Opération turque vue de Belgique : "Comme tous les Kurdes d'Europe, on vit très mal cette situation"

Hasan Acar, Président de l'Association des Peuples du Kurdistan et d'Ailleurs
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Hasan Acar, Président de l'Association des Peuples du Kurdistan et d'Ailleurs - © RTBF

Hasan Acar dirige l’Association des Peuples du Kurdistan et d’Ailleurs, une association culturelle kurde installée à Verviers. Il a beaucoup de contacts avec les Kurdes de Belgique. Il fait aussi partie du comité qui organise la manifestation de soutien aux Kurdes de Syrie qui a lieu ce mercredi à Bruxelles. Il jette aujourd’hui un regard très sombre sur la situation liée à l’offensive menée par le gouvernement turc dans le nord-est de la Syrie, une zone qui était contrôlée par les Kurdes. "Comme tous les Kurdes d’Europe, on vit très mal cette situation. On ne comprend pas. On a mal à cause des gens qui se font tuer, à cause des massacres, à cause des déportations. On ne dort pas. On essaye de répondre avec les moyens du bord, donc en allant manifester mais on est très inquiets

"S’il y avait un Kurde sur la Lune, la Turquie irait attaquer la Lune"

Pour Hasan Acar, il est difficile d’imaginer aujourd’hui une sortie de crise. Il décrit son sentiment : "La Turquie, c’est vraiment l’ennemi historique des Kurdes. S’il y avait un Kurde sur la Lune, la Turquie irait attaquer la Lune". Pour lui, la communauté internationale a abandonné les Kurdes de Syrie : "On a prouvé qu’on savait faire la guerre contre Daech (ndlr : le groupe terroriste Etat islamique). Nous n’avons pas reculé. Nous sommes restés sur place, nous les avons battus et on a sauvé l’Europe. Comment peut-on aujourd’hui être aussi ingrat par rapport à un peuple". 

La Turquie considère les forces kurdes comme "terroristes"

Ce mercredi encore, il n’y avait aucun changement en vue sur le terrain de opérations. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a encore exclu toute négociation avec les forces kurdes en Syrie, considérées comme "terroristes" par Ankara. Devant un groupe de parlementaires, il a déclaré : "Certains dirigeants essayent de mener une médiation. Il n’y a rien de tel dans l’histoire de la République turque que de s’asseoir à une même table avec une organisation terroriste".

La semaine passée, sur le plateau de l’émission CQFD, Zeki Levent Gümrükcü, l’ambassadeur de Turquie en Belgique, expliquait déjà la raison de cette offensive en parlant d’une une "opération de contre-terrorisme". "L’idée est d’avoir une zone de sécurité le long de la frontière côté syrien, d’une profondeur de 30 km, à l’est de l’Euphrate […] Le but premier est de débarrasser cette région de ses éléments terroristes, qui utilisent malheureusement cette zone comme base pour leurs attaques transfrontalières vers la Turquie. Pour nous, c’est d’abord une opération de contre-terrorisme, précisait Zeki Levent Gümrükcü, "et nous espérons ensuite que les réfugiés qui se trouvent en ce moment en Turquie retourneront dans cette zone".

"On veut que les gens se disent : pourquoi notre gouvernement fait-il ça ?"

Hasan Acar réfute ces arguments. Il espère que la population turque s’opposera à la décision du gouvernement turc. "Nous, on attend de la population turque un questionnement, explique-t-il. On veut que les gens se disent : pourquoi notre gouvernement fait-il ça ? On n’a pas de problème avec la population turque. On se connaît, on se salue, on est ami. Mais une fois que le gouvernement turc entreprend une démarche, les gens ne réfléchissent pas. Ils ne se disent pas que c’est une démarche fasciste, que ce n’est pas juste. A cause du nationalisme qu’ils visent, la population se met derrière l’Etat turc quoi qu’il fasse ".

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