Ottawa: la patinoire du Canal Rideau est la plus grande du monde

Imaginez un instant, patiner sur une distance de 7,8 kilomètres sans jamais faire demi-tour. A Ottawa, la capitale du Canada, c’est possible. Et cela se passe sur le Canal Rideau, un canal navigable classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, et dont une portion est transformée l’hiver en gigantesque patinoire.

Sur la glace ce matin-là, nous rencontrons à la fois des habitants d’Ottawa et des touristes éberlués par le spectacle. James vit tout près du Canal et il l’emprunte chaque jour pour aller travailler. « Je suis comptable pour la Cour Fédérale du Canada, je reste assis dix heures par jour alors cela me fait du bien de bouger le matin et le soir », explique-t-il. Cinq kilomètres aller, cinq kilomètres retour, sans embouteillage, ni pollution. Et l’accès au Canal est entièrement gratuit. « Pour moi, le patin est la meilleure manière d’aller travailler, c’est plus rapide que de marcher, c’est plus simple que le bus ou la voiture et c’est un excellent exercice quotidien ».

Un peu plus loin, nous croisons un Américain de Pittsburgh venu passer le week-end à Ottawa. " J’ai grandi aux Etats-Unis et je n’avais jamais imaginé une patinoire pareille, c’est extraordinaire ", s’exclame-t-il.

La patinoire de tous les superlatifs

D’un bout à l’autre, la patinoire fait donc 7,8 kilomètres. Le décor est superbe, il permet de patiner le long des habitations, des arbres, de passer sous les ponts jusqu’à arriver en plein centre-ville d’Ottawa.

Soyons de bon compte, la ville canadienne de Winnipeg revendique le record du monde de la plus longue patinoire, avec son sentier de 8,5 kilomètres en plein air. Mais celle d’Ottawa, si elle est un peu moins longue, est plus large, plus vaste, et dispose de la plus grande surface gelée, soit l’équivalent de 122 terrains de hockey sur glace de dimension olympique (223.400 m2). Des chiffres qui donnent le tournis.

Alors pour l’entretenir, il faut une sacrée équipe. En tout, deux cents personnes travaillent l’hiver pour la patinoire du Canal Rideau, dont une trentaine de personnes dédiées spécifiquement à l’entretien de la glace (déneigement, arrosage…).

La fabrication d’une patinoire

Une patinoire pareille, ça ne se fait pas d’un claquement de doigts. Tous les hivers depuis les années 1970, c’est le même scénario. " Les bateaux naviguent sur le Canal jusqu’à la fin du mois d’octobre. A partir de là, on commence le travail ", raconte Carl Langlois, coordonnateur de la patinoire du Canal Rideau. " On abaisse l’eau au maximum, on nettoie le canal, on ramasse les vieilles bicyclettes. A ce moment-là, on commence à installer toutes les installations plus lourdes, les escaliers, les rampes d’accès, les chalets. Ensuite, on remonte l’eau légèrement et on laisse Mère Nature travailler jusqu’à ce qu’on ait un certain niveau de glace ".

Il faut au minimum 30 centimètres de glace pour que la patinoire soit ouverte au public, généralement au début du mois de janvier.

Les défis de la météo

Vous l’aurez compris, cette patinoire n’a pas de toit et est donc sujette aux caprices de la météo. " On est habitués à tous les défis possibles ", rassure Carl Langlois. " La semaine dernière, en moins de 36 heures, on a eu une variation de températures d’environ vingt degrés avec trois types de précipitations différentes. Le plus difficile, c’est le réchauffement de température et la pluie qui affecte la surface ", ajoute-t-il.

Nous rencontrons son collègue, Pierre Jeaurond, en charge de la sécurité de la glace. Il vient sur la patinoire avec son équipement afin de recueillir un échantillon de glace. " On vient régulièrement prendre des échantillons pour vérifier la qualité de la glace. Il faut bien se rendre compte qu’on a parfois 60.000 personnes sur la glace une même journée, leur sécurité est essentielle, donc nous veillons à ce que la glace résiste ". Régulièrement, la glace est arrosée pour qu’elle garde son plus bel aspect.

Il n’est pas rare que la patinoire soit fermée pendant un jour ou deux, surtout après un réchauffement soudain des températures. Et la saison n’est pas éternelle, elle dure en général 45 jours. " Il faut bien se rendre compte que c’est exceptionnel, cette patinoire ", nous explique un patineur habitué des lieux. " Est-ce qu’elle sera encore là dans vingt ans, avec le réchauffement climatique ? On n’en sait rien. Mais jusque-là, je compte bien en profiter ", ajoute-t-il avant de reprendre la route.

La célèbre " queue de castor "

Et s’il y a bien une tradition associée à la patinoire du Canal Rideau, c’est de déguster une " queue de castor " (" beavertail " en anglais). Les deux stands officiels ne désemplissent pas, le long de la patinoire.

La queue de castor est un beignet généralement agrémenté de sucre et de cannelle. Et c’est le carburant préféré des patineurs. " Moi je ne suis venue que pour ça ", rigole cette dame qui n’a même pas enfilé ses patins. " La queue de castor fait à 100% partie de l’expérience de patinage, c’est même le cœur de l’expérience, regardez-moi ce délice ", dit-elle avec les yeux brillants.

Nous quittons la patinoire, épuisés mais repus. Il fait très froid, -18 degrés au thermomètre, mais les Canadiens semblent avoir compris comment affronter ce long hiver. " Quand je suis arrivée à Ottawa, mes copines m’ont dit : si tu veux survivre à l’hiver ici, tu dois sortir et en profiter au maximum. Alors c’est ce qu’on fait, dès qu’on peut sortir, on vient patiner, même si c’est juste pour trente minutes ", explique Agnès, Québécoise d’origine et amoureuse de la patinoire d’Ottawa. " C’est toujours mieux que d’hiberner ", ajoute, son amie Zoé.

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