Où en est la démocratie roumaine, 30 ans après la révolution de 1989 ?

La Roumanie fête en ce mois de décembre l’anniversaire de sa révolution de décembre 1989. Cependant, 30 ans après la chute de la dictature communiste de Nicolae Ceaușescu, le travail de mémoire est loin d’être accompli dans une démocratie encore fragile.

Où en est la démocratie roumaine, 30 ans après la révolution de 1989 ?

C’est la question que nous avons posée à notre correspondant sur place Benjamin Ribout qui nous explique que le pays sort de trois années mouvementées au niveau politique. Trois années délicates qui ont vu la société civile se mobiliser comme jamais contre le Parti social-démocrate, le PSD, parti considéré par beaucoup comme l’héritier du Parti communiste. Celui-ci a essayé par tous les moyens de mettre la main sur le système judiciaire et s’est mis à dos à la fois la population, mais aussi Bruxelles. Ses tentatives de déstabilisation de la justice n’auront pas empêché le leader du parti, Liviu Dragnea, de se faire condamner à de la prison ferme pour corruption. Son emprisonnement a eu lieu au lendemain même de la défaite de son parti aux élections européennes. Depuis, le parti essuie les plâtres et a même concédé une nouvelle déroute électorale lors de la présidentielle de novembre dernier. Le centre droit, Klaus Iohannis, pro-européen, a été réélu à la tête du pays. La Roumanie semble donc revenue dans le droit chemin, juste à temps pour fêter les 30 ans de sa révolution.

Comment fête-t-on cet anniversaire en Roumanie ?

Il y a quelques célébrations dans le pays, notamment à Timișoara, la ville qui est le berceau de la contestation anti-Ceaușescu, Une marche de la liberté y a été organisée en mémoire du soulèvement contre le régime à partir du 15 décembre 1989. "La Roumanie a été le seul pays où l’effondrement du régime communiste s’est accompagné de répressions violentes", rappelle Benjamin Ribout. On estime que plus de 1000 personnes ont été tuées et plus de 3000 blessés dans tout le pays. Mais il y a sans doute une lassitude de la part des Roumains à se replonger dans une période encore largement trouble. Les gens considèrent en effet que le travail d’introspection sur le passé communiste dans l’une des dictatures les plus répressives de l’époque demeure largement incomplet. Les tenants et aboutissants de la révolution sont aujourd’hui encore très flous. C’est ce qu’a d’ailleurs rappelé le président Iohannis lundi, déclarant que le système judiciaire devait enfin faire la lumière sur ce qui s’était passé et identifier des responsables.

Le procès des crimes commis lors de la révolution vient de commencer

Un procès, dont le principal accusé n’est autre que l’ex-président, Ion Iliescu, jugé pour crimes contre l’humanité. L’homme avait pris les commandes du pays après l’exécution des Ceaușescu et c’est à partir de là que sont à déplorer la plupart des victimes. Mais les Roumains n’ont guère confiance en leur système judiciaire, sans compter que l’intéressé a aujourd’hui près de 90 ans. Pour beaucoup, ce procès aurait dû se tenir bien plus tôt. Plus généralement, la manière Iliescu et les autres leaders politiques ont géré le passé communiste s’apparente à de l’amnésie. C’est seulement en 2006 que le communisme a été condamné formellement, une condamnation à mettre au crédit de l’ancien président, Traian Băsescu, et avant tout symbolique, car il fallait alors montrer patte blanche auprès de l’Europe. Ironie du sort, il a depuis été établi que Traian Băsescu avait été informateur pour les services secrets communistes, la Securitate, pour les Roumains donc. Si cette période s’apparente au début de la liberté, elle cristallise aussi un gros tissu de mensonges.

Est-ce que cela explique aussi une certaine forme de nostalgie pour la période communiste chez une partie de la population ?

Pour notre coresspondant Benjamin Ribout, cette pseudo nostalgie s’explique sans aucun doute par l’absence d’un travail de deuil dans la société roumaine post-communiste. Il n’y a pas eu de purge du personnel politique, et donc les Roumains ont le sentiment que ce sont les mêmes personnes qui ont contrôlé le pays politiquement et se sont enrichies après 1989. Si cette nostalgie existe chez les plus âgés principalement, elle traduit aussi une transition démocratique chaotique amplifiée par les difficultés économiques d’un pays qui compte plus de trois millions de personnes à l’étranger. Absence de vérité sur la Révolution de 1989, on l’évoquait, mais aussi travail de mémoire très superficiel sur toute l’époque communiste. La Roumanie, contrairement à d’autres pays de l’Est, ne dispose toujours pas de vrai musée dédié à cette période. Le président Iohannis vient tout juste de valider la création d’un lieu qui témoignera des abus subis par la population durant la dictature communiste. À voir quand celui-ci sera prêt, et surtout la manière dont il abordera la question.

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