Nucléaire iranien : quel rôle joue l'Européenne Federica Mogherini?

Federica Mogherini dans le dossier iranien
Federica Mogherini dans le dossier iranien - © JOE KLAMAR - AFP

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini est en Iran ce mardi. Une visite consacrée à la mise en place de l’accord historique sur le programme nucléaire iranien conclu il y a deux semaines à Vienne.

Plusieurs pays de la région ont de sérieux doutes. Israël a d’emblée vivement critiqué cet accord qui irrite aussi l’Arabie saoudite. Ryad et les autres puissances sunnites de la région craignent que l’Iran, pays chiite, ne profite de la future levée des sanctions internationales pour monter en puissance et soutenir plus fermement encore ses alliés en Syrie, en Irak, au Liban ou encore au Yémen.

Voilà pourquoi avant de se rendre en Iran, la haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères Federica Mogherini était lundi en Arabie Saoudite où elle a tenté de rassurer. Elle a salué l’accord sur le nucléaire iranien comme "un signe d’espoir pour le monde entier".

Ce mardi en Iran, elle rencontre son homologue iranien Majid Takhteravanchi et le président Hassan Rohani. Ils discutent de la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire iranien. Il sera question aussi de coopération énergétique, de droits de l’homme, de lutte contre le terrorisme et de questions régionales. Les Européens espèrent qu’à la suite de l’accord sur le nucléaire Téhéran jouera un rôle plus constructif au Moyen-Orient.

Pour rappel, l’accord conclu le 14 juillet vise à empêcher Téhéran de se doter de l’arme atomique. Il prévoit une limitation du programme nucléaire iranien et un renforcement des contrôles en échange d’une levée progressive des sanctions internationales contre Téhéran.

3 questions à Tanguy de Wilde

Les Européens ont joué un rôle de médiateur au cours des longues et difficiles négociations entre l’Iran et le groupe des 5+1 (Royaume-Uni, France, États-Unis, Russie, Chine et Allemagne).

L'analyse de Tanguy de Wilde, professeur de géopolitique et de relations internationales à l'Université catholique de Louvain.

Quelle rôle a joué Federica Mogherini dans l’accord avec l’Iran ?

Federica Mogherini venait à la suite de 12 années d’efforts entrepris par l’Union européenne et trois de ses plus importants états-membres, c’est-à-dire la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Ces efforts avaient été entrepris en 2003, relayés par Javier Solana et par Catherine Ashton qui a été un acteur déterminant parce qu’elle s’entendait relativement bien avec le négociateur iranien Mohammad Javad Zarif. Federica Mogherini est donc arrivée à la fin du processus. Elle a pu engranger les efforts de l’Union européenne. Mais comme elle est la représentante de l’Union, c’est normal.

Et maintenant que l’accord est conclu, quelle est sa mission?

Maintenant, il y a un calendrier relativement compliqué et technique où le rôle de l’Union européenne sera à la fois de montrer tous les bienfaits que la levée des sanctions pourraient apporter à l’Iran tout en étant attentif sur le respect des engagements que l’Iran vient de prendre.

Federica Mogherini est en poste depuis novembre 2014. Sa nomination avait suscité beaucoup de scepticisme. Certains pointaient son manque d’expérience. Quel bilan tirez-vous de ces premier mois à la tête de la diplomatie européenne ?

Que ce soit sur le Proche-Orient, sur les questions proprement européennes ou sur la question russo-ukrainienne pour lequel il avait quelques méfiances, Federica Mogherini n’a pas commis de bévues diplomatiques. En ce qui concerne les succès de la diplomatie européenne, les accords de Minsk dans l’est de l’Ukraine ont davantage été négociés par François Hollande et Angela Merkel directement avec Vladimir Poutine et Petro Porochenko. Ça tient d’une diplomatie particulière qui avait pu être mise en œuvre lors des commémorations du débarquement de Normandie. Dans un premier temps, le président russe avait exclu. Puis il avait été invité. Le président français et la chancelière allemande en avaient alors profité pour créer un nouveau format diplomatique que l’on a appelé le format de Normandie qui excluait dans un premier temps Federica Mogherini. En définitive, la Haute représentante de l’Union européenne n’a pas tout à prouver. Ce sont plutôt les institutions européennes qui ne laissent pas la place pour une totale diplomatie autonome de Federica Mogherini.

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