OMC: le bout du tunnel s'éloigne à nouveau

Pour aboutir à un accord historique après sept ans de négociations du cycle de Doha sur la libéralisation des échanges, les pays en développement et les pays riches tentaient de dépasser ce lundi les nouvelles tensions qui se sont fait jour durant le week-end, notamment sur l'agriculture. Un paquet de propositions sur l'agriculture et les produits industriels mis sur la table vendredi par Pascal Lamy, a remporté l'aval de la majorité des grandes puissances commerciales (Etats-Unis, UE, Brésil, Inde, Chine, Australie et Japon).

Pour la première fois depuis 7 ans, le bout du tunnel était en vue, selon les négociateurs. Mais l'Inde boude le texte, suivie par plusieurs pays en développement qui craignent pour leur industrie (Argentine) ou leur agriculture (Indonésie, Philippines, Turquie). New Delhi a été rejointe samedi par un acteur de poids: la Chine. Pékin a averti qu'il entendait protéger sa production de riz, de coton et de sucre, produits sur lesquels il refuse d'abaisser ses droits de douane. Les Etats-Unis les ont accusé de bloquer les négociations, alors que lInde reproche aux Etats-Unis de vouloir doubler les subventions quils accordent à leurs agriculteurs.     

En outre, lors d'une réunion d'une trentaine de ministres dimanche soir, le G33 (groupe de pays en développement qui cherchent à protéger certains produits agricoles) et le groupe africain ont déposé un texte remettant en question l'ébauche d'accord qui avait émergé. Le texte exige que le mécanisme de sauvegarde, qui permettrait à un pays d'augmenter ses droits de douane en cas de flambée d'importations, puisse être déclenché à partir de 10% d'augmentation du flux normal des importations, contre 40% prévus actuellement. A l'inverse, des exportateurs agricoles comme le Paraguay, l'Uruguay, le Costa Rica et le Chili jugent ce dispositif trop protecteur.

Disputes sur la banane

Dans son intervention, un diplomate équatorien s'est félicité de l'accord obtenu durant le week-end avec l'UE sur une baisse du droit de douane qui frappe les importations de bananes latino-américaines dans l'UE. Les ACP, dont les bananes entrent sans droit de douane dans l'UE, en ont conclu que la négociation était terminée et qu'ils n'étaient plus en mesure de peser sur le dossier et ils ont quitté la réunion.

L'Union européenne et l'Amérique latine se sont mis d'accord à l'OMC sur la fin de la "guerre de la banane" qui les oppose depuis 25 ans. Cet accord, qui prévoit de ramener progressivement d'ici à 2016 le droit de douane européen à 114 euros par tonne contre 176 actuellement, n'a pas été formellement signé. Les ACP jugent ce calendrier inacceptable, estimant qu'il ne leur permet pas d'adapter leur production face à la concurrence des Latino-Américains. Ils ont présenté dimanche soir une contre-proposition qui porterait à 109 euros, mais en 2017, le droit de douane européen, avec une montée en charge plus lente. Ils ont menacé de bloquer l'ensemble des négociations qui se tiennent depuis une semaine à Genève sur la libéralisation du commerce mondial s'ils n'obtiennent pas satisfaction.

La France ne signera pas

La France ne signera pas "en l'état" le projet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) car "il ne comporte aucune avancée sur des éléments tout à fait essentiels", a affirmé lundi le porte-parole du gouvernement Luc Chatel à l'issue d'un conseil des ministres.

Luc Chatel a cité "la protection des indications géographiques de provenance", les appellations d'origine contrôlées (AOC), et "la défense de nos intérêts industriels européens face aux pays émergents".

Une réunion entre la France et six "pays amis", dont l'Italie, la Pologne et le Portugal, devait avoir lieu en soirée lundi, la France cherchant à rallier d'autres pays européens à son désaccord.

Les pays membres de l'UE ont un droit de veto sur l'accord final négocié par le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, qui négocie au nom des Vingt-Sept.

 

Voir aussi: OMC: préaccord entre les 7 poids lourds de l'économie mondiale

 

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