Nucléaire: Israël s'apprête-t-il réellement à attaquer l'Iran?

Nucléaire: Israël s'apprête-t-il réellement à attaquer l'Iran?
Nucléaire: Israël s'apprête-t-il réellement à attaquer l'Iran? - © AFP

Des fuites dans la presse israéliennes ont fait état de la volonté du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, et du ministre de la Défense, Ehud Barak, de frapper militairement l'Iran, quitte à se passer de l'appui de Washington. Pourquoi ces menaces ressurgissent-elles? Sont-elles crédibles? Quel est le rôle de Washington dans ce dossier? Tentatives de réponses avec trois spécialistes.

Pourquoi la menace de frappes ressurgit-elle?

L'Agence internationale de l'Energie atomique doit rendre public ce mardi un rapport sur le programme nucléaire iranien. Avec ce rapport, "l'Agence a en main des preuves que les Iraniens malgré leur dénégations vont bien produire un armement nucléaire", affirme Shimon Peres, le président de l'Etat hébreu.

Pourtant, "il n'y aura rien dans ce rapport que l'on ne sache déjà", avance Vincent Eiffling, expert des questions qui touchent à l'Iran et doctorant à l'UCL. "Mais dorénavant, ces renseignements seront légitimés par le sceau d'une agence onusienne", poursuit-il.

Alors pourquoi l'option de frappes israéliennes ressurgit-elle maintenant?

"L’option militaire a toujours été mentionnée comme option possible pour empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire", rappelle Michel Liégeois, chercheur au Centre d'étude des crises et des conflits internationaux (CECRI). Or, Israël estimerait que l'on approche du seuil fatidique comme le démontre la sortie du président Peres sur le rapport de l'AIEA.

"Il y a également le contexte interne en Israël à prendre en compte", ajoute Pascal Fenaux, collaborateur du Courrier International. "Le mécontentement social généralisé dans le pays a exercé une forte pression sur les milieux du renseignement et de la Défense pour qu'ils gèlent, voire baissent leurs budgets", poursuit ce spécialiste du Moyen-Orient. La menace iranienne constitue évidemment un argument de poids à opposer à ces revendications.

Les bouleversements induits par les révolutions arabes, les incertitudes qui pèsent sur le prochain pouvoir qui prendra place chez leur allié égyptien et la contestation en Syrie, notamment, doivent également être gardées à l'esprit. Ces changements en cours peuvent pousser certains responsables israéliens à penser qu'il s'agit de leur "dernière fenêtre d'opportunité pour édenter un ennemi encombrant" avant que des régimes arabes beaucoup moins conciliants ne s'installent, analyse encore Pascal Fenaux.

Des frappes israéliennes sur l'Iran: un scénario crédible?

"Les menaces israéliennes sont crédibles, maintenant est-ce qu'elles seront mises à exécution? Bien malin qui pourra le dire", confie Pascal Fenaux.

Ce que l'on peut dire par contre, c'est qu'Israël, et surtout son allié américain, "n'utiliseront cette option qu'en dernier recours" et "mettront tout en oeuvre pour éviter de devoir y recourir", pense Michel Liégeois. "C'est toute l'ambiguïté de la diplomatie coercitive", explique ce professeur de l'UCL, "on annonce des frappes en espérant que cela permettra de ne pas avoir à les mener" et que la seule menace permettra d'infléchir le comportement du camp adverse. 

Cependant, note encore Michel Liégeois, les Etats-Unis et Israël "n'hésiteront pas à joindre l'acte à la parole s'ils sont convaincus que l'Iran est sur le point d'acquérir l'arme nucléaire", ce que le pouvoir iranien a pourtant toujours réfuté.

Mais le soutien opérationnel des Américains est encore loin d'être acquis, si l'on en croit les analystes. En effet, une opération militaire en Iran "serait une catastrophe pour l'administration Obama", estime Michel Liégeois. Le président américain sort de deux guerres dans la région et avait fait du "nouveau départ" dans les relations entre l'Amérique et le monde musulman un de ses chevaux de bataille.

Israël peut-il attaquer sans l'appui américain?

"Il peut se créer des situations au Moyen-Orient dans lesquelles Israël devra défendre ses intérêts vitaux de façon indépendante, sans avoir à s'appuyer sur d'autres forces régionales ou autres", a déclaré Ehud Barak, le ministre israélien de la Défense.

Alors, le gouvernement Netanyahu pourrait-il alors choisir de se passer de l'aide américaine et décider de frapper seul? "Israël est en mesure de le faire seul", estime Vincent Eiffling. "Mais ce sera une opération de très grande envergue et très compliquée à mener", renseigne l'auteur du site chroniques-persanes.com.

"La distance entre les deux pays, le fait que les sites nucléaires iraniens soient très dispersés et protégés et que la défense anti-aérienne iranienne soit assez développée", sont autant d'éléments qui rendraient une telle opération extrêmement délicate.

Selon les fuites dans la presse israélienne, ce n'est pas l'opportunité de mener ces attaques qui fait débat au sein du gouvernement de l'Etat hébreu mais bien l'idée de les mener de manière unilatérale. Un choix stratégique qui, s'il était opéré, mettrait les Etats-Unis dans une position plus que délicate.

"Si Israël passe à l'attaque sans les Américains, ces derniers seront de toute façon pointés du doigt comme coresponsables par l’Iran", prédit Vincent Eiffling. Il faut alors prévoir que les intérêts américains dans le Golfe seront visés, ce qui obligerait Washington à prendre part au conflit.

En outre, une telle initiative de la part d'Israël enverrait un signal aux autres alliés de l'Oncle Sam, à savoir que les Etats-Unis ne sont d'une part, plus capables d'assurer leur sécurité, et, d'autre part, plus en mesure de les empêcher d'agir sans leur aval. 

Quoi qu'il en soit, si des attaques d'envergure ont effectivement lieu sur l'Iran, les conséquences pourraient être dévastatrices pour la région. "Attaquer l'Iran transformerait le Moyen-Orient en une boule de feu", avait ainsi déclaré en 2008, l'Egyptien Mohamed Elbaradei, à l'époque directeur de l'AIEA. Trois ans plus tard, de nombreux analystes s'accordent à dire que cette déclaration reste plus que jamais valable.

Julien Vlassenbroek

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