Nouvelle PAC : va-t-on vraiment vers une agriculture plus verte en Europe ?

Un accord vient d’être trouvé sur la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne pour les 7 prochaines années. La politique agricole des 27 étant gérée et financée de manière commune, il s’agissait en effet de définir comment allouer cette gigantesque enveloppe de 387 milliards d’euros, qui représente environ 40% du budget européen.

Cette nouvelle "PAC" a pour ambition de "reverdir" l’agriculture européenne, qui n’occasionne actuellement pas moins de 10% des émissions de gaz à effet de serre de l’UE. Mais cette réforme est jugée insuffisante par des ONG environnementales et une partie des parlementaires.

Qu’est-ce qui va changer concrètement ?

Face à l’urgence climatique, un quart des subsides devra être consacré au virage vert via le système d'''écorégimes', c’est-à-dire des primes accordées aux agriculteurs qui adoptent des programmes environnementaux exigeants. Les 27 Etats devront donc y consacrer en moyenne 25% par an des paiements directs aux agriculteurs entre 2023 et 2027. Une proportion toutefois moins ambitieuse que ce que réclamaient les défenseurs de l’environnement.


►►► A lire aussi : dérèglement climatique : l’humanité à l’aube de retombées cataclysmiques selon le Giec


Autre changement : les Etats auront plus de marge de manœuvre qu’avant dans la mise en œuvre des mesures à adopter (dans le cas de la Belgique, ce seront les trois régions). Concrètement, ces mesures nationales seront ensuite évaluées par l’Europe, afin de déterminer si elles respectent bien les objectifs climatiques européens.

Parmi ces objectifs, il y a trois grands points : réduire les gaz à effet de serre, baisser les pesticides de 50% et consacrer 1/4 des surfaces agricoles au bio pour 2030. Toutefois, il ne devrait pas y avoir de retombées négatives pour les Etats en cas de non-respect.

Les grandes exploitations toujours favorisées

Autre point : dans le cadre de cette nouvelle "PAC", au moins 10% des paiements directs devront être redistribués aux petites et moyennes exploitations. Toutefois, la plus grande part des aides aux agriculteurs devrait toujours être distribuée selon le nombre d’hectares des fermes et ainsi, encore favoriser les grandes exploitations plutôt que les modèles agricoles plus familiaux.

En définitive, ce compromis déçoit certaines ONG environnementales et une partie des parlementaires. Marco Contiero, de Greenpeace, a ainsi déclaré : "Cet accord perpétue le statu quo, poursuivant l’appui désastreux aux élevages industriels […] Nous ne sommes pas dupes de ce 'greenwashing'".

Désastre pour le climat

L’eurodéputé vert Benoit Biteau parle, lui, de "désastre pour le climat", de la répétition d’une erreur. Pour rappel, la Cour des comptes européenne a récemment dressé ce constat : les 100 milliards d’euros consacrés ces dernières années aux mesures vertes de l'"ancienne" PAC n’ont en réalité permis aucune baisse des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur agricole européen.

De son côté, Frans Timmermans, le commissaire européen en charge du Green Deal (le pacte vert pour l’Europe), s’est félicité de cet accord, tout en concédant qu’il était une "évolution", pas une "révolution".

La nouvelle Politique agricole commune issue de ces négociations devra encore être approuvée par vote au Parlement européen et au conseil pour être appliquée à partir de 2023.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK