Opération turque en Syrie : jusqu'où l'armée veut-elle aller ? (carte)

Opération turque en Syrie : jusqu'où l'armée veut-elle aller ? (carte)
Opération turque en Syrie : jusqu'où l'armée veut-elle aller ? (carte) - © Tous droits réservés

L’armée turque a lancé mercredi une vaste opération dans le Nord-Est de la Syrie contrôlé par des milices kurdes. La Turquie envisage dans un premier temps de prendre le contrôle d’une bande de territoire longue de 120 km et profonde d’une trentaine de kilomètres allant des villes de Tal Abyad à Ras al-Aïn.

L’armée turque affirme que les premiers raids sur ces deux villes ont été menés avec succès. Selon le ministère de la Défense, 181 cibles ont été touchées par l’aviation et l’artillerie depuis le début de l’offensive. En revanche, les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance de combattants kurdes et arabes, affirment avoir repoussé "l’armée d’occupation turque".

Coup double de la Turquie

L’objectif stratégique d’Ankara est de créer une zone de sécurité, sorte de tampon de 30 km de profondeur s’étirant sur 480 km, de l’Euphrate à la frontière irakienne. Cette zone aurait pour vocation d’accueillir une partie des 3,6 millions de Syriens réfugiés en Turquie et doit aussi séparer la frontière turque des territoires conquis par la milice kurde YPG.

Cette opération permettrait donc à la Turquie de faire d’une pierre deux coups. D’une part, l’opération doit éloigner de la frontière la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG), épine dorsale des FDS. Les YPG sont considérées par Ankara comme une organisation terroriste, pour leurs liens avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). D’autre part, le déplacement des réfugiés Syriens en Turquie dans la zone tampon doit réduire le nombre de Syriens vivant en Turquie, cibles d’une hostilité croissante de la population turque.


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Le risque djihadiste

Les pays occidentaux ont soutenu ces dernières années les combattants des YPG, fer de lance dans la lutte contre le groupe Etat islamique en Syrie. En août, les Etats-Unis avaient empêché in extremis une offensive turque contre les YPG en proposant de créer avec elle une zone de sécurité. Mais Ankara n’avait eu de cesse depuis de dénoncer des retards, menaçant de passer unilatéralement à l’action. Le 6 octobre, la Maison blanche a annoncé que la Turquie allait mener une incursion militaire "prévue de longue date dans le nord de la Syrie" et que les troupes américaines quitteraient la zone. Cette déclaration a été interprétée comme le feu vert donné par le président Donald Trump à l’invasion turque.

Les pays européens craignent que l’opération ne relance le conflit en Syrie. Ils redoutent qu’elle permette aux djihadistes faits prisonniers par les rebelles kurdes, de s’évader et de reprendre leur guérilla ou même de regagner leurs pays d’origine, pour les étrangers. A lui seul, le camp d’Al-Hol, dans le Nord-Est syrien, abrite quelque 70.000 déplacés, dont 3000 familles de jihadistes. Ces craintes sont d’autant plus vives que le camp d’Al-Hol, souvent qualifié de "bombe à retardement", connaît une recrudescence d’incidents. Les milliers d’étrangères, dont des Occidentales, détenues à Al-Hol sont "aussi dangereuses que les milliers de combattants de l’EI" emprisonnés dans d’autres centres de détention, selon l’administration kurde.

Carte interactive

Infographie: Laurent Vangeenderhuysen

La troisième opération, la plus importante

L’offensive lancée par la Turquie dans le nord de la Syrie est la troisième opération militaire menée par Ankara contre les combattants kurdes des YPG depuis 2016. Une offensive lancée début 2018 a permis à son armée et des supplétifs syriens de prendre le contrôle de l’enclave kurde d’Afrine. Mais à la différence de ces deux précédentes opérations, celle que mène aujourd’hui Ankara vise le cœur des zones contrôlées par les Kurdes, dotés de combattants armés par Washington et aguerris par la campagne contre l’EI. De plus, la nouvelle opération envisagée par Ankara est bien plus importante en termes d’envergure territoriale.

De son côté, le gouvernement syrien a appelé les Kurdes à revenir dans son giron. "Nous défendrons l’ensemble du territoire syrien et nous n’accepterons aucune occupation" étrangère, a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères Fayçal Mekdad au quotidien al-Watan.

CQFD (Ce Qui Fait Débat) 08/10/2019

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