Ouagadougou fait la fête sur fond de nouveaux pillages

Fenêtres arrachées aux bâtiments, portes, tables, chaises, climatiseurs... tout a été méthodiquement raflé et circule à présent dans les rues. "Nous ne sommes pas des voleurs. Nous ne faisons que récupérer ce que le clan Compaoré nous a volé", s'est justifié un pillard.

Les forces de l'ordre interviennent rarement. "Il y a des pillages depuis vendredi matin, a confirmé un gendarme. On fait des patrouilles pour vérifier. Parfois, nous demandons aux gens de tout laisser, et ils le font". Aucune instruction n'a pour l'instant été communiquée aux gendarmes pour stopper ces vols de grande envergure, a-t-il révélé.

Un couvre-feu a toutefois été instauré par l'armée pour "protéger les biens et les personnes", selon l'armée, mais il est très diversement mis en pratique par les forces de l'ordre. Jeudi, le domicile de plusieurs personnalités du régime Compaoré avaient été saccagé ou brûlé dans la capitale ou à Bobo Dioulasso, la seconde ville du pays. Des commerçants proches du président déchu ou de son frère François ont été particulièrement visés. Plus rien ne restait jeudi soir dans un magasin d'électroménager dont le propriétaire était connu pour ses liens avec la famille de l'ex-chef de l'Etat.

Des Belges bloqués dans leur hôtel

D’après les témoins contactés vendredi après-midi par la RTBF, si la capitale burkinabée connaissait encore des manifestations pendant cette journée, c'était surtout des manifestations de liesse. Anselme Swadogo, représentant Wallonie Bruxelles International (WBI) et chargé de programme pour cette administration belge : "Tout le monde, y compris une partie de la garde prétorienne du président, a rallié les contestataires. Seuls quelques-uns se sont enfuis avec lui au Ghana à bord d’une quarantaine de voitures, selon la rumeur. On n’a entendu aucun tir et personne n’a été tué aujourd’hui. L’aéroport a été rouvert pour quelques vols, mais tout s’arrête pour le couvre-feu à 19h. Le vol SN Brussels Airlines pour Bruxelles fait partie de ceux qui ont été annulés. Je suis en contact avec des comédiens belges venus pour un festival de théâtre et ils n’ont pas pu prendre leur vol de retour ce vendredi. "

Anselme Swadogo explique que pour des raisons de sécurité, lui , ses amis et voisins se sont regroupés et restent ensemble. Mais la situation ne semble plus très dangereuse actuellement.

Un autre groupe de Belges fait les frais de l’annulation du vol vers Bruxelles : il s’agit de 14 personnes membres ou proches de l’asbl Clarté-Pukri, une association de soutien scolaire active depuis 10 ans au Burkina Faso. Parmi ces Belges, Gilles Delouvroy, responsable de l’asbl, 4 adolescents, le préfet et des enseignants de l’Athénée Robert Catteau (Bruxelles) dont une femme enceinte. Ils étaient vendredi confinés par sécurité dans leur hôtel de Ouagadougou (situé à l’écart du centre-ville), à l’écart des manifestants, respectant ainsi les consignes reçues du Consulat. Les membres du groupe rassuraient leur famille par Internet, les connexions étant opérationnelles. Ces personnes pourraient rentrer du pays par le vol de lundi, voire celui du vendredi suivant. "Nous ne sommes pas menacés, ni inquiets et l’ambiance dans le groupe est excellente", confirme Gilles Delouvroy. "Nous sommes bien soutenus par nos amis burkinabès. Ils font des achats de nourriture pour nous, car l’hôtel n’a pas de restaurant et tous les magasins sont fermés. Le seul problème que nous rencontrons actuellement est de trouver de quoi préparer des repas. Le personnel a mis sa cuisine à notre disposition."

Une situation qui, par contre, n’a pris de court les habitants de Ouagadougou car aux dires d’Anselme Swadogo, "on sentait venir ce qui allait se passer et tout monde a fait des provisions d’eau et de nourriture."

Pour le chargé de programme, l’annonce faite par les autorités d’une période de transition de 3 mois lui semble peu réaliste. "Il y a beaucoup à faire : revoir les listes électorales, préparer les élections, réviser un certain nombre d’articles de la Constitution… trois mois ça me paraît court. Mais peu importe, ça prendra le temps que ça prendra, ce qui compte c’est que Compaoré soit parti."

Un groupe d'officiers annonce un "nouvel organe de transition"

Un groupe d'officiers burkinabè a annoncé vendredi la mise en place prochaine "d'un nouvel organe de transition" pour un retour le plus rapide possible à l'ordre constitutionnel, demandant le soutien de la communauté internationale. Cette déclaration intervient quelques heures après et contredit l'annonce par le chef d'état-major de l'armée, le général Nabéré Honoré Traoré, qu'il assumait les fonctions de "chef de l'Etat" à la suite de la démission du président Blaise Compaoré.

"Nous, forces vives de la Nation, (...) à la demande du peuple burkinabè, avons décidé que la Constitution du 2 juin 1991 est suspendue", affirme le texte signé du lieutenant-colonel Isaac Yacouba Zida, n°2 de la garde présidentielle. "Un organe de transition sera mis en place en accord avec toutes les forces vives de la Nation en vue d'organiser une transition encadrée pour un retour à une vie constitutionnelle normale", expliquent ces officiers dans un communiqué. "La composition de cet organe consensuel de transition, ainsi que sa durée que nous souhaitons la plus brève possible, seront déterminées (...) dans les plus brefs délais possibles", ajoute le texte.

Les mêmes officiers "sollicitent l'accompagnement de la communauté internationale pour un retour rapide" à l'ordre constitutionnel, et assurent que les "engagements" pris par l'Etat burkinabè seront "respectés". "Nous appelons l'ensemble des forces vives à rester calmes, à nous faire confiance", souligne le texte, qui appelle également les "Forces de défense et de sécurité à prendre toutes les dispositions pour assurer la sécurité des biens et des personnes", alors que les scènes de pillages se multiplient. Un autre communiqué, également signé par le lieutenant-colonel Zida, fait état de "la fermeture des frontières aériennes et terrestres" du pays.

Patrick Bartholomé, avec Belga

 

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