ONU: l'eau souillée tue plus que les guerres

ONU: l'eau souillée tue plus que les guerres
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ONU: l'eau souillée tue plus que les guerres - © AMOS GUMULIRA - AFP

Alors que l'eau va se raréfier, la demande pour cette ressource vitale va exploser: comment gérer cette contradiction? Devant ce défi majeur, l'ONU fait le bilan des laissés pour compte. La demande mondiale en eau risque d'exploser. Déjà, la consommation en eau au niveau mondial augmente chaque année d'un pour cent. "C'est à cause de l'évolution des standards de mode de vie, explique Richard Connor, rédacteur en chef du rapport. " Il y a de moins en moins de pauvreté, les gens consomment davantage de viande, et cela consomme de l'eau. C'est vraiment un changement de niveau de vie qui amène une croissance dans la demande en eau."

Tant va la cruche à l'eau...

La croissance démographique, le développement économique et  l'évolution des modes de consommation entraineront une hausse de demande mondiale de 20 à 30% par rapport au niveau actuel d'ici 2050. Dans le même temps, le changement climatique risque de compliquer l'accès à l'eau potable, avec des sécheresses et des inondations plus fréquentes. Pourtant, la quantité d'eau disponible sur terre ne change pas. " Mais il y a des endroits qui reçoivent moins de précipitations, et d'autres beaucoup plus qu'avant, détaille Richard Connor. Mais les endroits qui connaissent des pénuries d'eau augmentent. Dans le sud de l'Europe, les sécheresses estivales deviennent récurrentes." Mais Richard Connor se veut rassurant. Selon lui, les ressources en eau potable sont suffisantes pour la planète. En 2050, la population mondiale frôlera les 10 milliards d'individus. Il y aura assez d'eau pour tout le monde. Par contre, il faudra revoir nos habitudes de consommation, et être plus économes.

L'eau est plus chère pour les plus pauvres !

Dans les mégalopoles africaines et les villes de plus d'un million d'habitant, la croissance démographique est de 5% par année, c'est énorme. Plus de 50% de ces citadins de l'Afrique sub-saharienne habitent dans des bidonvilles, qui ne disposent pas d'eau courante.

En Europe, on estime que le coût de l'eau courante représente 1% du revenu familial. Mais ailleurs, ceux qui n'ont pas accès au réseau de distribution doivent aller chercher leur eau soit via des camions-citernes, soit via des vendeurs d'eau. Ils la paieront beaucoup plus cher proportionnellement, pour une eau de qualité moindre: 10 à 20 fois plus cher, pour le même volume. Comme ils sont plus pauvres, cela peut représenter 30% de leur budget!

L'eau souillée tue plus que les guerres

Dans ce rapport annuel sur l'eau, l'ONU et l'Unesco constatent que l'accès insuffisant à une eau potable de qualité et le manque de services d'assainissement des eaux usées coûtent cher en vies humaines, avec 780.000 décès causés par la dysenterie et le choléra chaque année, bien plus que les victimes de conflits, de séismes et d'épidémie. 

On estime qu' environ 844 millions de personnes n'ont pas accès à un service d'eau potable sûr et seuls 39% de la population mondiale dispose de services d'assainissement sûrs. "L'accès à l'eau est un droit humain vital pour la dignité de chaque être humain. Pourtant, des milliards de personnes en sont toujours privées", regrette Audrey Azoulay, directrice générale de l'Unesco.

L'objectif de développement durable défini par le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), qui prévoit "d'ici à 2030 un accès universel et équitable à l'eau potable, à un coût abordable", pourrait ne pas être atteint. Les sources de pollution sont les matières fécales, les pesticides ou nitrates issus de l'agriculture, mais aussi les "polluants émergents" comme les résidus de médicaments. 

Pauvres des villes, pauvres des champs

Le rapport distingue la situation des pauvres en milieu urbain, des pauvres en milieu rural et les personnes déplacées de force. Les femmes sont souvent désavantagées dans l'accès à l'eau. Dans des milieux ruraux, "la charge d'aller chercher de l'eau incombe aux femmes et aux filles de manière disproportionnée", "un travail non rémunéré et non reconnu", souligne le rapport.

Une situation particulière est celle des réfugiés. Fin 2017, 68,5 millions de personnes étaient déplacées de force à cause de conflits ou de persécutions. Ces populations "se heurtent souvent à des obstacles pour accéder aux services élémentaires en approvisionnement en eau et d'assainissement" et "les déplacements de masse exercent une pression sur les ressources et sur les services qui s'y rapportent", ajoute le rapport. 

Les riches doivent investir pour un accès universel

Pour répondre à ces défis, l'ONU n'apporte pas de solutions miracles, mais esquisse quelques pistes. "Les gens fortunés qui payent très peu doivent commencer à payer plus pour que l'accès soit universel", suggère Richard Connor. 

Les États, mais aussi les acteurs privés, doivent investir massivement dans les infrastructures. Une pompe pour plusieurs familles pourrait déjà améliorer la qualité de l'eau de consommation à moindre coût.  Les besoins sont estimés à 114 milliards de dollars annuels, trois fois ce qui est dépensé actuellement, sans prendre en compte les coûts de fonctionnement et d'entretien.

Mais il y a de sérieux problèmes de gouvernance à dépasser , conclut Richard Connor. "Les habitants des bidonvilles ne paient généralement pas d'impôts, ils louent leur maison de façon informelle. Ils ne font pas partie de l'économie formelle. Ils sont ignorés, ils ne font pas partie des recensements. Parfois même, ils sont en situation illégale. Dans les deux cas, ces gens se retrouvent dans l'angle mort des autorités. Une excuse parfaite pour ne pas les relier au réseau municipal d'eau potable. Or les gens des bidonvilles ont les mêmes droits que les couches plus aisées."

 

Pourquoi une journée mondiale de l'eau? (22/03/2018)