"On est au cœur de la bataille entre les démocrates et les ennemis de la démocratie"

"On est au cœur de la bataille entre les démocrates et les ennemis de la démocratie"
"On est au cœur de la bataille entre les démocrates et les ennemis de la démocratie" - © Tous droits réservés

Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, Donald Trump et Boris Johnson semblent avoir poussé les deux plus vieilles démocraties dans leurs derniers retranchements. Face à des dirigeants populistes qui les malmènent, les institutions démocratiques ont fermement réagi: une procédure de destitution lancée contre Trump... La Cour suprême britannique qui invalide la suspension du parlement décidée par Boris Johnson. Assiste-t-on, sur ces deux fronts, à une sorte de riposte de l'état de droit? Pour répondre à la question: Benoît Frydman, professeur au Centre Perelman de Philosophie du Droit à l’ULB, et Jean-Paul Marthoz, journaliste et essayiste, chroniqueur au journal Le Soir. 

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase

La procédure d'Impeachment visant le président américain suite à "l'Ukrainegate" est, selon Benoît Frydman, "une procédure enclenchée moins pour l'épisode ukrainien - ce qui ne veut pas dire qu'il ne soit pas grave - que pour l'ensemble de son oeuvre. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase (...) L'Impeachment est le moyen, en cette période très bizarre et face à un président tout à fait hors norme, de pratiquer le contrôle de l'exécutif". 

"Je pense que c'est d'abord une question politique, commente Jean-Paul Marthoz, Nancy Pelosi (la présidente démocrate de la Chambre des représentants qui a annoncé la procédure de destitution, Ndlr) ne pouvait plus se permettre de résister à la pression exercée par la base du parti démocrate et sa nouvelle génération, voulant depuis le départ cette procédure de destitution (...) En tant que membre de la commission du renseignement durant des années, elle s'est dit qu'elle avait aujourd'hui un élément plus déterminant que par le passé, et qui pourrait troubler une partie de l'establishment républicain".  

Tout est très politisé

On le sait, cette procédure, utilisée trois autres fois dans l'histoire américaine, n'a que peu de chances d'aboutir à une destitution effective du président, puisqu'une majorité des deux tiers est requise lors du vote au Sénat. Un Sénat républicain qu'on voit mal destituer un président du même parti, à moins d'un véritable mouvement de révolte contre Donald Trump, plutôt improbable à ce stade. 

"Tout est très politisé, la cour suprême elle-même, concède Benoît Frydman, on n'est pas dans une situation où l'on peut espérer qu'il y ait un fonctionnement normal de l'état de droit. De toutes façons, quand un pays juge son président en exercice, ce n'est jamais une situation normale..."

Boris Johnson empêché

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a lui vu cette semaine sa décision de suspendre le Parlement annulée par la Cour suprême, dans un arrêt historique. "Un arrêt totalement extraordinaire, pour Benoît Frydman, car les juges détestent interférer dans les relations entre le Parlement et gouvernement (...) Le comportement de Boris Johnson est une entrave tellement claire à la démocratie, dans un moment critique, qu'ils se sont ici décidés à intervenir de manière exceptionnelle".

Le fait que ces institutions réagissent prouve, pour le spécialiste, qu'"on est maintenant au cœur de la bataille entre les démocrates et les ennemis de la démocratie". 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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