Nouveau naufrage: la Méditerranée risque de devenir un "cimetière"

Un total de 143 migrants, survivants du naufrage survenu vendredi après-midi au sud de Malte et de l'île italienne de Lampedusa, sont arrivés samedi matin à la Valette
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Un total de 143 migrants, survivants du naufrage survenu vendredi après-midi au sud de Malte et de l'île italienne de Lampedusa, sont arrivés samedi matin à la Valette - © HO - IMAGEGLOBE

Au lendemain d'un nouveau naufrage tragique, le Premier ministre maltais Joseph Muscat est amer: "Le fait est que si ça continue comme ça, nous allons faire de notre Méditerranée un cimetière. Jusqu'ici nous n'avons entendu que des mots, rien de plus". Le président du Conseil italien, Enrico Letta, demande pour sa part à ce que ce dossier de l'immigration clandestine soit à l'ordre du jour de la prochaine réunion du Conseil européen. Les sauveteurs italiens et maltais ont récupéré plus de 30 corps et secouru quelques 200 rescapés après le naufrage vendredi d'un bateau de migrants entre la Sicile et la Tunisie.

"Je ne sais pas combien il faudra encore de morts en mer avant qu'on se décide à faire quelque chose", a déclaré le chef du gouvernement maltais à la BBC ajoutant qu'il se joindrait aux Italiens pour exiger des mesures lors du prochain Conseil européen.

La commissaire européenne aux Affaires intérieures, la Suédoise Cecilia Malmström, a demandé cette semaine un renforcement des moyens de l'agence de l'UE Frontex, pour mener "une vaste opération de sécurité et de sauvetage" en Méditerranée, de Chypre jusqu'à l'Espagne.

L'opération de secours est en cours

Les secours s'activent depuis vendredi soir pour tenter de sauver les naufragés de l'embarcation qui a chaviré en quelques minutes par une mer houleuse. Plus de 200 passagers ont été recueillis par les navires maltais et italien arrivés très vite dans la zone. "L'opération est en cours. Les conditions maritimes sont difficiles, avec un vent fort", a déclaré à l'AFP un responsable de la marine militaire maltaise.

Selon les médias italiens, des corps auraient été aperçus aux abords du lieu où l'embarcation a coulé. Selon l'agence Ansa, les morts seraient au nombre d'environ cinquante. Cette information n'a pas été confirmée officiellement, ni du côté italien, ni du côté maltais.

Ce sont les immigrés qui ont donné eux-mêmes l'alarme grâce à un téléphone satellitaire, alors que le navire se trouvait à 60 milles au sud de Lampedusa et 70 milles au sud de Malte, non loin des eaux territoriales libyennes. De premières informations avaient indiqué que l'accident s'était produit entre Malte et la Sicile.

Selon un communiqué de la marine militaire maltaise, le bateau a été déstabilisé et s'est renversé lorsque les immigrants se sont agités pour attirer l'attention d'un avion militaire qui le survolait, se déplaçant tous ensemble sur un côté.

La marine maltaise a vite dépêché des navires de secours et des hélicoptères, et a dérouté sur les lieux de l'accident plusieurs navires commerciaux en transit dans la zone. De leur côté, les autorités italiennes ont envoyé rapidement deux navires militaires, le Libra et le Respiro, ainsi que des hélicoptères qui ont pu envoyer des chaloupes de sauvetage gonflables.

"Il s'agit d'un naufrage dans les eaux territoriales maltaises. Nous apportons notre aide aux autorités de Malte. On ne sait pas encore s'il y a des morts", a déclaré à l'AFP Filippo Marini, commandant des garde-côtes italiens.

Cet accident, survenu vers 17H15 locales (15H15 GMT), est arrivé une semaine après le naufrage d'un bateau de pêche au large de l'île de Lampedusa, le 3 octobre, qui a coûté la vie à plus de 300 immigrés. A ce jour, 339 corps ont été retrouvés à l'intérieur et aux abords de l'épave. Le navire transportait plus de 500 réfugiés, en majorité érythréens, et seuls 155 des occupants du bateau ont survécu au drame. Selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), "entre 50 et 70 corps se trouveraient encore en mer", autour de l'île de Lampedusa.  

Cette tragédie, la pire survenue en Méditerranée, a suscité une vague d'émotion et d'indignation en Europe. Mercredi, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a affirmé que l'UE ne pouvait "se détourner" de ce drame et réclamé des efforts plus poussés, une plus grande coopération entre tous les Etats membres.

Ban Ki-moon demande des mesures pour éviter de tels drames

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon souhaite que la communauté internationale prenne des mesures pour éviter la répétition de naufrages de migrants tels que celui de Malte, a indiqué samedi son porte-parole Martin Nesirky.

Selon le porte-parole, Ban Ki-Moon est "profondément attristé" par ce naufrage, qui a fait des dizaines de victimes et il "demande à la communauté internationale dans son ensemble d'agir pour prévenir la répétition de telles tragédies".

Ban Ki-Moon souhaite en particulier "des mesures qui traitent les cause profondes (de ces naufrages) et qui soient centrées sur la vulnérabilité et le respect des droits de l'homme des migrants", a-t-il ajouté

AFP

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