"On est vraiment très très loin du triple A social" souhaité par J.-C. Juncker

"On est vraiment très très loin du triple A social" souhaité par J.-C. Juncker
"On est vraiment très très loin du triple A social" souhaité par J.-C. Juncker - © Flickr-fdecomite

Ce jeudi, la commissaire européenne à l'Emploi, aux Affaires sociales et à la Mobilité des travailleurs, la Belge Marianne Thyssen, présentait son rapport sur l'évolution de l'emploi et la situation sociale en Europe pour l'année 2015. Ce rapport de 450 pages dresse un bilan mitigé de la situation socio-économique de l'Union européenne.

Côté positif, on retrouve une timide reprise, une baisse du chômage - même s’il reste encore 22 millions de chômeurs dans l’Union - et une hausse du revenu des ménages.

Côté négatif, la crise a creusé les divergences entre les Etats membres qui présentent des bilans socio-économiques très différents. Le chômage dépasse toujours les 20% en Grèce et en Espagne alors qu'il n’est que de 5% en Allemagne par exemple. La situation des populations défavorisées (les jeunes, les femmes et les personnes âgées) reste préoccupante. Or, ces disparités entravent la croissance économique en Europe.

Vers un "triple A social"?

Lors du vote d'investiture de sa Commission en octobre 2014 au Parlement européen, Jean-Claude Juncker avait déclaré vouloir que l'Europe se dote d'un "triple A social", une allusion au système de cotation des banques.

Se rapproche-t-on de ce "triple A social" souhaité par Juncker ? Pour Bart Vanhercke, le directeur de l’Observatoire social européen, on en est encore très loin : "Pour l'instant, le bilan social de la Commission Juncker est assez mitigé. Pour commencer, je pense que les initiatives que la Commission Juncker met sur la table, y compris via la commissaire Thyssen, manquent d'ambition."

Bart Vanhercke évoque notamment l'initiative prise par la Commission européenne pour lutter contre le chômage des jeunes, la garantie jeunesse. C'est insuffisant selon lui : "Maintenant, les Etats membres peuvent utiliser de l'argent des fonds structurels pour mettre des jeunes à l'emploi. Mais au vu de l'énorme problématique, avec des taux de chômage parmi les jeunes de 30, 40 et même 50% et au delà, franchement, c'est un peu maigre. Pour l'instant, on est vraiment très très loin du triple A".

Résorber le chômage par la mobilité

La commissaire Thyssen affiche sa volonté de renforcer la mobilité des travailleurs au sein de l'Union européenne. Selon elle, cela contribuerait à résorber le chômage et à réduire les déséquilibres sur les marchés nationaux du travail. Or, les Britanniques n'en veulent pas. C'est même une des conditions négociées par David Cameron dans ses pourparlers avec Bruxelles. Le Premier ministre britannique a promis de faire campagne en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'UE lors du référendum de 2017 à condition notamment de pouvoir contrecarrer la venue de travailleurs d'autres Etats membres sur son territoire.

Dès lors, ces mesures sur la mobilité ont peu de chance de passer. Mais pour Bart Vanhercke, il est temps que la Commission prenne ses responsabilités : "Je pense que pour l'instant, la Commission se fait vraiment prendre en otage par la situation en Grande-Bretagne et par David Cameron. Et là, je pense que la Commission doit vraiment prendre ses responsabilités et ne pas attendre". Marianne Thyssen espère quant à elle pouvoir présenter les mesures sur la mobilité des travailleurs au printemps prochain.

Système européen d'allocation de chômage?

A la question de savoir s'il manque quelque chose, selon lui, dans les propositions de Marianne Thyssen, le directeur de l’Observatoire social européen a bien sa petite idée : "En dehors de la mobilité des travailleurs et du chômage, encore plus important, ce serait un système d'allocation de chômage au niveau européen. Je pense vraiment que dans la situation qu'on connait, avec le taux de chômage qu'on connait, au vu des engagements très forts de madame Thyssen et du président Juncker pour aller vers ce triple A social, c'est ce genre de proposition de réelle solidarité qu'il faut mettre sur la table maintenant".

Par ailleurs, s'il existe une recommandation sur le chômage de longue durée - qui touche plus de 11 millions de personnes dans l'UE -, Bart Vanhercke regrette le côté non contraignant de cette recommandation : "On sait qu'une recommandation du Conseil, c'est soft, il ne s'agit pas de législation. Donc, les Etats membres vont quand même pouvoir faire ce qu'ils veulent".

Retrouvez toute l'actualité européenne avec Euranet Plus, le premier réseau d'information européenne.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK