ONU: quels sont les enjeux du vote sur l'adhésion de la Palestine?

ONU: quels sont les enjeux du vote sur l'adhésion de la Palestine?
ONU: quels sont les enjeux du vote sur l'adhésion de la Palestine? - © Archive AFP

Quelles conséquences aura le vote de la prise en compte de l'État palestinien à l'ONU? Que risquent les États-Unis en opposant leur veto à cette initiative devant le Conseil de sécurité? Que se passera-t-il si Mahmoud Abbas demande le vote de l'Assemblée générale des membres? Éléments de réponse.

La 66e assemblée générale de l’ONU, qui s’ouvre ce mercredi, pourrait être historique. En effet, le président palestinien Mahmoud Abbas a d’ores et déjà annoncé qu’il y présenterait une demande de reconnaissance devant le Conseil de sécurité de l’ État palestinien en tant qu'État à part entière

"Comme tous les peuples du monde, nous voulons jouir de notre indépendance. Ce dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-est comme capitale", a expliqué le chef de l’autorité palestinienne (AP) face à des membres de son parti, la semaine dernière. "Nous ne nous rendons pas à l’ONU pour enlever sa légitimité à Israël mais bien à l’occupation qui constitue un cauchemar quotidien pour nous", a-t-il encore précisé.

La demande n’a aucune chance d’aboutir devant le Conseil de sécurité. En effet, les États-Unis ont déjà annoncé qu'ils y opposeraient leur veto le cas échéant, comme ils s'y sont engagés auprès de leur allié israélien. Dans le sillage du Premier ministre israélien Binyamin Nethanyahou, l’administration Obama estime que seules des négociations entre Israël et l’AP permettront d’aboutir à la création d’une Palestine libre qui pourra alors être admise comme membre des Nations unies.

Mais sur le plan diplomatique, les États-Unis risquent de payer au prix fort leur opposition sèche à la reconnaissance de ce nouvel État. Pour éviter de devoir faire usage de son droit de veto, Washington fait, depuis de nombreuses semaines, des pieds et des mains pour empêcher que le président palestinien ne mette son projet à exécution. 

Le prix d'un veto pour Washington

En effet, Barack Obama a beaucoup à perdre. A commencer par les progrès engrangés dans les relations de l’Oncle Sam avec le monde musulman. Depuis son discours à l’université du Caire en 2009, le président américain a mis beaucoup d’énergie pour redorer le blason des États-Unis dans nombreux de ces pays. Il y avait notamment condamné la colonisation israélienne en Cisjordanie (laquelle a repris depuis).

Plus récemment, le locataire de la Maison Blanche avait soutenu dans ses discours les révolutions tunisiennes, égyptiennes, libyennes et même syriennes, au nom de la démocratie et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. 

Comme le souligne un diplomate saoudien, en ne soutenant pas la démarche palestinienne, l’administration Obama risque donc de "perdre le peu de crédibilité qu’il a dans le monde arabe". Amenuisant d’autant la capacité d’influence américaine dans le Moyen-Orient.

En outre, le vote intervient dans un moment de l’histoire où deux alliés stratégiques des États-Unis dans la région - Égypte et la Turquie - connaissent de graves crises relationnelles avec Israël.

Un vote à l'Assemblée générale comme dernière carte

Puisque l’initiative de Mahmoud Abbas devant le Conseil de sécurité semble déjà vouée à l’échec, il restera au président palestinien l’option de porter le vote devant l’Assemblée générale.

Si le vote qui interviendrait alors divisera inévitablement les États membres, une large majorité en faveur de l’initiative de Mahmoud Abbas semble déjà acquise.

L’UE reste divisée sur la question : l’Allemagne et l’Italie y sont opposées, la Pologne et la Tchéquie continuent de s’aligner sur Washington, l’Espagne y est favorable tandis que la plupart des autres pays membres, dont la Belgique, n’ont pas encore clarifié leur position de manière définitive. En bref, l’UE est dans l’incapacité de dégager une position commune claire et se prive par là de toute chance de pouvoir réellement peser dans ce dossier.

Mais dans le reste du monde, la Palestine bénéficie de nombreux soutiens de poids. L’Amérique du Sud est, dans son écrasante majorité (à l’exception notable de la Colombie), favorable à cette reconnaissance et des pays comme le Brésil, l’Argentine, la Bolivie ou Équateur ont d’ores et déjà reconnu l'État palestinien dans ses frontières de 1967.

Le monde musulman, Maghreb, Machrek ainsi que les pays musulmans d’Asie et d’Afrique sub-saharienne, est unanimement favorable à la reconnaissance de la Palestine comme État indépendant et votera en faveur de l’admission de l’État Palestine comme nouveau membre.

Enfin, last but not least, la Chine et la Russie ont clairement laissé entendre qu’elles voteraient en faveur d’une telle initiative.

Le vote devant l’AG devrait donc emporter aisément la majorité requise des deux tiers des membres. Sans vote favorable au Conseil de sécurité, ce vote à l’Assemblée générale pourrait toutefois permettre à la Palestine de passer de son statut actuel d’"entité avec statut d’observateur" à celui d' "État observateur". Cela ouvrirait aux Palestinien les portes d’une adhésion à part entière à toutes les instances des Nations Unies (Unesco, OMS,…). Surtout, cela entraînerait le fait que l’on doive désormais parler à l’ONU de "Palestine", là où l’on parlait jusqu’ici d’Autorité palestinienne.

Ce serait donc avant tout une victoire symbolique, qui aurait en outre l’intérêt pour l’AP de démontrer l’isolement grandissant d’Israël sur la scène mondiale.  

Pourquoi le Hamas souhaite un échec de la démarche

Le mouvement islamiste du Hamas dénonce le fait qu’il n’ait pas été consulté avant que le président n’annonce son initiative et a déjà fait savoir qu'il misait sur un échec de Mahmoud Abbas devant l'ONU. Pour rappel, le Fatah (parti du président Mahmoud Abbas), est au pouvoir en Cisjordanie tandis que le Hamas contrôle la bande de Gaza après son coup de force de 2007.

"Si Abou Mazen (Mahmoud Abbas, NDLR) échoue, le Hamas sera plus fort que jamais car c'est la dernière carte d'Abou Mazen et cela mettra fin au projet des négociations au profit de celui du Hamas", estime l'analyste politique Akram Atallah.

"Le Hamas mise sur l'échec d'Abou Mazen à l'ONU parce qu'il le comptabilisera comme un point positif pour lui et qu'il a intérêt à hâter la fin de son pouvoir", confirme Moukhaïmer Abou Saada, professeur de science politique à l'Université Al-Azhar de Gaza.

D’après plusieurs commentateurs, la démarche onusienne représente un danger pour le Hamas car un succès du président Abbas renforcerait sa position dans l'opinion palestinienne.

Julien Vlassenbroek

 

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