Offensive diplomatique américaine pour éviter une nouvelle guerre en Ukraine

Peut-on encore éviter que la Russie ne mène une offensive militaire contre l’Ukraine ? Les bruits de bottes russes deviennent de plus en plus insistants à la frontière ukrainienne. Pour dissuader Moscou de se lancer dans une nouvelle aventure en Ukraine, les États-Unis et l’OTAN affichent leur total soutien politique à l’Ukraine, sans évoquer toutefois une solidarité militaire.

Le président américain Joe Biden a envoyé à Bruxelles ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense. Antony Blinken et Lloyd Austin seront reçus au siège de l’Otan pour évoquer entre autres la réaction occidentale aux démonstrations d’agressivité russe. Antony Blinken rencontre dès ce mardi au siège de l’Otan son homologue ukrainien Dmytro Kuleba.

"La Russie doit arrêter ses provocations"

Le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg a déjà reçu mardi matin le chef de la diplomatie ukrainienne. "Le renforcement militaire considérable de la Russie est injustifié, inexplicable et profondément préoccupant, a-t-il déclaré. La Russie doit mettre fin à ce renforcement militaire en Ukraine et autour de l’Ukraine, arrêter ses provocations et cesser toute escalade immédiatement".


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Selon l’Ukraine, la Russie a massé 80.000 soldats à ses frontières : 40.000 à proximité de la région séparatiste du Donbass et 40.000 en Crimée, le territoire ukrainien annexé par la Russie en 2014. Les États-Unis estiment que la mobilisation militaire russe à la frontière ukrainienne est la plus importante depuis 2014, lors de la première invasion russe.

Éviter l’erreur de 2014

La guerre dans l’est de l’Ukraine avait débuté après le soulèvement du Maïdan à Kiev et la mise en place d’un gouvernement pro-occidental. La Russie estime que cette ancienne république soviétique fait toujours partie de sa zone d’influence. Elle a largement soutenu, sinon fomenté, le mouvement séparatiste pro russe dans la région du Donbass. Moscou avait également annexé la péninsule de Crimée, ce qui a déclenché des sanctions occidentales. Ce conflit a fait depuis lors plus de 13.000 morts et près d’1,5 million de déplacés.

"En nous réunissant aujourd’hui, nous essayons d’éviter l’erreur qui avait été faite en 2014", a expliqué à Bruxelles le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba. "La Russie était prête alors à agir rapidement pour atteindre son objectif en Crimée et dans le Donbass, pendant que nos partenaires réfléchissaient à leur réaction à ces événements. La Russie ne pourra plus prendre quiconque par surprise." Pour le chef de la diplomatie ukrainienne, le plan russe consistait à couper l’Ukraine en deux pour créer une entité baptisée "Nouvelle Russie".

Un prétexte pour attaquer

L’Ukraine pense que la Russie cherche à présent un prétexte pour lancer une nouvelle offensive sur son territoire. Après une longue période de calme relatif en 2020, les heurts meurtriers se multiplient sur la ligne de front. Depuis le début de l’année, 29 militaires ukrainiens ont été tués dans l’est du pays.

L’ancien chef de la diplomatie ukrainienne, Pavlo Klimkine estime que la Russie cherche à contraindre l’Ukraine à "la capitulation" et l’arrêt du "rapprochement avec l’UE et l’Otan". Il estime nécessaire une démonstration de solidarité européenne et américaine pour "calmer le Kremlin".

La Russie tente de rétablir une sorte de sphère d’influence où elle peut décider ce que ses voisins peuvent faire

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Le ministre ukrainien Dmytro Kuleba et le secrétaire général de l’Oten Jens Stoltenberg ont affiché leur parfaite coordination. © Francisco Seco / POOL / AFP

Le secrétaire général de l’Otan a répété ce mardi son soutien à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. L’Otan est prête à lui fournir une aide concrète pour permettre à l’Ukraine "de se défendre elle-même".

Mais il n’est pas question à ce stade de solidarité militaire envers un pays qui est candidat à intégrer l’Alliance, mais qui n’en est pas encore membre. "C’est aux 30 alliés de l’Otan de décider quand l’Ukraine sera prête pour l’adhésion“, a rappelé Jens Stoltenberg. "Et personne d’autre n’a le droit d’interférer dans ce processus", a-t-il insisté. "La Russie tente de rétablir une sorte de sphère d’influence où elle peut décider ce que ses voisins peuvent faire", a-t-il dénoncé. "Nous rejetons fermement cette idée que nous entendons à Moscou, selon laquelle la Russie a un droit de veto et peut refuser à certains pays leur droit souverain à choisir leur voie, dont une adhésion à l’Otan."

Moscou dénonce des provocations

La Russie fait une lecture inversée des derniers événements. Elle considère que les réactions ukrainienne et occidentale à sa mobilisation militaire constituent des provocations. Moscou affirme son droit à mener les mouvements de troupes sur son territoire comme il l’entend.

La Russie a présenté ce mardi sa mobilisation comme des "exercices militaires" organisés en réaction à des activités menaçantes de l’Otan. "En trois semaines, deux armées et trois unités de troupes aéroportées ont été transférées avec succès aux frontières ouest de la Russie pour des exercices", a dit le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou.

De son côté, le président Vladimir Poutine a accusé l’Ukraine de mener de "dangereuses actions provocatrices " dans la région du Donbass. Il accuse l’Ukraine de préparer une offensive contre les rebelles pro russes. Le Kremlin menace de venir à la rescousse de la population des zones séparatistes à laquelle des centaines de milliers de passeports russes leur ont été distribués.

"Cela risque de mal finir"

"Nous allons tout faire pour garantir notre sécurité et la sécurité de nos citoyens où qu’ils soient. Mais la responsabilité pour cette aggravation hypothétique de la situation reposera sur Kiev et ses parrains occidentaux", a menacé ce mardi le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov. Il a accusé les États-Unis et l’Otan de transformer l’Ukraine "en poudrière", en soulignant que "le volume de l’aide (militaire) augmente".

"Cela risque de mal finir", "le régime de Kiev pourrait faire des folies", avait déjà prévenu lundi le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. L’Ukraine rejette ces allégations sur la préparation d’une attaque et accuse Moscou de désinformation pour trouver un prétexte pour l’attaquer.

Pas de contact entre les présidents

Moscou ne montre jusqu’à présent aucune volonté de faire baisser la tension. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé un entretien téléphonique avec son homologue russe Vladimir Poutine, mais il n’a obtenu aucune réponse. Le Kremlin dit simplement n’avoir reçu aucune demande de Kiev en ce sens.

Les pays du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) ont également dénoncé les manœuvres russes : "Ces mouvements de troupes à grande échelle, intervenant sans notification préalable, constituent une menace et un facteur de déstabilisation". Ils ont appelé la Russie à cesser ses provocations et à entamer une désescalade des tensions.

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