ONU: qualifié de "gruyère suisse", le plan israélo-palestinien est officiellement rejeté par Mahmoud Abbas

Mahmoud Abbas à l'ONU, ce 11 février
Mahmoud Abbas à l'ONU, ce 11 février - © AFP

Le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé solennellement mardi devant le Conseil de sécurité de l'ONU rejeter le plan de paix israélo-américain, qui est un "gruyère suisse" et n'apporte pas la souveraineté au peuple palestinien.

"Nous rejetons le plan israélo-palestinien" qui "remet en question les droits légitimes des Palestiniens", a-t-il lancé en brandissant une grande carte de la Palestine telle que voulue par les Etats-Unis.

"Nous avons rejeté ce plan car Jérusalem-Est ne ferait pas partie de la Palestine et cela suffit pour le refuser", a précisé Mahmoud Abbas. Il ferait de la Palestine "un Etat fragmenté", sans contrôle aérien, sans contrôle maritime. "Qui parmi vous accepterait un tel Etat? ", a aussi demandé le président palestinien en regardant les représentants des 15 membres du Conseil de sécurité, en évoquant une situation "d'apartheid".

Soulignant plaider "en faveur d'une paix juste" pour 13 millions de Palestiniens, le dirigeant a aussi égrené toutes les avancées de son peuple pour se doter d'un Etat, au niveau international comme national.

Cinq jours après une rencontre avec le Conseil de sécurité de Jared Kushner, gendre de Donald Trump et artisan du plan de paix américain dévoilé le 28 janvier, Mahmoud Abbas tente à son tour en venant mardi à l'ONU de rallier des soutiens internationaux à son rejet de l'initiative américaine. Il a cependant dû renoncer à demander un vote d'une résolution critiquant le plan américain, faute de soutien international suffisant et d'une énorme pression mise par les Etats-Unis sur les pays membres du Conseil de sécurité, selon des diplomates.

Le renoncement au vote d'une résolution mardi matin en présence de ce dirigeant représente un revers sérieux pour les Palestiniens, même s'ils assurent que les négociations sur le texte entamées la semaine dernière vont se poursuivre.

Ils expliquent aussi avoir voulu ménager leurs soutiens au Conseil de sécurité qui ont été mis sous une très forte pression des Etats-Unis pour ne pas approuver de résolution.

Selon un diplomate occidental, Washington a menacé de "mesures de rétorsion" notamment financières les pays qui se positionneraient contre les Etats-Unis.

Dimanche, les Etats-Unis et le Royaume Uni avaient soumis à leurs partenaires du Conseil de sécurité une série d'amendements au texte visant à lui enlever toute critique à l'égard du plan de paix américain dévoilé par Donald Trump le 28 janvier.

Ce projet retient une "solution à deux Etats" et propose de créer une capitale d'un Etat palestinien à Abou Dis, un faubourg de Jérusalem, alors que les Palestiniens veulent faire de l'ensemble de Jérusalem-Est la capitale de leur Etat.

Il intègre aussi une annexion des colonies israéliennes, ainsi que de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967, avec des frontières en rupture avec les lignes tracées à l'époque. Il prévoit aussi un Etat démilitarisé pour la Palestine altérant sa souveraineté.

 

"Etat souverain"

"Ce sont nos territoires", a asséné devant le Conseil de sécurité Mahmoud Abbas. "Qu'est-ce qui vous donne le droit de les annexer?", a-t-il demandé aux Israéliens, en appelant "la communauté internationale à faire pression sur Israël" pour empêcher cette perspective qui pourrait intervenir au lendemain des prochaines élections israéliennes début mars.

Parmi ses amendements au projet de résolution, Washington a demandé de supprimer la mention d'une vision à "deux Etats souverains et démocratiques" pour ne conserver que la qualification "d'Etats démocratiques".

Dans une déclaration commune avant la réunion du Conseil de sécurité, les membres de l'Union européenne siégeant dans cette instance (Belgique, France, Allemagne, Estonie, plus la Pologne ancien membre), ont souligné leur engagement à aboutir à une solution à deux Etats, dont "un Etat d'un seul tenant, indépendant, démocratique, d'un seul tenant, souverain et viable" pour les Palestiniens.

Pour les Palestiniens et plusieurs de leurs soutiens, le projet américain est déséquilibré et bien trop favorable à Israël.

Mahmoud Abbas a réaffirmé que "les Etats-Unis ne pouvaient plus être le seul médiateur" pour une paix au Proche-Orient. Il a appelé le "Quartette (Etats-Unis, Russie, Union européenne et ONU) et les membres du Conseil de sécurité à organiser une conférence internationale de paix", sans autre précision.

Si le président palestinien peut se targuer, dans son rejet du plan de Donald Trump, d'un soutien de la Ligue arabe, de l'Organisation de la Coopération Islamique et de l'Union africaine, l'appui international présente de multiples "fissures", selon le terme employé par Jared Kushner.

Les réactions au plan ont montré souvent de la modération, l'Union européenne ne s'est pas affichée unie et dans le monde arabe, plusieurs pays ont marqué leur soutien à Washington, comme les Emirats Arabes Unis, Oman ou Barheïn.

Selon des diplomates, un vote d'une résolution palestinienne critiquant le projet américain n'aurait pas recueilli les 14 voix sur 15 qui avaient dénoncé, en décembre 2017 à l'ONU, la décision américaine unilatérale de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël.

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