Nucléaire iranien : un nouveau week-end de négociations en vue

Les principaux acteurs de la négociation, l'Américain John Kerry et l'Iranien Mohammad Javad Zarif (photo)
Les principaux acteurs de la négociation, l'Américain John Kerry et l'Iranien Mohammad Javad Zarif (photo) - © CARLOS BARRIA - AFP

Les négociateurs du dossier nucléaire iranien se préparent à un nouveau week-end de pourparlers, des "obstacles" compromettant toujours la perspective d'aboutir à un accord historique après 14 jours de discussions acharnées à Vienne.

Le chef de la diplomatie britannique Philip Hammond l'a annoncé à la mi-journée vendredi : les pourparlers progressent mais restent "péniblement lents", et les ministres doivent se retrouver samedi pour tenter de "surmonter les derniers obstacles".

Les principaux acteurs de la négociation, l'Américain John Kerry et l'Iranien Mohammad Javad Zarif, se sont rencontrés une nouvelle fois vendredi matin, après avoir l'un et l'autre laissé entendre qu'un accord n'avait rien d'imminent.

Un dossier qui empoisonne les relations internationales

Interpellé par des journalistes à l'issue de cette réunion, lors d'une de ses apparitions sur le balcon du palais Coburg, où se tiennent les tractations, M. Zarif a indiqué penser devoir rester tout le week-end encore à Vienne. Et le lundi ? "Je n'espère pas", a-t-il souri.

L'Iran et les grandes puissances du P5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) sont réunis depuis deux semaines dans la capitale autrichienne pour tenter de conclure un accord dans ce dossier qui empoisonne les relations internationales depuis plus de douze ans.

Les négociations, engagées il y a près de deux ans et initialement censées aboutir pour la date butoir du 30 juin à Vienne, ont été déjà prolongées à deux reprises en raison de la persistance de désaccords fondamentaux, le dernier délai en date s'achevant théoriquement vendredi soir.

Trois scénarios

En pratique, trois scénarios s'offrent à terme aux négociateurs si aucun accord ne se profile : une nouvelle prolongation du round viennois, éventuellement assortie d'une "pause", une déclaration d'échec - jugée peu probable par les observateurs en raison des enjeux et des efforts déployés - ou un report des pourparlers, une hypothèse longtemps taboue. Une poursuite des débats samedi ou au-delà nécessitera une nouvelle prolongation technique, vendredi, de l'accord intérimaire conclu en novembre 2013 et servant de cadre légal au processus. Cet accord a mis en place un gel partiel des sanctions en échange de la suspension de certaine activités nucléaires de Téhéran.

"Vu que les travaux sont extrêmement techniques et les enjeux très, très élevés, on ne se précipitera pas et on ne se laissera pas précipiter vers un accord", a indiqué jeudi M. Kerry, soulignant que les Etats-Unis ne resteraient toutefois pas "à la table de négociations pour toujours". "Si les décisions difficiles ne sont pas prises, nous sommes tout à fait préparés à mettre fin au processus", a-t-il prévenu.

Mais les responsables iraniens répondent qu'il revient "aux Occidentaux de prendre les décisions nécessaires". Dans la nuit de jeudi à vendredi, M. Zarif a même fait monter d'un cran la tension en déplorant des "demandes excessives" et même "des changements de positions" de l'autre camp.

Selon la représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, "les parties ont la marge de manœuvre politique pour prendre des décisions politiques".

L'hypothèse d'une "pause"

L'accord est destiné à garantir la nature strictement pacifique du programme nucléaire iranien en échange d'une levée des sanctions internationales qui

étouffent l'économie de ce pays. "Si les points de désaccord restants ne sont pas réglés d'ici à la fin du week-end, une pause semble inévitable", estime l'analyste Ali Vaez, de l'International Crisis Group. En dépit des progrès accomplis, que toutes les délégations s'accordent à reconnaître, plusieurs points restent non résolus.

Téhéran réclame notamment la levée des restrictions sur les armes et sur son programme balistique. Il s'agit d'une des mesures figurant parmi la série de sanctions adoptées depuis 2006 par le Conseil de sécurité de l'ONU, mais l'Iran argue que cet embargo n'a rien à voir avec le dossier nucléaire. Moscou a apporté un soutien de poids aux demandes iraniennes en souhaitant la levée "dès que possible" de cet embargo, un des points de crispation de la négociation. Un responsable iranien a affirmé que la Chine soutenait également cette position.

Les Occidentaux, tout en convenant que chaque pays a un programme militaire conventionnel, jugent qu'une levée de l'embargo sur les armes maintenant serait difficile à faire passer politiquement, en raison du contexte régional. Autres principaux points de désaccord : le rythme de levée des sanctions, l'inspection des sites militaires iraniens et la durée de l'accord.

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