Ossétie: possible réunion diplomatique de l'UE lundi à Paris

"Il y a aussi ensuite la possibilité d'un sommet formel à Bruxelles plus tard dans la semaine", a ajouté M. Bildt.

Varsovie a demandé samedi à la présidence française de l'UE de convoquer de façon urgente un sommet européen extraordinaire sur la Géorgie.

Interrogé par l'AFP, un porte-parole du ministère suédois des Affaires étrangères qui a requis l'anonymat a indiqué que "la Suède avait été contactée par le Quai d'Orsay pour participer à une réunion lundi" sur les événements en Ossétie du Sud mais que des consultations étaient toujours en cours pour son organisation.

"Il faut une réaction très forte du côté de l'UE", a déclaré à TT M. Bildt qui auparavant dans un communiqué avait fermement dénoncé l'intervention militaire russe en Géorgie.

Le déclenchement des hostilités en Ossétie du Sud éveille des craintes d'un affrontement Est-Ouest dans la poudrière du Caucase même si ni la Russie ni les Occidentaux ne semblent avoir d'appétit pour une guerre en Géorgie, soulignent samedi les analystes.

Le conflit alarme les Etats-Unis et l'Europe -- notamment parce que la Géorgie est un débouché clef pour le pétrole de la Caspienne -- et plusieurs observateurs estiment que Tbilissi a commis une erreur en provoquant son puissant voisin.

"Les Occidentaux sont à la fois divisés et préoccupés par autre chose. Les Américains seront furieux s'il se confirme que des avions russes ont bombardé une base où le Pentagone avait des conseillers militaires", observe Edward Lucas, auteur de "La Nouvelle Guerre froide".

Mais George W. Bush, "un président en fin de règne ne va pas risquer la Troisième guerre mondiale pour la Géorgie", alors qu'il doit déjà faire face aux conflits irakiens et afghans, écrit-il dans une tribune pour le Times samedi.

La réponse massive des forces russes à une tentative géorgienne de reprendre le contrôle de l'Ossétie du Sud vendredi, avec des bombardements bien au delà de la région séparatiste, a poussé le président géorgien Mikhaïl Saakachvili à déclarer "l'état de guerre".

Ces affrontements dans un pays pro-occidental, candidat à l'Otan et l'Union européenne, qui a largement bénéficié de l'aide militaire américaine, menacent directement les intérêts occidentaux. Et Tbilissi montre de son côté des signes favorables à une internationalisation du conflit.

Mais le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov conteste l'état de guerre et affirme que la Russie cherche à rétablir le statu quo dans la région disputée.

Michael Denison, professeur associé au centre de recherche en relations internationales Chatham House, juge aussi qu'il est encore trop tôt pour parler de guerre ouverte.

"Les Russes ont pénétré sur le territoire géorgien et cela est très réel, mais je ne pense pas que l'objectif des Russes soit de détruire complètement les capacités militaires de la Géorgie. C'est une démonstration côté russe visant à affaiblir les capacité des Géorgiens", estime M. Denison.

"L'escalade militaire est possible, mais je ne suis pas sûre qu'elle soit inévitable, parce que personne n'y a vraiment intérêt. La Russie n'a pas intérêt à une escalade tout simplement parce qu'il y a un Caucase du Sud, mais il y a aussi un Caucase du Nord, avec un risque de contagion, d'engrenage", souligne Laure Delcour, directrice de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris.

"Ni l'Union européenne ni les Etats-Unis n'ont envie d'envoyer des forces dans la région", renchérit Michael Denison.

Pourtant, souligne Christopher Langton, analyste de L'Institut stratégique pour les recherches internationales (IISS), ce conflit est autant "une affaire entre la Géorgie et l'Ossétie du Sud, qu'entre les Etats-Unis et la Russie".

"La Russie est violemment opposée à ce que la Géorgie devienne membre de l'Otan et les Etat-Unis sont allés à la confrontation avec la Russie sur ce sujet", souligne-t-il.

Et "si la Géorgie tombe (sous l'influence russe), alors les espoirs européens d'une indépendance énergétique de la Russie s'écrouleront", ajoute Edward Lucas, soulignant que la Géorgie, par où passe l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), est l'unique voie pour acheminer le pétrole de la Caspienne échappant au monopole des routes d'exportations russes.

Laure Delcour souligne aussi le risque d'un embrasement du Caucase, qui compte d'autres conflits gelés comme l'Abkhazie, autre région séparatiste de Géorgie, ou le Nagorny Karabakh, région disputée entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Les présidents des trois pays baltes, la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie et de la Pologne ont appelé samedi l'Union européenne et l'Otan à s'opposer à une politique impérialiste de la Russie, dans une déclaration commune.

"L'UE et l'Otan doivent prendre l'initative et s'opposer à la propagation de la politique impérialiste et révisionniste dans l'est de l'Europe", ont déclaré les présidents estonien Toomas Hendrik Ilves, letton Valdis Zatlers, lituanien Valdas Adamkus et polonais Lech Kaczynski.

"La Fédération russe à franchi 'la ligne rouge' dans le maintien de la paix et de la stabilisation dans la zone de conflit et dans la protection des citoyens russes en dehors de ses frontières", ont encore écrit les présidents dans leur déclaration.

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