Oui, les incendies en Sibérie vont accélérer le réchauffement climatique

Quand on pense à la Sibérie, on imagine bien souvent le froid polaire et la neige. Mais c'est aussi une région truffée de forêts, où les feux ne sont pas rares une fois l'été venu.

Les feux de forêt ne sont pas exceptionnels en Sibérie mais cette année, leur ampleur a battu des records. Au total, selon les chiffres officiels, près de trois millions d'hectares, soit un peu moins de la taille de la Belgique, étaient en proie aux flammes ce mercredi, essentiellement dans les immenses régions de Iakoutie, de Krasnoïarsk et d'Irkoutsk. 


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Cela fait maintenant plusieurs semaines que le feu s'attaque aux forêts de Sibérie, mais ce n'est que ce mercredi que Vladimir Poutine, le président russe, a ordonné à l'armée de venir en renfort des pompiers présents sur place. Dans la foulée, le ministère russe de la Défense a annoncé l'envoi de dix avions et de dix hélicoptères bombardiers d'eau dans le territoire de Krasnoïarsk, l'une des régions les plus touchées, où près de 800 pompiers sont actuellement à pied d'oeuvre.

Conséquences en cascade 

Cette décision intervient quelques jours après le signal d'alarme lancé par les organisations de défense de l'environnement, inquiètes du manque de réaction des autorités russes face à l'ampleur des feux de forêt. Selon ces organisations, les incendies menacent d'accélérer la fonte de l'Arctique. A ce point?

Ce signal d'alarme, le chercheur Xavier Fettweis, du Laboratoire de climatologie et de topoclimatologie de l'Université de Liège, ne le juge pas fantaisiste. Selon lui, ces feux ne vont effectivement qu'amplifier le réchauffement climatique. "Les feux ont deux conséquences: ils vont réchauffer les sols de Sibérie. Ces sols sont appelés permafrost parce qu'ils sont gelés en permanence, on pense qu'ils contiennent beaucoup de méthane en profondeur. Le fait de réchauffer ces sols pourrait libérer le méthane qu'ils contiennent. C'est un gaz à effet de serre très puissant, comme le CO2. Ensuite, en brûlant, le bois émet aussi du CO2, les feux ne font donc qu'amplifier l'effet du réchauffement climatique."

Le Groenland fond aussi beaucoup trop vite

Mais il n'y a pas que les feux en Sibérie qui ont un effet sur le grand nord du globe. La vague de chaleur intense qui a traversé l'Europe, notamment, a aussi des conséquences immenses sur le Groenland.  

"Nous avons connu des températures record la semaine passée et cette vague de chaleur a généré des records de température et de fonte au Groenland. D'habitude, au sommet du Groenland, il fait -15 degrés en été, et ici, aujourd'hui et hier on a observé des températures de 1 à 2 degrés, ce qui est tout à fait anormal. Cela veut dire que la calotte glaciaire fond à des endroits où elle ne fond d'habitude jamais", explique, inquiet, le météorologue liégeois.

Cette année en particulier est d'ailleurs source d'inquiétude pour Xavier Fettweis. "On observe des records partout en Arctique, le réchauffement y est beaucoup plus élevé qu'on ne le pensait et j'ai l’impression que les choses s'emballent. L'année prochaine ce sera peut-être encore pire, peut-être que les projections se trompent complètement et que les prévisions du GIEC sont même trop optimistes pour l'Arctique".

Pour lui, à ce stade, le point de non-retour est situé à 2100 si les hommes ne changent pas leur mode de vie dans les toutes prochaines années. 

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