Nucléaire iranien: un premier accord historique a été conclu à Genève

John Kerry et Catherine Ashton se félicitent après l'accord établi pour 6 mois entre les 5+1 et l'Iran sur le nucléaire
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John Kerry et Catherine Ashton se félicitent après l'accord établi pour 6 mois entre les 5+1 et l'Iran sur le nucléaire - © FABRICE COFFRINI

Après quatre jours de négociations "difficiles" sur le programme nucléaire de Téhéran, les grandes puissances et l'Iran sont parvenus à un accord au milieu de la nuit de samedi à dimanche à Genève, apportant un espoir de sortir d'une crise qui dure depuis plus de dix ans.

Après plusieurs heures de blocage sur le "droit'" à l'enrichissement de l'uranium pour l'Iran, un accord a été finalement annoncé. "Nous sommes parvenus à un accord" a écrit sur le réseau social Twitter Michael Mann, le porte-parole de la diplomate en chef de l'Union Européenne Catherine Ashton, qui menait les négociations, mandatée par l'ONU et les 5+1. Michael Mann n'a pas donné de détails.

Le ministre iranien des Affaires Etrangères Mohammad Javad Zarif a lui aussi annoncé un accord sur Twitter : "Nous sommes parvenus à un accord".

Les 5+1, les Etats unis, la Russie, la Chine, la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne ont négocié depuis mercredi à Genève avec l'Iran à la recherche d'un accord intérimaire de six mois, qui apporterait des garanties sur le caractère pacifique du programme nucléaire iranien avec en contrepartie un allègement "limité" de sanctions qui frappent l'économie iranienne.

Obama salue une "première étape importante"

Le président des États-Unis Barack Obama a qualifié l'accord intérimaire samedi de "première étape importante", tout en soulignant que d'"énormes difficultés" persistaient dans ce dossier.

Lors d'une intervention solennelle depuis la Maison Blanche, il a aussi assuré que cet accord obtenu à l'arraché à Genève "barre le chemin le plus évident" de la république islamique vers une bombe atomique et exhorté le Congrès américain à s'abstenir d'adopter de nouvelles sanctions contre le pays.

Pour le Secrétaire d'État John Kerry, l'accord rendra "le monde plus sûr, Israël et nos partenaires dans la région plus sûrs". "La première étape ne dit pas que l'Iran a le droit à l'enrichissement, quoique que disent certains commentaires d'interprétation", a-t-il également affirmé.

Le président Obama a toujours dit qu'il ferait tout - y compris recourir à la force - pour empêcher l'Iran de se doter d'armes nucléaires. Les Occidentaux et Israël soupçonnent Téhéran de dissimuler un volet militaire derrière son programme civil, ce qu'il nie.

L'Iran veut une référence à son droit à enrichir l'uranium

Son homologue iranien Hassan Rohani, réputé modéré et qui a lancé une politique d'ouverture vers l'Occident depuis son élection en juin, a salué une entente qui allait "ouvrir de nouveaux horizons". Son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a salué "un résultat important mais (qui) est seulement un premier pas".

"Nous avons mis en place une commission conjointe pour surveiller la mise en place de notre accord. J'espère que les deux parties pourront avancer d'une manière qui puisse rétablir la confiance", a dit le ministre, notamment entre Téhéran et Washington qui ont rompu leurs relations diplomatiques en avril 1980.

Mohammad Javad Zarif a également réaffirmé le "droit inaliénable" de son pays à l'enrichissement d'uranium. Le texte de Genève contient une "référence claire selon laquelle l'enrichissement va continuer", a-t-il martelé, très applaudi par la presse et la délégation iraniennes venues en nombre à Genève.

Dans les dernières heures les discussions ont été bloquées sur la question du "droit" à l'enrichissement de l'uranium pour l'Iran.

L'Iran veut une référence explicite à son droit à l'enrichissement d'uranium dans l'accord en discussion avec les grandes puissances à Genève, avait affirmé dans la nuit le négociateur en chef iranien Abbas Araghchi.

"Nous insistons sur notre droit à l'enrichissement qui devrait être reconnu clairement dans le texte de l'accord", a-t-il dit aux médias iraniens lors d'un point de presse.

Le droit à l'enrichissement d'uranium n'est pas mentionné dans le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont l'Iran est signataire.

Cette question est au cœur des inquiétudes des pays occidentaux et d'Israël, qui craignent que l'uranium enrichi à 20% soit utilisé par l'Iran pour obtenir de l'uranium à 90% pour un usage militaire, malgré les dénégations de Téhéran. L'Iran affirme que cet uranium est destiné à son réacteur de recherche et à des fins médicales.

Israël dénonce un "mauvais accord" et réaffirme son droit à se défendre

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié dimanche l'accord sur le nucléaire iranien conclu à Genève d'"erreur historique", estimant qu'il rendait "le monde plus dangereux".

"Ce qui a été conclu à Genève n'est pas un accord historique, mais une erreur historique", a déclaré Benjamin Netanyahu devant les journalistes à l'ouverture du Conseil du ministres hebdomadaire.

"Le monde est devenu plus dangereux, car le régime le plus dangereux au monde a fait un pas significatif vers l'acquisition de l'arme la plus dangereuse au monde", a-t-il affirmé. "Israël n'est pas lié par cet accord", a prévenu le Premier ministre en assurant que le "régime iranien s'était engagé à détruire Israël".

"Israël a le droit et le devoir de se défendre face à tout menace et je proclame au nom du gouvernement qu'Israël ne laissera pas l'Iran se doter de capacités militaires nucléaires", a insisté Be,jamin Netanyahu.

"Les grandes puissance dans le monde ont pour la première fois accepté que l'Iran enrichisse de l'uranium", a poursuivi Benjamin Netanyahu. Selon lui, les "sanctions ont été levées en échange de concessions cosmétiques de la part de l'Iran".

Benjamin Netanyahu avait posé des exigences très strictes à tout arrangement avec l'Iran et mené une offensive diplomatique contre l'administration de Barack Obama accusée de vouloir faire trop de concessions aux négociations menées à Genève.

En septembre, il avait énoncé quatre critères qui pouvaient permettre, selon lui, de s'assurer que l'Iran avait stoppé son programme nucléaire: l'interruption totale de la production d'uranium enrichi, le transfert à l'étranger de l'uranium déjà enrichi en Iran, la fermeture de la centrale souterraine d'enrichissement de Fordo et l'arrêt de la production de plutonium.

Les médias israéliens soulignent que l'accord conclu à Genève ne répond à aucun de ces critères.

Israël, considéré comme l'unique puissance nucléaire de la région, un statut sur lequel il maintient l'ambiguïté, présente le programme nucléaire iranien comme une menace pour son existence, se référant aux déclarations répétées des dirigeants de la République islamique souhaitant ou prédisant sa disparition.

Ban Ki-moon : un accord "historique" peut-être en vue

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a estimé dimanche que l'accord préliminaire sur le nucléaire iranien signé à Genève pourrait être "le début d'un accord historique pour les peuples et nations du Moyen-Orient et au-delà", selon son porte-parole.

H. Van Rompuy : la mise en œuvre "dans les temps" est cruciale

Le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy a salué dimanche le "courage" montré par l'Iran et les grandes puissances pour limiter le programme nucléaire iranien, mais a souligné que l'important était dans sa mise en œuvre "dans les temps".

"Il est maintenant crucial de s'assurer de la mise en œuvre dans les temps de l'accord et de continuer à travailler, sur la base de la confiance déjà construite, vers un règlement définitif de cette question", a dit Herman Van Rompuy.

L'accord va "sauvegarder la paix" au Moyen-Orient, selon Pékin

Pour la Russie, il n'y a pas de perdant. Pour la Chine, c'est un texte qui va "aider à sauvegarder la paix et la stabilité au Moyen-Orient".

"Cet accord va contribuer à maintenir le programme international de non-prolifération nucléaire (et) sauvegarder la paix et la stabilité au Moyen-Orient", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, selon un communiqué sur le site internet du ministère.

L'accord va aussi "aider les différents acteurs à commencer à mener des échanges normaux avec l'Iran et contribuer à une vie meilleure pour les Iraniens", a ajouté le ministre, qui était présent à Genève puisque son pays fait partie du groupe des 5+1 qui a négocié avec l'Iran.

Wang Yi a évoqué "une décennie de travail difficile, notamment lors des derniers jours lorsque nous sommes entrés dans la phase finale de négociations ardues".

"Nous voulons exprimer notre satisfaction auprès des acteurs de ces négociations pour avoir fait preuve de flexibilité et de pragmatisme", a ajouté le ministre.

La France se montre en revanche plus perplexe : le ministre Laurent Fabius a très vite quitté Genève, il ne s'est pas présenté à la conférence de presse.

Didier Reynders salue l'accord

Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders "salue" l'accord, en ajoutant que selon lui, le plan d'action conjoint doit maintenant être mis en oeuvre "rapidement et de bonne foi" par l'Iran.

L'accord de Genève constitue "une première étape" vers une solution définitive à la question du programme nucléaire iranien, indique Didier Reynders. Selon le ministre des Affaires étrangères, le travail de vérification des engagements sera "déterminant" pour s'assurer des actions concrètes prises par Téhéran afin de respecter ses obligations internationales. "Avec ses partenaires européens, la Belgique est disposée à répondre à ces mesures prises par l'Iran."

L'engagement pour la conclusion d'un accord final et global est un autre élément important de cet accord, ajoute Didier Reynders. "Les nouveaux pourparlers doivent démarrer dans les meilleurs délais afin de maintenir le momentum de l'accord de ce 24 novembre. L'objectif reste d'empêcher l'Iran de développer l'arme nucléaire."

Didier Reynders rappelle également que l'Iran doit démontrer "de manière tangible qu'il a véritablement l'intention de répondre aux préoccupations de toute la communauté internationale".

Avec agences

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