P. Lamberts (Ecolo): "Vrai problème politique avec cette Commission"

P. Lamberts (Ecolo): "Vrai problème politique avec cette Commission"
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P. Lamberts (Ecolo): "Vrai problème politique avec cette Commission" - © Tous droits réservés

Au lendemain de la désignation des nouveaux commissaires européens par Jean-Claude Juncker, le député européen Philippe Lamberts (Ecolo) revient sur les nouvelles têtes de l'exécutif européen, ainsi que sur les enjeux qui attendent la belge Marianne Thyssen, nouvelle commissaire à l'Emploi et aux Affaires sociales.

"Je pense que c’est un très gros portefeuille", commente Philippe Lamberts. "Les compétences de la Commission dans ces matières sont limitées. Mais il y a tout un processus qui est le semestre européen où l’on voit l’Union européenne donner des recommandations parfois contraignantes à la Belgique. Et, curieusement, la désindexation des salaires, l’organisation du marché du travail, l’âge de la pension légale, ..., c''est dire  c'est à dire certaines matières sociales en font partie".

Philippe Lamberts y ajoute le détachement des travailleurs, qui est de la compétence de l'Union. Et affirme: "De manière rampante, l’Union européenne commence à être active sur des matières qui touchent à l'emploi et au social".

Le député Vert pense donc que les attributions dont a hérité Marianne Thyssen sont importantes. et ajoute: "Tout va dépendre de la manière dont elle va prendre les choses en main".

"C’est une forme de pari. Mais Marianne a les épaules larges, et elle sait écouter et tenir compte des positions des uns et des autres".

Des "super commissaires" qui vont compliquer l'organisation

Pour le reste, Philippe Lamberts ne se montre pas tendre envers la nouvelle Commission. Et pointe deux aspects importants, à ses yeux, qui méritent la critique.

"Jean-Claude Juncker essaie d’innover en créant une Commission à deux niveaux avec des commissaires chargés de coordonner des projets", explique tout d'abord Philippe Lamberts. "Ce sont des commissaires qui n'ont pas d’attributions propres, mais qui doivent coordonner des projets". Exemple: à propos de l'énergie.

Et pour le député Ecolo, la Commission risque d'être organisationnellement dépassée par cette nouvelle donne. "Marianne Thyssen devra par exemple, selon les projets qu’elle traitera, rapporter à quatre commissaires. Ces commissaires, chargés de la coordination des projets, sont quand-même des commissaires qui pourront filtrer es propositions. Aucune proposition législative n'arrivera sur la table du collège des commissaires sans l’approbation de ces 'super commissaires'".

Si  l'initiative peut être intéressante, elle va donc poser des problèmes, estime Philippe Lamberts.

"Faire entrer le loup dans la bergerie"

Dans la presse écrite, Philippe Lamberts avait déjà aussi poussé un "coup de gueule" contre le nouveau casting de l'exécutif européen. Peu de nouveaux visages semblent échapper à sa critique. Dans son viseur, se trouve surtout le nouveau commissaire nommé à la régulation financière, Jonathan Hill.

"Quand on me l'a raconté, j'ai tout d'abord cru que c'était une plaisanterie", commente-t-il, avant de s'exclamer: "Quand j'ai constaté que c'était vrai, j'ai pris ça pour une provocation: on confie le portefeuille de la régulation financière à un Britannique!". Et d'expliquer sa colère: "Les Britanniques sont d'un laxisme total sur la question des marchés financiers (...) Ici il s’agit en plus d’un ancien lobbyiste, et  c’est donc la double insulte".

Le risque est grand que la régulation financière ne marche pas du tout, ajoute-t-il. Et de préciser que Londres, qui ne fait pas partie de la zone euro, ne voit pas d'un bon œil la consolidation d'un pôle bancaire sur le continent, pôle qui, s'il arrivait à se renforcer, menacerait l'hégémonie de la City. "Cette nomination, c’est faire entrer le loup dans la bergerie".

Le député Vert votera donc contre cette nouvelle Commission. "On a un véritable problème politique avec cette Commission".

"Elle est PPE, socialiste et libérale. Mais comme on le voit, certaine personnalité posent question. L'ancien premier ministre finlandais, c'est un 'père la rigueur', (...) Pierre Moscovoci, pour moi c’est un libéral, c’est l’homme qui a confié la rédaction de la loi bancaire française qui devait séparer les métiers bancaires... aux banques, et qui a tout fait pour vider la taxe sur les transactions financières de sa substance!".

W.F.

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