Opération Barkhane: pourquoi la France est-elle déployée au Mali ?

Un Eurocopter EC665 Tigre atterrit sur une base malienne.
Un Eurocopter EC665 Tigre atterrit sur une base malienne. - © DAPHNE BENOIT - AFP

C’est le plus important déploiement français en opération extérieure. L’opération Barkhane mobilise, depuis 2014, 4500 militaires français dans le Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad). Elle a pris le relais d’un autre déploiement français, l’opération Serval, qui avait été déclenché en janvier 2013 à la demande du gouvernement malien pour stopper une offensive djihadiste menaçant notamment Bamako, la capitale du Mali.


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L’objectif de la France repose sur une logique de partenariat et de formation de ces pays du Sahel (le "G5 Sahel") afin qu’ils puissent, à terme et de façon autonome, reprendre en main la lutte contre les groupes armés terroristes qui gangrènent la région, notamment celle du Liptako-Gourma (une zone à cheval sur le Mali, le Niger et le Burkina Faso).

L’ONU participe aussi à la stabilisation sécuritaire et politique au Mali, via la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali). Elle dispose de 13.289 soldats et 1920 membres de police.

Défi immense

Le défi est de taille : la zone que doivent couvrir l’opération Barkhane et le G5 Sahel est transfrontalière, désertique et aussi vaste que l’Europe. Depuis plusieurs mois, ces forces armées se concentrent sur la région du Liptako-Gourma, qu’ils tentent de stabiliser face aux attaques djihadistes à répétition.

Difficile de les lister toutes, tant ces attaques sont fréquentes et nombreuses. Rien qu’en novembre, des assauts violents revendiqués par l’Etat islamique et commis contre des bases ou des positions militaires ont tué au moins 80 soldats maliens.

De leur côté, la France ou les pays du Sahel concernés annoncent régulièrement la mort, l’arrestation ou la capture de djihadistes lors d’opérations conjointes. En février, le ministère français des Armées annonçait l’élimination de 600 djihadistes et la saisie de 2 tonnes d’armes et de munitions par trimestre depuis le début de l’opération Barkhane.

Etat islamique et Al-Qaeda

Les principaux groupes terroristes actifs dans cette zone se revendiquent de l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS) et d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), qui rassemble lui-même plusieurs groupuscules, tels que le "groupe de soutien à l’islam et aux musulmans", "l’émirat du Sahara" ou encore la "katiba de Macina". Cette alliance a été placée, en 2018, sur la liste noire américaine des "organisations terroristes".

A cela s’ajoutent des tensions interethniques, entre les Peuls (qui constituent aujourd’hui le gros des combattants au sein des cellules djihadistes liées à Al-Qaïda), les Dogons et les Bambaras. Plusieurs massacres interethniques ont fait des centaines de morts parmi les paysans de ces communautés.

L’objectif des djihadistes

L’objectif des djihadistes dans cette région d’Afrique est de déstabiliser l’autorité des états, qui ont déserté certaines portions de leur territoire. Même si ces états tentent de reprendre pied dans ces régions, à l’image du Mali à Indelimane, dans le Liptako-Gourma, ou dans le Ménaka (nord-est du pays), leur stratégie n’est pas toujours gagnante. Comme le déclarait le général François Lecointre, chef d’état-major français des armées, à nos confrères du Monde cet été, "là où cette stratégie de concentration des efforts se déploie, elle fonctionne. Les bandes armées qui prospèrent sur l’absence de l’Etat sont déstabilisées, affaiblies. Le gouverneur de Ménaka a récemment déclaré que l’administration était en train de revenir. Mais, dans le même temps, la situation continue d’évoluer défavorablement ailleurs, avec un repli des groupes dans d’autres zones, au Niger et au Burkina Faso. La pression que nous exerçons joue sans doute, mais, si nous n’avions rien fait, les groupes se seraient étendus quand même".

Rejet des troupes étrangères

Sous l’effet d’une guerre qui empire, les troupes étrangères au Sahel font face à un rejet apparemment grandissant chez les habitants du Burkina Faso, du Mali et du Niger. De plus en plus de citoyens de ces pays demandent le départ des 4500 soldats de l’opération Barkhane, mais aussi des plus de 13.000 Casques bleus de la Minusma au Mali et d’autres partenaires présents, tous déployés au nom de la lutte antiterroriste et de la protection des civils.

La contestation ne paraît pas coordonnée, mais la critique est la même. "On ne voit pas de résultats sur le terrain", estime Maikoul Zodi, figure de la société civile nigérienne.

Face à une dégradation sécuritaire continue, notamment dans une large partie du Burkina Faso où les attaques sont désormais quotidiennes,"il y a une forme de fatigue et d’impatience", explique Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institute for Security Studies. "L’insécurité ne recule pas malgré de nombreuses annonces de moyens mis à disposition", ajoute-t-il.

D’autres voient resurgir dans ces interventions étrangères les vieux démons de l’époque coloniale. Gabin Korbeogo, membre de l’Organisation démocratique de la jeunesse (ODJ) au Burkina Faso, estime que "leur seul et unique but est de protéger leurs intérêts stratégiques et de consolider leurs positions de domination dans la zone sahélienne".

"Comment 20.000 soldats étrangers ne parviennent-ils pas à venir à bout de 3000 terroristes ?", se demande pour sa part Ibrahima Kébé, animateur à "Radio patriote", une petite antenne antisystème qui émet depuis Bamako.

La dégradation de la situation sécuritaire dans le pays et la dureté des revers subis ont également renforcé les interrogations sur la capacité de l’armée malienne à faire face aux agissements djihadistes et aux autres violences auxquelles le Mali est en proie depuis 2012 et qui ont fait des milliers de morts, civils et combattants.

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