P. Lamberts: "Jean-Claude Juncker a une véritable conscience sociale"

"Jean-Claude Juncker? Un des rares qui a encore une conscience sociale"
"Jean-Claude Juncker? Un des rares qui a encore une conscience sociale" - © Tous droits réservés

L'eurodéputé écologiste belge Philippe Lamberts fait partie de ces élus verts qui ont voté pour Jean-Claude Juncker en tant que candidat à la présidence de la Commission européenne. Il s'en est expliqué ce mercredi dans Matin Première, au micro de Bertrand Henne. Tout en ne cachant pas des points de désaccords fondamentaux avec l'ancien Premier ministre luxembourgeois.

Ce mardi, le Parlement européen s'est donc prononcé en majorité en faveur de la candidature de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne.

Parmi les eurodéputés qui ont donné leur feu vert à cette candidature, on retrouve l'eurodéputé belge Philippe Lamberts. Ce dernier fait partie d'une minorité au sein de son groupe politique. Pourquoi donc a-t-il soutenu la candidature d'un homme que deux tiers des écologistes européens ont rejeté?

"Il y a deux arguments" à pendre en compte, explique ce spécialiste des questions financières.

"Le premier est institutionnel. Il y a avait un accord sur le nouveau processus de désignation: les différentes familles politiques ont présenté leur candidat et le parti arrivé en tête aux élections européennes devait voir son candidat présenté devant le Conseil pour devenir président de la Commission", rappelle l'invité de Bertrand Henne. 

Autrement dit, Jean-Claude Juncker, candidat du Parti populaire européen (PPE, droite conservatrice et démocratie-chrétienne) était le candidat désigné par ce nouveau processus. Le PPE reste en effet la première famille politique au sein de Parlement de l'UE. C'est donc par loyauté envers ce nouveau mode de désignation que Philippe Lamberts a tenu à respecter les nouvelles règles du jeu, explique-t-il.

"Il était important que cette procédure réussisse. S'il n'avait pas été élu par ce parlement, ceux qui se seraient frotté les mains auraient été les deux opposants les plus notoires à cette procédure, à savoir David Cameron et le Hongrois Viktor Orban", assure celui qui fut tête de liste Ecolo aux européennes de mai dernier.

Le second argument est, lui, "politique". "Il y a aujourd'hui une grande coalition, composée du PPE, des libéraux et des socialistes européens, qui soutient Juncker. Nous n’en faisons pas partie, il était logique qu'une partie d'entre nous vote donc contre".

C'est ce qui explique que le groupe des Verts ait divisé ses votes: 2/3 des écologistes européens ont voté contre et 1/3 pour. "Nous étions divisés parce que pour certains l’argument institutionnel était prédominant pour d'autres c'est l’argument politique qui était prédominant".

Mais justement, sur base de cet argument politique, pourquoi Philippe Lamberts soutient-il un homme qui est devenu un des symboles de l'austérité imposée par la Troïka aux pays en difficulté budgétaire (Grèce, Portugal,...)?

"Il a présidé l'Eurogroupe pendant 10 ans et est donc un des parrains de la Troïka", rappelle en effet le député européen. "Mais au sein de cette constellation, il est l'un des rares à avoir une conscience sociale et qui reconnaît d’ailleurs ouvertement que la Troïka a failli sur deux points. D'abord, il reconnaît que c'est un dispositif qui n’a aucune légitimité démocratique. Et par ailleurs, que les recettes de la troïka ont été totalement injustes sur le plan social. Et cela, il l'a dit", ce qui lui a valu un accueil mitigé au sein de son propre groupe politique.

Un nouveau départ pour la Commission?

Philippe Lamberts n'a jamais fait mystère du peu d'affinités politiques qu'il avait avec José Manuel Barroso, l'actuel président de la Commission, trop inféodé aux intérêts particuliers des Etats et pas assez aux intérêts européens. A cet égard, il pense que Jean-Claude Juncker peut infléchir le cap actuel de la Commission.

"On sait que José Manuel Barroso était plutôt un serviteur obséquieux des intérêts des Etats membres. Et en particulier de l'Allemagne", n'hésite pas à dire notre invité. Alors que Jean-Claude Juncker a, selon lui, "été à plusieurs occasions l'homme qui s'est opposé à Angela Merkel". Avec, toutefois, un succès mitigé, reconnaît-il. 

Faut-il croire au "tournant social" que Jean-Claude Juncker a prétendu vouloir mettre en branle? Notre interlocuteur croit à la sincérité de l'ancien président de l'Eurogroupe sur ce point. 

"Dans la constellation du PPE, il fait partie des chrétiens sociaux, il a une véritable conscience sociale, comparé à José Manuel Barroso, à Angela Merkel,... Il fait partie de cette frange de plus en plus isolée au sein du PPE, pour qui la question sociale est importante".

Par contre, le candidat à la présidence de la Commission "n'a pas pris conscience de l’urgence de la question environnementale", estime l'eurodéputé bruxellois.

Un ancien braconnier peut-il faire un bon garde-chasse?

En tant qu'ancien ministre des Finances et Premier ministre du Luxembourg, pays qui s'est forgé une réputation mondiale en tant que paradis fiscal, Jean-Claude Juncker est-il le mieux placé pour présider, comme il promet qu'il le fera, à la régulation financière et à la lutte contre le dumping fiscal en Europe? Ou est-ce un loup que l'on laisse entrer sciemment dans la bergerie? "C'est clairement un point où l'on va l'attendre", prévient Philippe Lamberts. "La place financière luxembourgeoise s'est développé sous Jean-Claude Juncker, avec ses dispositif d'arrangements fiscaux favorables", rappelle-t-il. "Le gouvernement grand-ducal a érigé cette activité en art sous Jean-Claude Juncker", il faudra donc voir si le discours rassurant du candidat à la présidence de la Commission marque un réel changement de cap dans son chef ou une simple posture. "C'est au pied du mur qu'on va l'attendre".

Un accord de libre-échange USA-UE, sans baisser nos normes? Impossible, "l'objet de ce projet de traité est de s'attaquer à nos normes" 

Jean-Claude Juncker, favorable à la signature d'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis mais pas à n'importe quelles conditions. Il affirme qu'il défendra les normes européennes et n'acceptera pas qu'un tel accord vienne remettre en cause lesdites normes. Philippe Lamberts n'y croit pas.

"Dire qu’on veut un accord transatlantique sans remise en cause de nos normes sociales, environnementales et démocratique est antithétique car c’est précisément l’objet de ce projet", s'insurge l'ancien porte-parole des verts européens. La résultante d'un tel traité, selon lui, sera la mise en compétition des normes des deux côtes de Atlantique, "parce qu’évidemment, toute multinationale va aller faire homologuer son produit là où les normes sont les moins contraignantes" et donc les moins coûteuses. "On va organiser un dumping des normes sociales, environnementales et de santé. Et cela, Jean-Claude Juncker ne l’a pas remis en cause, donc on a un véritable problème".

Philippe Lamberts rappelle qu'à l'heure actuelle, l’Europe et les Etats-Unis commercent déjà à hauteur de deux milliards de dollars... par jour. Et ce "sans traité, alors qu’on ne vienne pas nous dire que ce traité est indispensable à la prospérité des Européens".

Julien Vlassenbroek (@julienvlass)

 

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