme dont le visage est barré de rouge, blanc et bleu.

Un cortège sans slogan prend la direction du bureau des relations entre le Royaume-Uni et le Parlement européen. On entonne du bout des lèvres un ènième "ce n’est qu’un au revoir". Les quelques députés présents essayent d’y croire. "Je n’ai absolument pas de doute que nous reviendrons dans l’Union", affirme l’un d’eux. Rires gênés dans l’assistance. "C’est un triste jour", rétorque à mi-voix un passant.

Peu avant 20h, les choses sérieuses commencent. Il reste trois heures avant un décompte aux airs de Nouvel An sans les feux d’artifice. Sur la pelouse détrempée de Parliament square, des Britanniques affichent haut leurs couleurs, à l’unisson avec l’écran géant dressé à la hâte. On arbore fièrement des t-shirts recouverts de phrases telles que "La grande évasion" ou "Brexit is coming". Deux amis brandissent des bouteilles. "Du champagne anglais", précisent-ils.

Une vieille dame attire alors l’attention des cameramans et des photographes. Elle sort de son sac à main un drapeau européen et entreprend d’y mettre le feu. L’image est parfaite. Vous l’avez ratée ? Pas grave, elle sort un deuxième drapeau et recommence la scène. Un peu plus loin, un badaud extatique se filme en selfie tout en tournant sur lui-même. Sur sa tête, une perruque imitant la chevelure de Boris Johnson.

La foule grossit et se comporte à l’anglaise. Poliment. "Sorry, sorry", répètent en boucle ceux qui tentent de se frayer un passage. On repense à la prophétie météorologique de la vieille dame. "Il va pleuvoir", disait-elle. Et en effet, la pluie s’invite de temps à autre. Mais jamais longtemps. Il fait doux, on peine à croire qu’on est en janvier.

Il est 21h20, l’écran géant s’anime et passe en boucle un historique de la relation houleuse entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Le passage où Margaret Thatcher dit toute sa défiance envers l’UE dans un discours prononcé à Bruges en 1988 fait sensation. Sur scène, il faut tenir encore plus d’une heure. Alors les discours s’enchaînent avec plus ou moins de succès.

A 22h45, la place est noire de monde. Nigel Farage, l’un des principaux artisans du Brexit apparaît, triomphant. "Dans 15 minutes, quelque chose de vraiment remarquable va se produire […] nous allons quitter l’Union européenne, on l’a fait. C’est le seul moment le plus important dans l’histoire de moderne de notre grande nation." Partout on explose de joie.

Une vingtaine de secondes avant 23h, un décompte se met en route. Les haut-parleurs diffusent ensuite un enregistrement de Big Ben. Et pour cause : la célèbre cloche est en rénovations. Pas question donc de la faire sonner, à moins de payer une somme que le gouvernement a refusé de débourser.

Hurlements, selfies… que faire ensuite ? Chanter God Save the Queen bien sûr. Un exercice auquel chacun se livre avec entrain. Et puis tout le monde semble se demander ce qu’il fait là. Alors, dans une discipline toute britannique, la foule s’éparpille dans les rues environnantes.

Londres va se coucher comme elle s’est réveillée : dans une indifférence mêlée de lassitude après longues années de négociations et de divisions. "Croyez-le ou non, nous ne sommes plus membre de l’Union européenne. […] Je vous souhaite un fantastique et merveilleux week-end", conclut le monsieur Loyal de la soirée.

Good night. And good luck.


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