Brexit: un délai "pour faire monter en puissance la demande d'un nouveau référendum", espère Philippe Lamberts

Nouveau délai pour le Brexit, "du temps pour faire monter en puissance la demande d’un nouveau référendum"
Nouveau délai pour le Brexit, "du temps pour faire monter en puissance la demande d’un nouveau référendum" - © Tous droits réservés

La décision est tombée cette nuit, les dirigeants des 27 États-membre de l’Union européenne ont accordé un nouveau délai au Royauume-Uni, jusqu’au 30 octobre, pour trouver un accord pour le Brexit. Une date qui peut soulever des interrogations, Theresa May ayant demandé un report au 30 juin.

« C’est un délai un petit peu arbitraire, on a fixé cette date car la nouvelle Commission européenne prendra normalement ses fonctions au 1er novembre », commente Philippe Lamberts, eurodéputé Ecolo, sur le plateau de Matin première ce mercredi. Faut-il donc y voir une sorte d’agenda caché ?

« Si le but était de permettre des élections anticipées au Royaume-Uni, c’est probablement un petit peu court, ça prendra sûrement un peu plus de temps. Si au contraire, c’est pour obtenir un accord à la Chambre des communes, on pouvait leur donner 15 jours de plus et puis basta, il n’y avait pas de raison à tourner autour du pot. Les chefs d’État et de gouvernement ne voulaient pas prendre le risque de mettre Theresa May totalement dos au mur. Si elle ne trouvait pas de solution, ce qui était l’hypothèse la plus probable vu ses performances jusqu’ici, alors on avait un Brexit dur avant les élections européennes, et je ne suis pas sûr que beaucoup de chefs d’État et de gouvernement voulaient prendre le risque des disruptions d’un tel Brexit en période électorale. »

Un nouveau délai vraiment utile?

Pourtant, vu la situation à la Chambre des communes britannique, où les députés ne semblent d’accord sur rien — ni un accord, ni un Brexit dur, ni de nouvelles élections, ni un nouveau référendum — se pose la question de l’utilité d’un nouveau délai en restant dans la configuration actuelle.

« Non, ça ne va pas vraiment changer la donne. Car Theresa May et Jeremy Corbyn ne sont motivés que par une seule chose, c’est garder une unité de façade de leur parti (les conservateurs et les travaillistes, respectivement, NDLR), car c’est la condition pour soit garder le 10 Downing Street (la résidence du Premier, NDLR), soit le conquérir. Autrement dit, si May devait concéder, par exemple, sur une union douanière permanente avec l’UE, elle briserait son parti. Et si Corbyn devait faire un accord avec May sur le Brexit, il briserait probablement son parti, car une majorité des élus de son parti veulent que le Royaume-Uni reste. Trouver un moyen terme entre les deux briserait leur parti respectif. Donc non, je ne vois pas ce qui changera dans les prochaines semaines. »

Par contre, pour les autres partis, ces prolongations pourraient être l’occasion de faire bouger les lignes. « L’intention de certains protagonistes britanniques — les Verts, les partis nationalistes écossais et gallois — ont l’intention d’utiliser ce temps pour faire monter en puissance la demande d’un 2e référendum, avec l’espoir qu’au moins un processus politique qui puisse y mener ait été enclenché avant l’automne. Et là, le Premier ministre, qui que ce soit, pourra revenir demander un nouveau délai. »

Le Brexit est devenu une saga interminable, et certains craignent que ce statu quo n’apporte de l’eau au moulin des eurosceptiques. « Le nombre d’Européens qui souhaitent que leur pays quitte l’UE s’est réduit, donc plutôt un 'désincitant', commente Philippe Lamberts. Mais il ne faut pas que le citoyen ne se résigne à voir son pays être État membre. Donc, est-on capable de réorienter les politiques européennes pour qu’elles soient perçues comme une défense de l’intérêt général ? Quand on voit un report de l’interdiction du glyphosate à cinq ans, qu’on s’abstient de prendre des mesures face aux perturbateurs endocriniens : l’UE donne trop souvent l’impression d’être au service d’intérêt particulier, et non général. C’est ça qu’il faut changer si on veut réconcilier nos citoyens avec l’idée d’intégration européenne. »

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