Offensive turque en Syrie: "C'est l'existence du peuple kurde dans la région qui est en jeu"

Des membres de la milice kurde de Syrie YPG manifestent contre la menace turque dans la ville de Qamishli.
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Des membres de la milice kurde de Syrie YPG manifestent contre la menace turque dans la ville de Qamishli. - © DELIL SOULEIMAN - AFP

Les combats font rage le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie. L’armée turque a entamé son opération qui vise à créer une zone tampon de 30 kilomètres à l’intérieure de la Syrie. Elle affronte les Forces Démocratiques Syrienne (FDS), coalition formée en majorité de combattants kurdes des milices YPG ainsi que de combattants arabes.

Depuis le soulèvement pro démocratie en Syrie, en 2011, les Kurdes de Syrie ont mis en place une administration qui gère le nord-est du pays. Ils ont rebaptisé ce territoire Rojava. Nous avons interrogé un membre de la représentation en France de cette administration, Baker Alkurdo.

Quelle est, à cette heure, la situation le long de la frontière turco-syrienne ?

Baker Alkurdo: "Les combats continuent tout le long des 600 kilomètres de la frontière. Les opérations sont très intenses. L’armée turque utilise tous ses moyens : l’artillerie, l’aviation… Ils bombardent les civils. Il y a plusieurs sont morts. L’armée turque intervient avec des groupes djihadistes, les anciens combattants de Daech (le groupe Etat islamique) qu’ils ont recyclés. Ils les injectent dans ce territoire. Le but de la Turquie, c’est de mener une opération d’épuration ethnique contre la population kurde, les chrétiens d’Orient et les autres ethnies de la région. Ils veulent aussi organiser le retour de Daech dans la région pour exercer un chantage avec l’Europe et le reste du monde."

Les combattants kurdes peuvent-ils faire face à la puissance de l’armée turque ?

Baker Alkurdo: "Le commandement général des YPG et des FDS ont décidé de résister jusqu’au bout, jusqu’au dernier combattant et la dernière combattante, comme nous l’avons fait à Kobane (ville kurde attaquée par les djihadistes fin 2014) contre Daech. C’est notre choix. Et les combats ne resteront pas limités au territoire syrien : nos forces armées doivent répliquer sur des positions d’artillerie qui se trouvent de l’autre côté de la frontière turque. Cette guerre va durer. Actuellement, l’armée turque n’a pas pu avancer. Les combats se déroulent dans villes et les villages. Pour nous, c’est la question de l’existence de notre peuple dans cette région, en tant que Kurdes, en tant que chrétiens arabes, qui est en jeu. Nous n’avons pas d’autre choix que de résister. Mais c’est aussi aux Européens et aux Américains de prendre leurs responsabilités pour stopper cette offensive."

Les combattants des YPG vont-ils pouvoir garder les combattants djihadistes du groupe Etat islamique dans les camps de détention où ils se trouvent aujourd’hui ?

Baker Alkurdo: "Aujourd’hui, il y a plus de 10.000 combattants de Daech qui sont dans les prisons de l’auto-administration du Rojava. Avec cette offensive, les YPG et les FDS ne peuvent pas à la fois faire face à cette agression et garder ces prisonniers. La Turquie veut faire libérer ces prisonniers. Hier, ils ont bombardé un centre de détention de membres de Daech. La Turquie voulait les libérer pour leur permettre de passer à l’action dans la région et plus tard mener des opérations en Europe. Il faut que la communauté internationale réagisse, parce que nous avons un ennemi commun, qui est Daech. En ne réagissant pas, le monde commet une faute politique et une faute morale d’abandonner ceux qui ont mené la lutte contre les terroristes."


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Votre objectif, c’est la création d’un Etat kurde dans cette zone ?

Baker Alkurdo: "Non. Nous avons toujours été très clairs : nous voulons une Syrie décentralisée, qui reconnaît toutes les composantes de la société syrienne. Nous avons constitué une administration dans cet objectif, avec les chrétiens et les Arabes. Nous avons défendu ensemble l’intégrité territoriale de la Syrie, en combattant Daech hier, et aujourd’hui en combattant la Turquie qui viole l’intégrité territoriale de la Syrie. Nous voulons rester dans une Syrie décentralisée. Nous ne cherchons pas l’indépendance."

 

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