Nouvelle constitution en Hongrie, "mise en place d'une dictature" ?

Viktor Orban le 12 décembre 2011 au Parlement à Budapest
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Viktor Orban le 12 décembre 2011 au Parlement à Budapest - © Attila Kisbenedek

La nouvelle Constitution hongroise voulue par le Premier ministre Viktor Orban, aux accents très nationalistes, est entrée en vigueur dimanche 1er janvier, instaurant des réformes très controversées de la Banque centrale, de la justice et de la loi électorale en dépit des critiques internationales.

Dénoncé par l'opposition de gauche et écologique et par de nombreux mouvements de la société civile comme "un autocrate", faisant fi des critiques de l'Union européenne (UE) quant à la compatibilité de ces lois avec le droit communautaire et des inquiétudes de Washington sur "la démocratie" dans son pays, Viktor Orban fait front, remodelant en 18 mois la Hongrie à son image.

Ainsi, dans la nouvelle Constitution, l'appellation "République de Hongrie" disparaît au profit de la seule "Hongrie". Une référence explicite à "Dieu": "Dieu bénisse les Hongrois", y est désormais inscrite.

Fort au Parlement de la majorité des deux-tiers de son parti conservateur, le Fidesz, Viktor Orban a donné à une série de lois une valeur constitutionnelle, qui ne pourront donc être modifiées que par une majorité des deux-tiers des députés. Or, il est peu probable à l'avenir qu'un gouvernement issu de l'opposition dispose d'une telle majorité.

Il en est ainsi de la loi sur "la stabilité financière", qui inscrit dans le marbre le taux unique de 16% de l'impôt sur le revenu. Cette mesure lie les mains d'un futur gouvernement, y compris en matière budgétaire, rendant très difficile l'instauration de mesures fiscales urgentes pour faire face à un déficit public éventuellement en chute libre.

Vers un système autoritaire?

C'est pourquoi, Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge et président des Libéraux au Parlement européen, considère la nouvelle Constitution hongroise comme le "cheval de Troie d'un système politique plus autoritaire fondé sur la perpétuation du pouvoir d'un seul parti". Sans oublier l'installation à tous les postes de responsabilité de l'appareil d'Etat, notamment dans les secteurs de l'économie, de la police, de la justice et de l'armée, de proches de Viktor Orban, dont beaucoup disposent d'un mandat de neuf ou douze ans.

Un futur gouvernement d'une autre couleur politique sera par conséquent confronté à un appareil d'Etat hostile, entièrement aux mains du Fidesz.

Dans le domaine politique, la Constitution rend rétroactivement "responsables des crimes communistes" commis jusqu'en 1989 les dirigeants de l'actuel Parti socialiste (ex-communiste), ce qui a amené ces derniers à dénoncer "la mise en place d'une dictature".

Côté religion, elle réduit d'environ 300 à 14 les communautés bénéficiant de subventions publiques.

La nouvelle Constitution touche aussi à la vie privée en décrétant que l'embryon est un être humain dès le début de la grossesse, ce qui fait craindre à des mouvements de la société civile et à l'opposition que l'avortement sera désormais difficile. De même, le texte stipule que le mariage ne peut avoir lieu qu'entre un homme et une femme, excluant ainsi les mariages homosexuels.

Outre ces lois restrictives, Viktor Orban a aussi mis au pas les médias publics, avec des licenciements massifs ou la mise en pré-retraite de journalistes indociles, en dépit d'une grève de la faim de plusieurs d'entre eux, aussitôt licenciés. Et Klubradio, seule radio d'opposition, a perdu sa fréquence.


AFP

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