Otan: qui est Jens Stoltenberg, le nouveau secrétaire général ?

Économiste de formation, l'ex-Premier ministre social-démocrate n'a jamais montré de penchant particulier pour les questions de défense et de sécurité, mais dix années passées à la tête de différents gouvernements l'ont doté d'un carnet d'adresses international fourni et d'un art consommé de la négociation.

Premier secrétaire général de l'Otan issu d'un pays frontalier de la Russie, cet homme de 55 ans a établi de bons rapports avec Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev. Sous leur direction les deux pays ont conclu des accords marquants sur la délimitation de leur frontière maritime et sur l'exemption de visa pour leurs populations frontalières.

La prise de fonctions de M. Stoltenberg mercredi survient alors que l'Alliance et la Russie traversent leur crise la plus grave depuis la fin de la Guerre froide autour de la question ukrainienne.

Le Norvégien sera-t-il colombe ou faucon? "C'est très difficile d'anticiper la manière dont il va se comporter à ce poste au regard de son passé plutôt positif avec Moscou", estime Vivien Pertusot, expert de l'Institut français des relations internationales (Ifri) à Bruxelles.

"Il a été extrêmement silencieux ces derniers mois, depuis que sa nomination est connue. Est-ce qu'il va adopter une attitude assez ferme, proche de celle de (son prédécesseur, le Danois Anders Fogh) Rasmussen, ou au contraire se poser en acteur de l'apaisement?", s'interroge-t-il.

Malgré une actualité géopolitique mouvementée en Ukraine, Syrie, Libye ou Afghanistan, autant de théâtres qui intéressent l'Otan, M. Stoltenberg a observé un silence quasi total.

Tout juste a-t-il confié que "poursuivre comme avant (avec la Russie) n'est pas une alternative".

"C'est la Russie qui a opté pour une ligne agressive. Cela fait qu'il n'est pas possible de conserver l'espoir que nous avions au départ d'un partenariat étroit", a-t-il déclaré le 23 septembre à l'agence norvégienne NTB.

Curieusement, le nouveau secrétaire général a fait ses premières armes dans des milieux radicaux hostiles à l'Otan et à la Communauté européenne, deux organisations qui ont depuis trouvé grâce à ses yeux.

Dans les années 1970, l'adolescent aux cheveux longs caillasse l'ambassade des États-Unis pour protester contre la guerre au Vietnam. Mais c'est sous sa direction qu'une décennie plus tard, la Jeunesse travailliste renonce à demander une sortie de la Norvège de l'Otan.

Devenu ministre, il s'indigne aussi contre les essais nucléaires français à Mururoa en participant à un relais cycliste Oslo-Paris en 1995. Né d'un père ministre de la Défense puis des Affaires étrangères et d'une mère secrétaire d'État, Jens Stoltenberg, marié et père de deux enfants, consacre lui aussi l'essentiel de sa carrière à la politique.

Député en 1991, ministre de l'Énergie puis des Finances, cet homme élancé aux yeux azur devient en 2000, au lendemain de son 41ème anniversaire, le plus jeune chef d'un gouvernement norvégien. Un poste qu'il n'occupe que brièvement mais qu'il retrouve de 2005 à octobre dernier. Sous son égide, le royaume nordique participe à la guerre en Afghanistan et aux frappes aériennes contre la Libye de Mouammar Kadhafi.

La Norvège, pays où la tradition pacifiste fait bon ménage avec une culture atlantiste, est grâce à sa manne pétrolière l'un des rares membres de l'Alliance à augmenter son budget de la défense quand les autres sabrent le leur.

Il est passé maître dans l'art du compromis, au point que certains lui reprochent de fuir le conflit.

Selon les médias norvégiens, c'est la chancelière allemande Angela Merkel qui a lancé sa candidature à la tête de l'Otan, rapidement soutenue par le président américain Barack Obama.

M. Stoltenberg, qui a appris quelques rudiments de français cet été, est "quelqu'un de posé, à l'écoute, qui n'a pas une conception trop messianique de la fonction comme Rasmussen, qui en faisait des tonnes et pouvait prononcer une douzaine de fois le mot 'freedom' dans ses discours", se félicite un diplomate à Bruxelles.

 

Belga

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