Ouvrir les portes aux Hongkongais qui veulent fuir ? L’idée qui provoque la colère de la Chine

C’est une annonce qui a provoqué la colère des autorités chinoises. Le Royaume-Uni veut ouvrir l’accès à la citoyenneté britannique à certains habitants de Hong Kong qui, dans le contexte de crise actuel, souhaiteraient s’éloigner durablement du territoire hongkongais.

Au moins 3 millions de citoyens hongkongais concernés

Ce qui est sur la table, c’est une modification du système de "passeport britannique d’outre-mer" connu sous le nom de BNO pour "British Nationals overseas". Ce passeport était délivré aux Hongkongais avant la rétrocession de l’ex-colonie britannique à la Chine en 1997. Actuellement, quelque 300.000 personnes possèdent ce passeport à Hong Kong mais, selon la BBC, le consulat britannique à Hong Kong estime que près de 3 millions de résidents supplémentaires entrent dans les conditions pour y prétendre, soit être né avant 1997.

Étendre le séjour jusqu’à l’accès la citoyenneté ?

Actuellement, ce passeport ne permet qu’un séjour de six mois au Royaume-Uni, une limite qui serait supprimée. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le ministre des Affaires étrangères britannique, Dominic Raab, a précisé le projet : "Si la Chine continue comme ça et met en œuvre cette législation sur la sécurité nationale, nous changerons les statuts, éliminerons la limite des six mois et permettrons aux détenteurs d’un passeport BNO de venir au Royaume-Uni pour y travailler et étudier pour des durées prolongées de douze mois, qui, elles-mêmes, ouvriraient la route à l’accès à une citoyenneté".

Une sorte de "porte de sortie légalisée" pour un peu moins de la moitié de la population de Hong Kong.

La Chine évoque des représailles envers le Royaume-Uni

A Pékin, ce message a été interprété comme de l’ingérence dans les affaires intérieures de la Chine. Très vite, Zhao Lijian, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a évoqué d’éventuelles représailles envers le Royaume-Uni. "Si le Royaume-Uni insiste pour modifier unilatéralement les pratiques concernées, non seulement il ira à l’encontre de ses propres règles et de ses promesses, mais il violera également le droit international et les principes fondamentaux des relations internationales. Nous nous y opposons fermement et nous nous réservons le droit de prendre des contre-mesures correspondantes."

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Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse à Pékin le 8 avril 2020. © GREG BAKER – AFP

Au cœur de cette guerre diplomatique, la loi sur la sécurité nationale

Fin de semaine, l’Assemblée nationale populaire de Chine a adopté une "loi sur la sécurité nationale" prise en réaction aux manifestations monstres et aux violences de l’an dernier dans l’ex-colonie britannique. Le but est de réprimer, sur le territoire de Hong Kong, toute action de séparatisme, de subversion ou les activités qualifiées de "terroristes" mais aussi ce qui pourrait être interprété comme de l’ingérence étrangère.

Une loi controversée, décidée à Pékin, et qui pourrait être promulguée directement, sans débat au niveau des autorités locales, ce qui provoque de nombreuses craintes selon l’analyse d’Eric Florence, spécialiste de la Chine contemporaine, chercheur et chargé de cours à l’ULiège. "Si elle était promulguée directement, cela serait perçu comme un affront pour l’autonomie du système juridique hongkongais explique-t-il. Il faut savoir que la Chine elle-même a passé des lois sur la sécurité nationale sur son territoire et ce sont ces lois qui sont utilisées systématiquement pour la répression d’ONG, d’avocats ou de simples citoyens. Donc il y a une crainte très forte par rapport aux libertés publiques à Hong Kong, au maintien de ce qui défini véritablement Hong Kong et il y a une crainte aussi par rapport à d’éventuelles institutions qui seraient directement sous le contrôle du gouvernement central de Pékin".

Après le Royaume-Uni, les Etats-Unis ?

Il n’y a pas qu’au Royaume-Uni que cette loi sur la sécurité nationale fait grincer des dents. Aux Etats-Unis aussi les autorités dénoncent une volonté de la Chine d’imposer cette loi à Hong Kong. Et cela malgré le statut particulier de cette région administrative spéciale rétrocédée à la Chine par les Britanniques en 1997, à condition que la Chine s’engage, dans le cadre d’un traité international, à préserver notamment le système capitaliste, une justice indépendante et la liberté d’expression pendant au moins 50 ans. C’est le principe "un pays, deux systèmes".

Une idée qui pourrait faire tache d’huile ?

Alors deux professeurs d’universités ont profité d’une carte blanche dans le magazine Newsweek pour lancer l’idée. John Yoo, professeur de droit à l’Université de Californie à Berkley et Robert Delahunty, de l’Université de Saint Thomas à Minneapolis ont aussi choisi leurs mots pour soutenir leur camp. L’article est d’ailleurs placé dans la rubrique "Opinion" du magazine.

Ils écrivent : "permettre aux citoyens de Hong Kong d’émigrer en grand nombre aux Etats-Unis pourrait souligner les énormes différences entre la dictature du parti communiste chinois et les démocraties occidentales. Cela portrait un coup à la réputation de la Chine et permettrait au Etats-Unis d’obtenir une victoire morale. Cela s’inscrirait dans la grande tradition américaine qui consiste à accueillir sur nos terres libres ceux qui ont fui les tyrannies communistes en Hongrie, à Cuba et ailleurs".

John Yoo a notamment été, début des années 2000, un conseiller de John Ashcroft, membre du parti républicain, qui était procureur général dans l’administration du président George W. Bush à cette époque. Au même moment, Robert Delahunty était également au Département américain de la Justice.

Aussi dans le Wall Street Journal et Bloomberg

Dans un article au titre évocateur ("Visas for Hong Kong"), l’équipe éditoriale du Wall Street Journal évoque aussi la même idée, avec des mots tout aussi choisis, faisant d’abord référence à la volonté du président des Etats-Unis de réduire certains avantages commerciaux qui bénéficiaient à Hong Kong. "Le président Trump, vendredi, a rendu publique sa réponse aux assauts qui visent l’autonomie de Hong Kong. […] Le problème c’est que cette punition tombera principalement sur les citoyens innocents de Hong Kong, plutôt que sur les coupables à Pékin. Une meilleure idée serait de donner aux citoyens de Hong Kong un couloir pour s’échapper vers l’Amérique".

Sur le site Internet de Bloomberg, c’est par l’entremise du chroniqueur Eli Lake que le message est lancé, dans un édito intitulé "Trump devrait ouvrir les portes de l’Amérique aux citoyens de Hong Kong". L’édito précise : "le président Donald Trump devra bientôt faire des choix difficiles vis-à-vis de la Chine. Et même si permettre une immigration plus importante peut aller à l’encontre de son instinct, cela peut être la meilleure voie pour punir la Chine de ses actions à l’encontre de Hong Kong".

Si, aux Etats-Unis, l’idée n’en est qu’au stade de la suggestion dans la presse, cet appel est insistant. Peut-être une manière de sonder l’opinion avant une officialisation ?