"On estime que l'élevage intervient pour 85% de la déforestation en Amazonie"

Entre 2018 et 2019, l'INPE a observé une augmentation de 85% de la déforestation
Entre 2018 et 2019, l'INPE a observé une augmentation de 85% de la déforestation - © JOAO LAET - AFP

Le constat est sans appel. Il est posé par l’Institut de recherches spatiales au Brésil. Selon ces estimations, la déforestation en Amazonie a augmenté de 85% entre 2018 et 2019. Qu’est-ce que cela veut dire ? On décortique.

Ces 85% comprennent d’une part les terres qui ont brûlé lors des incendies spectaculaires de cet été et d’autre part les parcelles qui ont disparu à cause de la déforestation. Au total, c’est plus de 9000 kilomètres carrés. Quasiment un tiers de la superficie de la Belgique.

A la source de ces deux phénomènes, une même pratique : la culture sur brûlis.

Le principe c’est de mettre le feu à une partie de la forêt. Les cendres vont alors enrichir la terre et vous aller pouvoir la cultiver. Seulement cette technique a des conséquences. Thierry Hance, est professeur à l’UCLouvain et chercheur à la Earth and Life Institute, selon lui "il y a une première conséquence sur la biodiversité puisque la forêt amazonienne contient une part très importante de la biodiversité mondiale. Un deuxième élément c’est une conséquence sur le climat. On sait que la forêt a un rôle très important pour maintenir un régime des pluies important et donc moins de forêt ça veut dire aussi plus souvent des sécheresses. Un troisième élément c’est qu’en fait, les sols que l’on va déforester vont être extrêmement sensibles à l’érosion étant donné qu’il pleut beaucoup dans ces régions. La pluie va donc emmener les sols et d’autre part il fait chaud donc la matière organique qui se trouve dans les sols va se dégrader beaucoup plus vite que dans des sols tempérés. Donc les sols que l’on met en culture ne sont en fait cultivables que pendant quelques années".


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On estime que l’élevage intervient pour 85% de la déforestation en Amazonie

Alors pourquoi y a-t-on de plus en plus recours ?

Réponse : pour augmenter rapidement les surfaces cultivables et y cultiver du soja par exemple. Au brésil cela représenterait à peu près 1 million d’hectares. Ou pour en faire des pâturages, c’est ce que nous explique Thierry Hance. "Il y a deux principaux protagonistes. Il y a d’une part les petits fermiers qui veulent accroître leurs superficies de terre. D’autre part, de grands propriétaires terriens ou de grandes sociétés qui font de l’agriculture d’exportation, essentiellement de viande. On estime que l’élevage intervient pour 65% de la déforestation en Amazonie et c’est de la viande qui est exportée en Europe ou aux Etats-unis".

Et on parle de grosses quantités. Le Brésil est le premier exportateur de bœuf au monde. 1,6 million de tonnes en 2018. Et le gouvernement de Jair Bolsonaro veut continuer à développer l’industrie agroalimentaire en ayant recours massivement à la déforestation.

Et l’Europe dans tout ça ?

Qui sont les premiers consommateurs du bœuf brésilien ? Eh bien la palme revient aux chinois, suivis des Égyptiens et de l’Union Européenne. Mais ça pourrait changer car cette année, l’Europe devrait signer un accord commercial avec le Brésil et d’autres pays d’Amérique Latine. C’est le fameux Mercosur. L’Europe aura donc plus de facilité pour acheter du bœuf brésilien. Une issue qui inquiète Nicolas Van Nuffel, il est directeur du plaidoyer au CNCD : "Tous ces accords ont de superbe chapitre développement durable mais ce sont les seuls chapitres de tout l’accord qui ne sont pas contraignants. Notre demande principale, si on veut avancer avec le Mercosur, c’est que le chapitre qui dit "on doit respecter l’accord de Paris sur le climat, respecter les droits humains, les droits sociaux, etc." soit contraignant. Qu’il puisse y avoir des sanctions. Qu’il puisse y avoir des plaintes en cas de violation avec des sanctions commerciales".

Des sanctions pour préserver une forêt qui a déjà perdu 20% de sa superficie initiale.

Archives : Journal télévisé du 22/08/2019

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